Bac philo 2017 - Série ES
# La raison peut-elle rendre raison de tout ?
Avertissement : il ne s’agit ici que de pistes de réflexion et non d’une copie type nécessairement attendue par vos correcteurs. D’autres approches, d’autres thèses et arguments sont possibles.
# Introduction / Problématisation
Le philosophe allemand Schopenhauer raconte qu’en sortant d’un théâtre après avoir vu la représentation du Phèdre de Racine, il avait entendu un célèbre mathématicien dire, en haussant les épaules : « mais qu’est-ce que cela prouve ? ». Cette anecdote qui souligne l’inaptitude d’un esprit scientifique à apprécier une œuvre d’art nous invite à nous interroger sur la capacité de la raison à rendre raison de tout.
La raison, signe distinctif de l’humanité, est la faculté de bien juger. Son usage permet de démontrer ce que nous affirmons et bien souvent aussi de justifier ce que nous faisons. Mais est-il toujours légitime ? Si « rendre raison » signifie à la fois expliquer et comprendre, il est tentant de répondre que oui, la raison est ce sur quoi nous devons nous appuyer pour échapper à l’incohérence et à l’arbitraire. Cependant tout ce qui ne relève pas de la raison est-il toujours à déprécier ? N’y a-t-il pas des domaines où la raison non seulement n’est d’aucun secours, mais aussi nuit à nos entreprises ? Par exemple, peut-on justifier le sentiment et l’élan amoureux par la raison ? Il s’agit donc de s’interroger sur la prétention de la raison à tout justifier. Historiquement, le sujet croise la querelle du positivisme et de la métaphysique et, plus près de nous, celle de la crise de la raison évoquée par l’école de Francfort.
Nous verrons que si la raison est nécessaire (I), la résistance que lui oppose l’irrationnel n’est pas sans valeur (II) ce qui oblige à reconsidérer le juste pouvoir de la raison pour rendre compte de tout (III)
# Partie I.
# Le rejet de l’obscurantisme.
Si la raison nous apparaît comme la faculté à privilégier pour expliquer et comprendre, c’est d’abord parce qu’elle constitue l’instrument le plus puissant pour faire progresser le savoir et le vivre ensemble. Dans Qu’est-ce que les lumières ?, Kant montre en ce sens que l’homme peut se passer de tutelles, qu’il peut faire usage de sa propre raison pour oser penser par lui-même et que cette autonomie est le gage du progrès. Sortir de l’obscurantisme, c’est par exemple fonder la morale sur la seule raison et non sur l’autorité divine. Pour justifier nos actes, la raison est suffisa