philosophie • commentaire

Sartre, La Nausée : Existence et pensée

Publié le : • Proposé par : Inconnu, TES (élève)

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Texte étudié

Cette espèce de rumination douloureuse : j’existe, c’est moi qui l’entretiens. Moi. Le corps, ça vit tout seul, une fois que ça a commencé. Mais la pensée, c’est moi qui la continue, qui la déroule. J’existe. Je pense que j’existe. Oh, le long serpentin, ce sentiment d’exister –et je le déroule, tout doucement… Si je pouvais m’empêcher de penser ! J’essaie, je réussis : il me semble que ma tête s’emplit de fumée…et voilà que ça recommence : « Fumée…ne pas penser…Je ne veux pas penser…Je pense que je ne veux pas penser. Il ne faut pas que je pense que je ne veux pas penser. Parce que c’est encore une pensée. » On n’en finira donc jamais ?
Ma pensée c’est moi : voilà pourquoi je ne peux pas m’arrêter. J’existe parce que je pense …et je ne peux pas m’empêcher de penser. En ce moment même –c’est affreux- si j’existe, c’est parce que j’ai horreur d’exister. C’est moi, c’est moi qui me tire du néant auquel j’aspire : la haine, le dégoût d’exister, ce sont autant de manières de me faire exister, de m’enfoncer dans l’existence. Les pensées naissent par-derrière moi, comme un vertige, je les sens naître derrière ma tête…si je cède, elles vont venir là devant, entre mes yeux –et je cède toujours, la pensée grossit, grossit et la voilà, l’immense, qui me remplit tout entier et renouvelle mon existence.

Sartre, La Nausée (La Pléiade, pp.118, 119)

La nausée de Jean-Paul Sartre met en scène le personnage perturbé, angoissé d’Antoine Roquentin ; la nausée constitue la figuration romanesque de l’existentialisme.

À travers une prise de conscience progressive commençant par un sentiment d’angoisse aboutissant un sentiment de confiance, de réappropriation de soi, cet extrait soulève des questions : quelles sont les origines de cette angoisse ? En quoi la prise de conscience de l’auteur amène-t-elle à la notion de liberté ?

Dans cette première partie, par une pensée réflexive naissante, Antoine Roquentin se demande ce qui est à l’origine du moment douloureux de son existence. Celui-ci consacre une analyse à son mal-être lui permettant donc de se poser des questions sur cette pensée qu’il a du mal à définir lui-même : « espèce de rumination douloureuse ».

Ce qui nous indique le caractère indéterminé de cette forme de pensée que l’on peut nommer spontanée. Cette pensée est présentée comme répétitive, obsédante, comme s’il subissait l’assaut de pensées qui ne lui appartiennent pas, ce qui cause son mal-être voire son angoisse ; Et pourtant il en vient à associer ces pensées au moi-sujet, mais alors, l’homme est-il l’auteur de cette rumination douloureuse ? Cette pensée est-elle volontaire ou involontaire ?

Cette analyse confère une prise de conscience : Antoine Roquentin réalise que cette pensée nous hante, nous possède par ses moments de ruminations que l’on ne maîtrise pas ; subirions-nous la pensée ? Cette prise de conscience, celle selon laquelle c’est le moi qui entretient la pensée, lui permet de comprendre un autre phénomène sur l’espèce humaine, à savoir la dissociation entre le corps et la pensée. Cela nous permet de rejeter l’idée selon laquelle la pensée sur un processus mécanique que nous subirions puisque cette dimension mécanique était associée au moi ou à l’âme. Le corps -conformément à l’approche mécaniste de Descartes qui est ici reconduite- est un mécanisme fonctionnant par la soumission aux lois de la physique la pensée.

Mais, à la manière des avancées, des reculs, des méditations cartésiennes, Antoine rechute, il éprouve à nouveau les pensées comme des corps l’envahissant. La pensée se fait difficile à maîtriser et hante l’homme.

C’est du moins ainsi qu’Antoine Roquentin commence par l’éprouver même s’il demeure dans une oscillation, résistant, puisque d’un côté il cherche à lutter contre ses pensées envahissantes qu’il éprouverait comme extérieures et le fait que les pensées ne peuve

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