Alain, Définitions: Conscience et liberté

Le commentaire ordonné du texte suivi de son intérêt philosophique en trois parties :
A. La conscience est essentiellement négation,
B. La conscience se manifeste dans la distance que l'on instaure par rapport à soi,
C. La conscience et la liberté coïncident comme capacité de dire "non" à ce qui est

Dernière mise à jour : 15/09/2021 • Proposé par: martinh (élève) •

Texte étudié

L'âme c'est ce qui refuse le corps. Par exemple, ce qui refuse de fuir quand le corps tremble, ce qui refuse de frapper quand le corps s'irrite, ce qui refuse de boire quand le corps a soif, ce qui refuse de prendre quand le corps désire, ce qui refuse d'abandonner quand le corps a horreur. Ces refus sont des faits de l'homme. Le total refus est la sainteté ; l'examen avant de suivre est la sagesse ; et cette force de refus, c'est l'âme. Le fou n'a aucune force de refus ; il n'a plus d'âme. On dit aussi qu'il n'a plus de conscience, et c'est vrai. Qui cède absolument à son corps, soit pour frapper, soit pour fuir, soit seulement pour parler, ne sait plus ce qu'il fait ni ce qu'il dit. On ne prend conscience que par opposition de soi à soi. Exemple : Alexandre à la traversée d'un désert reçoit un casque plein d'eau ; il remercie et le verse par terre devant toute l'armée. Magnanimité ; âme, c'est-à-dire grande âme. Ce beau mot ne désigne nullement un être, mais toujours une action.

Alain, Définitions

Introduction

Bien des gens pensent qu'être libre c'est se laisser aller au gré de ses désirs, de ses passions, que la liberté est l'expression d'une spontanéité dont l'expression la plus parfaite se trouverait dans l'être naturel : l'animal offrant l'image emblématique de la liberté. Libre comme l'air dit-on aussi.

Cependant non seulement nous entendons parfois dire de quelqu'un qu'il est prisonnier de ses désirs, mais nous savons que la nature est soumise au règne de la nécessité.

Dès lors, nous pouvons nous demander si la liberté est dans l'adhésion de l'esprit aux penchants dont il faut chercher l'origine dans le corps, ou bien si elle se manifeste dans la conscience que nous sommes autre chose que ce qui semble avoir prise sur notre esprit. La liberté est-elle un abandon aux sollicitations du corps ou conscience et refus ?

Une réflexion sur le texte d'Alain peut nous permettre de résoudre ce problème.

I. Commentaire ordonné

Certains mouvements, certains désirs, émanent du corps : boire, fuir, frapper, etc. Le corps (Platon parle de "l'élément terreux") nous incline à des actions qui font cesser certaines tensions. Or je suis conscient (je suis l'homme lorsque je sors de mon corps pour me mettre à distance de lui et me considérer. Etre conscient, c'est savoir que l'on peut décider. Je suis conscient lorsque je sais ce que je fais, c'est-à-dire lorsque je sais aussi que j'aurais pu ne pas le faire. Je sais ce que je fais et je suis conscient lorsque je ne suis pas passif, soumis aux tendances qui émanent de mon corps.

Prendre conscience, c'est donc se distinguer de soi-même, c'est se donner la possibilité de refuser de satisfaire des désirs spontanés. Je peux décider de satisfaire un désir, de ne pas contrarier une tendance, mais je suis homme que dans la mesure où je le choisis, et non quand cette tendance, ce désir s'imposent à moi. Je ne suis homme et conscient lorsque je dis "oui" que dans la mesure où je sais que j'aurais eu la force de dire "non".

L'être naturel, le robot, ne sont pas conscients : ils n'ont pas la faculté de refuser ce qui est cause de leur comportement, ils ne savent pas résister.

"Le refus total est sainteté". Etre homme, c'est savoir que l'on peut aller jusqu'au refus total de ce à quoi nous dispose le corps. Mais comment le saurions-nous sans en mourir ? Aussi ne sommes-nous jamais assurés de notre humanité, sinon lorsque l'occasion du martyre se présente : il faut savo

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