philosophie • commentaire

Sartre, L'imaginaire : Conscience et imagination

Publié le : • Proposé par : Grégoria Perez-Garino (professeur)

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Texte étudié

Quand je perçois une chaise, il serait absurde de dire que la chaise est dans ma perception. Ma perception est, selon la terminologie que nous avons adoptée, une certaine conscience et la chaise est l’objet de cette conscience. A présent, je ferme les yeux et je produis l’image de la chaise que je viens de percevoir. La chaise, en se donnant maintenant en image, ne saurait pas plus qu’auparavant entrer dans la conscience. Une image de chaise n’est pas, ne peut pas être une chaise. En réalité, que je perçoive ou que j’imagine cette chaise de paille sur laquelle je suis assis, elle demeure toujours hors de la conscience. Dans les deux cas elle est là, dans l’espace, dans cette pièce, face au bureau. Or, — c’est, avant tout, ce que nous apprend la réflexion, — que je perçoive ou que j’imagine cette chaise, l’objet de ma perception et celui de mon image sont identiques : c’est cette chaise de paille sur laquelle je suis assis.
[...]
Le mot d’image ne saurait donc désigner que le rapport de la conscience à l’objet ; autrement dit, c’est une certaine façon qu’a l’objet de paraître à la conscience, ou, si l’on préfère, une certaine façon qu’a la conscience de se donner un objet. A vrai dire l’expression d’image mentale prête à confusion. Il vaudrait mieux dire, “conscience de Pierre-en-image” ou “conscience imageante de Pierre”. Comme le mot “image” a pour lui ses longs états de service, nous ne pouvons pas le rejeter complètement. Mais, pour éviter toute ambiguïté, nous rappelons ici qu’une image n’est rien d’autre qu’un rapport. La conscience imageante que j'ai de pierre n'est pas conscience de l'image de pierre : Pierre est directement atteint, mon attention n'est pas dirigée sur une image, mais sur une objet.

Sartre, L'imaginaire (Gallimard, p.15)

# correction du devoir sur l’inconscient : texte de sartre

## introduction

Ce texte est emprunté à la première partie de *L’Imaginaire* de J. -P. Sartre, première partie qui a pour titre *Le certain*. Sartre entend donné ici avant toute induction hypothétique sur la nature de l’imagination, une description fidèle de la conscience en train d’imaginer : « Pour l’instant nous voulons seulement tenter une phénoménologie de l’image. La méthode est simple : produire en nous des images, réfléchir sur ces images, les décrire. »

## explication et commentaire

« ... Quand je perçois une chaise il serait absurde de dire que la chaise est dans ma perception. Ma perception est... une certaine conscience et la chaise est l’objet de cette conscience... » Sartre dénonce ici ce qu’il appelle l’illusion d’immanence, propre à l’ancienne psychologie introspective. Pour cette psychologie introspective, il existe un monde intérieur, un domaine de la conscience qu’on peut opposer au monde extérieur. David HUME, philosophe du XVIII siècle, trouvait par exemple dans la conscience des perceptions nettes, intenses qu’il nommait impressions et des images atténuées de ces impressions qu’il nommait idées. Mais qu’il s’agisse des perceptions ou des images, ce sont toujours des états intérieurs : « Le fait de se rapporter à un objet n’est pour l’idée qu’une dénomination intrinsèque dont elle ne porte en elle-même aucune marque ni aucun caractère. » Ou bine on parlait d’états de conscience et on s’efforçait d’analyser fragments par fragments ces éléments du monde intérieur ou bien, à la manière de Bergson on contestait l’existence d’états psychiques divisibles, analysables, et on parlait d’un courant continu de conscience (le stream of thought de William JAMES) mais il s’agissait encore d’une vie intérieure, d’un monde original de perceptions, de souvenirs, de sentiments intérieur à la conscience.

Sartre pense, à la suite de Husserl, que cette interprétation n’est pas fidèle à l’expérience psychologique. Une perception n’est pas pour lui un état intérieur, immanent à ma conscience, mais elle est un acte de ma conscience qui vise un objet transcendant c’est-à-dire un objet extérieur à elle. Ainsi les données de ma conscience ne sauraient constituer un monde intérieur. Mais, tout au contraire, selon la célèbre formule de Husserl, « toute conscience est conscience de quelque chose ». La conscience est « intentionnalité » c’est-à-dire visée d’un objet transcendant, direction vers quelque c

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