philosophie • commentaire

Sartre, La Nausée : Existence et pensée

Publié le : • Proposé par : Marjorie C., TES (élève)

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Texte étudié

Cette espèce de rumination douloureuse : j’existe, c’est moi qui l’entretiens. Moi. Le corps, ça vit tout seul, une fois que ça a commencé. Mais la pensée, c’est moi qui la continue, qui la déroule. J’existe. Je pense que j’existe. Oh, le long serpentin, ce sentiment d’exister –et je le déroule, tout doucement… Si je pouvais m’empêcher de penser ! J’essaie, je réussis : il me semble que ma tête s’emplit de fumée…et voilà que ça recommence : « Fumée…ne pas penser…Je ne veux pas penser…Je pense que je ne veux pas penser. Il ne faut pas que je pense que je ne veux pas penser. Parce que c’est encore une pensée. » On n’en finira donc jamais ?
Ma pensée c’est moi : voilà pourquoi je ne peux pas m’arrêter. J’existe parce que je pense …et je ne peux pas m’empêcher de penser. En ce moment même –c’est affreux- si j’existe, c’est parce que j’ai horreur d’exister. C’est moi, c’est moi qui me tire du néant auquel j’aspire : la haine, le dégoût d’exister, ce sont autant de manières de me faire exister, de m’enfoncer dans l’existence. Les pensées naissent par-derrière moi, comme un vertige, je les sens naître derrière ma tête…si je cède, elles vont venir là devant, entre mes yeux –et je cède toujours, la pensée grossit, grossit et la voilà, l’immense, qui me remplit tout entier et renouvelle mon existence.

Sartre, La Nausée (La Pléiade, pp.118, 119)

Jean Paul Sartre (1905-1980) est un philosophe français du XXème siècle. En 1938, il écrit *La Nausée*, une œuvre romanesque qui relate par le biais du personnage principal : Antoine Roquentin ; le dégoût que peut ressentir l’homme face à son existence et à sa pensée. Cet ouvrage est fortement influencé par *Le discours de la méthode* de Descartes (1596-1650), et tente à sa façon de démêler le lien entre pensée et existence. *La Nausée* s’inscrit dans le courant de pensée Sartrien : l’existentialisme athée. Ce courant vise à mettre l’Homme au centre de son existence, avec la théorie selon laquelle « l’existence précède l’essence », et qu’il n’y a aucun dieu pour justifier notre présence sur terre. L’Homme est alors jeté dans cette existence et doit faire seul une infinité de choix, afin d’arriver à se construire et de ce fait, à exister. Mais quel lien existe-il entre existence et pensée ? L’existence est-elle toujours source d’angoisse ? Ces épreuves ne sont-elle pas finalement le dévoilement de la liberté humaine ?

Cet extrait s’ouvre sur une expérience angoissante que mène Roquentin sur la pensée et l’existence. Il nous parle de « cette rumination douloureuse » ; que nous pourrions interpréter comme un mouvement machinal, aliénant qui revient sans cesse et nous abruti. Cette rumination nous donne l’impression que Roquentin ressasse infiniment ce « j’existe ». Il ne parvient pas à arrêter d’y penser et ce sentiment est douloureux pour lui. Comme dans un rêve, il n’arrive pas à contrôler sa pensée. Roquentin est, à ce moment, dans la pensée spontanée, celle qui s’impose à lui, qu’il ne contrôle pas, qu’il subit, mais cependant, cette pensée lui appartient. Là est donc la difficulté de la pensée, même si ce n’est pas toujours nous qui la dirigeons, elle fait partie intégrante de nous et nous constitue en temps qu’être pensant. À cette occasion, Roquentin se rend progressivement compte d’une vérité générale : il existe.

C’est cet instant que Sartre choisit, pour confronter le corps et l’esprit. Nous pourrions penser que Sartre considère le corps comme une machine, comme un accessoire permettant de se déplacer dans l’espace ou d’être visible par les autres, que « le corps ça vit tout seul », et qu’il n’a besoin de personne. Cela relance donc les questions : *Avons-nous un corps ? Ou sommes-nous un corps ? * Pour Descartes, le corps est aussi associé à une machine, composée de rouages agencés entre eux, qui à la manière d’une montre ou d’une horloge, fonctio

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