# Une explication d’un extrait de La Nausée de Sartre par un élève de TES
Collectif Sarka-SPIP
14-17 minutes
## L’extrait :
Cette espèce de rumination douloureuse : j’existe, c’est moi qui l’entretiens. Moi. Le corps, ça vit tout seul, une fois que ça a commencé. Mais la pensée, c’est moi qui la continue, qui la déroule. J’existe. Je pense que j’existe. Oh, le long serpentin, ce sentiment d’exister —et je le déroule, tout doucement... Si je pouvais m’empêcher de penser ! J’essaie, je réussis : il me semble que ma tête s’emplit de fumée... et voilà que ça recommence : « Fumée... ne pas penser... Je ne veux pas penser... Je pense que je ne veux pas penser. Il ne faut pas que je pense que je ne veux pas penser. Parce que c’est encore une pensée. » On n’en finira donc jamais ?
Ma pensée c’est moi : voilà pourquoi je ne peux pas m’arrêter. J’existe parce que je pense... et je ne peux pas m’empêcher de penser. En ce moment même —c’est affreux— si j’existe, c’est parce que j’ai horreur d’exister. C’est moi, c’est moi qui me tire du néant auquel j’aspire : la haine, le dégoût d’exister, ce sont autant de manières de me faire exister, de m’enfoncer dans l’existence. Les pensées naissent par-derrière moi, comme un vertige, je les sens naître derrière ma tête... si je cède, elles vont venir là devant, entre mes yeux –et je cède toujours, la pensée grossit, grossit et la voilà, l’immense, qui me remplit tout entier et renouvelle mon existence.
Jean-Paul SARTRE, La Nausée (nrf bibliothèque de la Pléiade, 1981, pp. 118, 119)
## L’explication :
Ce texte de Jean-Paul Sartre, extrait de *La Nausée*, nous parle, de toute évidence, de l’existence et de la pensée. A première vue, les deux sont ici présentées comme négatives et sources d’une souffrance qui atteint un personnage du roman *La Nausée*. Ce personnage, qui sans doute adopte un comportement semblable à la réflexion que nous pouvons nous-même mener, se rend compte qu’il existe et qu’il pense. Il s’aperçoit alors qu’il pense qu’il existe et cette pensée semble engendrer chez lui, une douleur morale insupportable. Il parle d’ailleurs de « rumination douloureuse ». On commence dès ce moment à entrer dans une rêverie qui lui permet de comprendre pourquoi et comment il existe, pourquoi et comment il pense et quel lien peut-on établir entre l’existence et la pensée. D’abord, un constat : le personnage part d’une évidence : qu’il existe. Puis cette constatation semble créer un « long serpentin » qui l’amène à se dema