# Les hommes sont-ils violents par nature ou à cause de la vie sociale ?
Devillers Jean-François
19-24 minutes
Il ne suffit pas de parler de la violence dont les hommes sont capables pour savoir de quoi on parle, encore faut-il définir la violence. Elle correspond à tous les actes qui portent atteinte à l’intégrité physique ou psychologique d’une chose ou d’un être, et, par extension, à tous les actes qui contrarient une spontanéité ou un projet. La violence, c’est ce qui brise, fait mal ou met des obstacles.
Soutenir que les hommes sont violents par nature n’est possible que s’il existe en eux quelque chose qui, par nature, les disposerait de manière spontanée à porter atteinte à l’intégrité ou à la spontanéité des êtres et des choses. Or, qu’est-ce qui pourrait les y pousser sinon ce qu’on appelle l’agressivité puisqu’elle est justement une disposition à l’agression, donc à la violence. D’où cette question : l’homme est-il agressif par nature ? La réponse ne fait pas de doute : en tant qu’être vivant, l’homme est doté d’instincts par lesquels tant de manière offensive que défensive, il se conserve et se perpétue. Les hommes sont donc par nature disposés à être violents dès lors que leur survie est en jeu.
Mais ses instincts le disposent aussi à une violence qui va bien au-delà de ce qu’exige sa survie. En effet, il ne semble pas possible de rendre compte de la violence seulement en terme d’utilité par rapport à la survie : bien des violences peuvent sembler tout à fait gratuites de ce point de vue. Ce qui dresse de l’homme un sombre tableau qui rejoint une des thèses que soutient Freud dans *Malaise dans la civilisation* : "L’homme n’est point cet être débonnaire, au cœur assoiffé d’amour, dont on dit qu’il se défend quand on l’attaque, mais un être, au contraire, qui doit compter au nombre de ces données instinctives une bonne somme d’agressivité. [...] L’homme est, en effet, tenté de satisfaire son besoin d’agression aux dépends de son prochain, d’exploiter son travail sans dédommagement, de l’utiliser sexuellement sans son consentement, de s’approprier ses biens, de l’humilier, de lui infliger des souffrances, de le martyriser et de le tuer. " La violence dont l’homme est capable ne se limite pas à celle, provoquée par les circonstances, de la légitime défense : elle est aussi le mode de satisfaction d’une pulsion, d’un désir qui ne doit rien aux circonstances et qui tient à notre constitution naturelle, à notre nature.
Du coup, on peut comprendr