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Kant, La religion dans les limites de la raison : Les passions

Publié le : • Proposé par : Ouaibcool, TS (élève)

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Texte étudié

Ce ne sont pas les excitations de sa nature qui éveillent en l'homme les passions, ces mouvements, désignés par un mot si juste et qui causent de si grands ravages dans ses dispositions primitivement bonnes. Il n'a que de petits besoins, et les soucis qu'ils lui procurent laissent son humeur calme et modérée. Il n'est pauvre (ou se croit tel) qu'autant qu'il a peur que les autres hommes puissent le croire pauvre et le mépriser pour cela. L'envie, l'ambition, l'avarice, et les inclinations haineuses qui les suivent, assaillent sa nature, en elle-même modérée, dès qu'il vit au milieu des hommes ; et il n'est même pas besoin de supposer ces hommes déjà enfoncés dans le mal, lui donnant de mauvais exemples ; il suffit qu'ils soient là, qu'ils l'entourent et qu'ils soient des hommes, pour qu'ils se corrompent les uns les autres dans leurs dispositions morales et qu'ils se rendent mutuellement mauvais.

Kant, La religion dans les limites de la raison – Partie III

Le Texte :

" Ce ne sont pas les excitations de sa nature qui éveillent en l’homme les passions, ces mouvements, désignés par un mot si juste et qui causent de si grands ravages dans ses dispositions primitivement bonnes. Il n’a que de petits besoins, et les soucis qu’ils lui procurent laissent son humeur calme et modérée. Il n’est pauvre (ou se croit tel) qu’autant qu’il a peur que les autres hommes puissent le croire pauvre et le mépriser pour cela. L’envie, l’ambition, l’avarice, et les inclinations haineuses qui les suivent, assaillent sa nature, en elle-même modérée, dès qu’il vit au milieu des hommes ; et il n’est même pas besoin de supposer ces hommes déjà enfoncés dans le mal, lui donnant de mauvais exemples ; il suffit qu’ils soient là, qu’ils l’entourent et qu’ils soient des hommes, pour qu’ils se corrompent les uns les autres dans leurs dispositions morales et qu’ils se rendent mutuellement mauvais. "

Corrigé :

La question de l’origine des passions est l’enjeu d’un débat philosophique important, puisqu’elle soulève le problème de la nature humaine. Descartes, dans son traité des Passions de l’âme, considère ainsi que les passions sont inhérentes à l’homme, dans la mesure où elles sont liées à sa constitution corporelle. Kant, au contraire, affirme que les passions ne sont pas inscrites dans la nature de l’homme, mais produites par son existence sociale : l’homme ne devient passionné que dans la société, au contact de ses semblables. Il n’est pas dans sa nature d’être passionné. Mais pourquoi Kant situe-t-il l’origine des passions dans la vie sociale ? Pourquoi l’homme est-il originellement dénué de passion ? Nous tenterons de répondre à ces questions dans une étude détaillée du texte qui nous est présenté.

## I. La nature humaine n’est pas passionnée (lignes 1 à 5)

### A) La nature humaine

Dans une première étape du texte (lignes 1 à 5), l’auteur commence par nous indiquer que l’homme n’est pas passionné par nature : "Ce ne sont pas les excitations de sa nature qui éveillent en l’homme les passions" (lignes 1-2). Que veut dire Kant lorsqu’il nous parle de la "nature" de l’homme ? Le terme de nature semble désigner tout ce que l’humanité possède de façon innée, indépendamment de ce que la vie en société ou l’éducation lui apporte : pour concevoir la nature de l’homme, il faut donc imaginer son existence en dehors de la société, comme le fait Rousseau dans son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes. Les termes

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