I. L’analyse du sujet
Ce sujet peut présenter deux types de difficultés : dans son énoncé, il faut bien comprendre que la notion de raison n’a pas le même sens quand on parle de « la raison » (faculté de l’esprit de distinguer le vrai du faux et le bien du mal) et dans l’expression « rendre raison » (expliquer ou comprendre, ou encore justifier un événement ou un phénomène). Il faut donc être très attentif lors de l’analyse du sujet, pour ne pas laisser échapper un aspect du sujet. C’est d’ailleurs la deuxième difficulté du sujet, mais elle comporte aussi un avantage : le sujet peut balayer une grande quantité de notions du programme tant il est large : il ne se limite pas du tout à la partie du programme intitulée « la raison et le réel » : on peut enrichir la réflexion en traitant du rôle de la raison dans l’art, dans la psychanalyse, dans la religion, dans la morale ou la politique, étant donné qu’il s’agit de savoir si on peut rendre raison de tout. Ainsi ce sujet permet de mettre en valeur une large culture philosophique, mais la difficulté tient alors dans l’organisation des idées, et dans la définition du problème. De ce point de vue c’est un sujet à la fois complet et exigeant.
La notion centrale du sujet, c’est la raison. La raison, on l’a vu c’est la faculté qui permet à l’homme de connaître le réel en distinguant le vrai du faux, grâce à des raisonnements, des analyses, des explications. Mais la raison est aussi ce par quoi l’homme peut distinguer le bien du mal et identifier les principes qui peuvent guider son action : si je dois me décider entre partir à la guerre ou déserter, je vais devoir examiner, par ma raison, les arguments en faveur de l’une ou de l’autre des décisions, leurs conséquences possibles, etc. Il y a donc une dimension morale de la raison. Or « rendre raison » c’est justement pouvoir expliquer pourquoi un événement se produit, pourquoi cette décision est meilleure qu’une autre : c’est donner les causes, les mobiles, ou les preuves de ce qu’on affirme, de ce qu’on observe, ou de ce qu’on fait. Si je suis absent au travail, il faut que je puisse en rendre raison, c’est-à-dire justifier, donner une raison qui peut être aussi bien la cause de mon absence (la maladie qui m’empêche de me déplacer) que le but de mon absence (ma volonté de signifier mon désaccord avec mon chef en faisant grève), de telle sorte que cette absence puisse être comprise.
Il faut ici réfléchir à la question de savoir si par la raison, je peux donc tout