Francis Ponge, Le parti pris des choses - Le cageot

Analyse linéaire.

Dernière mise à jour : 12/11/2022 • Proposé par: Chacha (élève)

Texte étudié

A mi-chemin de la cage au cachot la langue française a cageot, simple caissette à claire-voie vouée au transport de ces fruits qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie.
Agencé de façon qu'au terme de son usage il puisse être brisé sans effort, il ne sert pas deux fois. Ainsi dure-t-il moins encore que les denrées fondantes ou nuageuses qu'il enferme.
A tous les coins de rues qui aboutissent aux halles, il luit alors de l'éclat sans vanité du bois blanc. Tout neuf encore, et légèrement ahuri d'être dans une pose maladroite à la voirie jeté sans retour, cet objet est en somme des plus sympathiques - sur le sort duquel il convient toutefois de ne s'appesantir longuement.

Francis Ponge, Le parti pris des choses - Le cageot

Alors que peu de poète au cours de leur carrière pris la défense de l’objet animé, Francis Ponge, un écrivain poète né en 1899, nous démontre qu’il est possible de faire de façon didactique à travers Le parti pris des choses publié en 1942. Il y rend compte des objets de manière précise et rigoureuse. Il parle de leurs qualités physiques, linguistiques, et en particulier de leur étymologie.

Francis Ponge résume cette recherche par une équation frappante « Parti pris des choses égal à compte tenue des mots ». Le titre « le cageot » est une définition complète est imaginé de l’objet, mélangeant ainsi le début et la fin de vie de ce dernier tout en évoquant son utilité.

Structure du texte poétique

Il est structuré en 3 paragraphes:
- 1 définition
- 2 durée d’usage
- 3 usages/utilité/lieux

3 paragraphes réguliers commençant par la lettre A. Ce sont des paragraphes simples dans lesquels les voyelles [o] et [a] (rappelant cageot) sont répétées. Chaque paragraphe commence de la même manière, en « inversé » : complément, sujet et verbe « A mi-chemin... » / « Agencé de façon. .il. » / « A tous les coins…il luit ».

Problématique

En quoi l’objet du quotidien devient-il poétique ?

I. Un objet aux multiples évocations

Le poème commence par un référence au dictionnaire par « la langue française », mais l'aspect poétique est présent par la métaphore « à mi-chemin »
- « Cage cachot, cageot » évoque la suffocation l’enfermement
- « Simple caissettes » glissement du masculin cageot au féminin caissettes : aspect doux, minions étonnant pour un objet insignifiant
- « A claire voix » on peut aussi entendre "claire voix". Il joue sur les mots, leur sens, leurs sons, au sens figuré ou propres.

Le langage est à double sens :
- « Vouée, transport, fruits, suffocation, maladies » font allusion au langage de la passion amoureuse des 17 et du 18e siècles
- « moindre suffocation les fruits sont serrés, suffoque et cause une maladie » : rappel aux juifs déportés au camp de concentration dans des conditions inhumaines

II. Un objet éphémère

Il y a de multiple évocations de l’effet éphémère de l’objet :
« Agencé de façon » : dès le départ il sait qu’il va être brisé sans efforts.
« La durée d’usage » il ne sert pas de fois et fin de vie « terme de son usage » : usage unique
« terme, brisé, il ne sert pas deux fois »
« Ainsi » semble annoncé la fin une conclusion, c'est-à-dire la fin de l’utilité du cageot
« ainsi dure-t-il moins » évocation de la mort du cageot détruit à la fin de la journée.

La fragilité est également évoquée par la comparaison entre le contenant, le cageot, et le contenu, ce qui transporte, marquée par un outil de comparaison « moins que ». La « Denrée fondante » est une périphrase pour désigner les fruits ou les légumes. Le cageot dure moins que les denrées, les fruits, même si ceux-ci vont être mangés.

La phrase de se termine par une note sombre:
- « Nuages » opposés au champ lexical de la lumière.
- « Enferme » suggère que le cageot est une prison qui retient les fruits prisonniers comme les juifs de la seconde guerre mondiale ils vont être tué

III. La personnification de l’objet

Le troisième paragraphe commence par décrire un objet banal:
« Tous les coins de rue » les cageots nous envahissent donc un objet simple que l’on peut voir partout.
« Aboutissement aux Halles » écho au V1 « à mi-chemin » sorte de personnification qui montre le cageot se déplace par lui-même.
« Sans vanité » le cageot est modeste. Cela évoque également la vanité, thème de la peinture, né en Hollande.

Puis on a le champ lexical de la lumière « luit, éclat, blanc » et donc une valorisation de l’objet « éclat de vanité de Bois blanc » qui est tout neuf. Le bois blanc évoque objet qui n’a pas le temps de vieillir. Le vocabulaire est mélioratif : « luit, éclat, blanc, tout neuf ».

L'objet, qui prend de l’importance, est ainsi personnifié :
« il » est sujet, associé à des termes attribués habituellement aux hommes:  « vanité, ahuri, pause maladroite, sympathique »
« Tout neuf encore » : début de vie, opposition au paragraphe deux qui est la fin de vie - sa durée de vie est courte
« Ahuri d’être dans une pause maladroite » personnification à des sentiments étonné
« Jeter sans retour » retour sur la fragilité de l’objet, que l'on peut plaindre.
« Sympathique » personnification: il est sympa car il ne se plaint pas
« Il convient à toutefois de ne pas s’appesantir longuement » il ne pas porter son poids sur le cageot car on risque de le casser, ce qui rappelle encore sa fragilité

Il ne faut pas « s’appesantir » « sur le sort » : l'objet simple sans sentiment redevient à son état initial, mettant fin à l’aspect poétique.

Conclusion

Ponge joue sur le sens des mots, des sonorités. Le cageot est un prétexte à une création poétique. Ce n’est pas que tragique il y a aussi de l’humour.

Ce poème nous invite à changer notre regard sur la réalité qui nous entoure ou à réenchanter le monde. Le cageot acquiert une dimension symbolique car il devient le signe éphémère du caractère humain et qui nous invite à l’humilité.