Ai-je une conscience ou suis-je une conscience ?

Dissertation complète avec de nombreuses références.
Commentaires du professeur:
- il ne faut pas citer de noms de philosophes dans l’introduction
- il ne faut ne jamais critiquer les philosophes
- il faut faire des transitions entre les parties 
- enfin, la troisième partie est de trop, surtout le premier paragraphe, ou alors pas assez détaillée (le second paragraphe)
Note obtenue: 10/20.

Dernière mise à jour : 16/06/2021 • Proposé par: freecorp (élève) •

Descartes considérait la conscience comme « une chose certaine et indubitable » (Méditations métaphysiques), en lui conférant un rôle primordial dans la définition du « je ». Mais on peut s’interroger sur la place réelle de la conscience. Ai-je une conscience ou suis-je une conscience ? Pour répondre à cette question, il faudrait tout d’abord expliquer la différence entre le verbe « être » et le verbe « avoir ». Il est clair que « avoir » interroge sur une propriété, une caractéristique. Il est donc le lien entre le sujet et l’objet. Par contre, le verbe « être » interroge directement sur le sujet, sur son essence, sa définition. Mais pour définir ce sujet, il est possible de donner la liste (parfois infinie) de ses caractéristiques. Ainsi, la différence entre « être » et « avoir » est parfois infime, notamment pour une chose aux caractéristiques si nombreuses que « je ». D’autre part, que veut dire le mot « conscience » du problème ? « Conscience » ne signifie pas « conscience de soi » ni « bonne ou mauvaise conscience », mais doit être compris dans son sens le plus vaste possible, c’est à dire « ensemble des pensées ». Ainsi, pour éviter toute ambiguïté linguistique, on peut reformuler la question « Ai-je une conscience ou suis-je une conscience ? » par « Est-ce que la conscience est une de mes propriétés ou est-elle l’ensemble de mes propriétés, c’est à dire ce que je suis ? (auquel cas l’essence de ma conscience serait l’essence du « je ») » Descartes, en utilisant son « cogito », affirme que je suis une chose qui pense, c’est à dire que je suis une conscience. C’est ce que nous verrons dans une première partie, en précisant les limites évidentes de cette théorie. Puis nous analyserons le point de vue de philosophes plus contemporains, tels Kant ou Freud, qui apporteront des nuances, voire des corrections révolutionnaires, à la thèse de Descartes. Dans une troisième partie, nous verrons quel point de vue on pourrait adopter aujourd’hui, un siècle après la découverte de l’inconscient.

I. Je suis une conscience

Dans Le Discours de la méthode, Descartes s’interroge sur le fait que nos sens peuvent nous induire en erreur. En effet, nous sommes parfois victimes d’illusions d’optique, de problèmes de vision qui nous donnent une idée fausse du monde qui nous entoure. Si certaines choses que nous voyons n’existent pas, qu’est ce qui est réellement vrai, absolument certain ? Pour répondre à cette question, Descartes va utiliser le raisonnement suivant : je considère faux tout ce qui était auparavant tenu pour vrai, même mon corps et mon existence : il se pourrait en effet que « je n’[aie] aucun corps et qu’il n’y [ait] aucun monde ni aucun lieu où je [sois] » ( Discours de la méthode, IV° partie). Ce faisant, je doute. Ce doute utilisé comme point de départ de la démonstration est un doute méthodique, « hyperbolique » (Jean François Revel, Histoire de la philosophie), puisqu’il remet tout en question. Descartes poursuit son raisonnement de la manière suivante. Le fait de douter montre que je pense, ce qui induit indubitablement que je suis (cogito ergo sum). Ainsi, j’existe et je suis une chose qui pense, c’est à dire je suis une conscience. Mon essence est bien l’essence d’une conscience. Cela est une « chose certaine, indubitable » (Descartes, Méditations métaphysiques). Cette thèse sera acceptée par Pascal, qui qualifiera l’homme de « roseau pensant », dans ses Pensées. Descartes dit ensuite que « je [suis] une substance dont toute l’essence ou la nature n’est que de penser » dans le Discours de la méthode IV° partie. « Je » étant « ma conscience », ma conscience est aussi une substance donc elle n’a pas besoin d’autre chose pour exister.

Cette démonstration paraît limpide et semble respecter parfaitement une logique implacable, cette logique mathématique chère à Descartes. Pourtant, on peut observer les limites du raisonnement. Dans l’articulation principale, le « je pense donc je suis », les deux « je » sont-ils exactement équivalents ? Appelons « je1 » le premier et « je2 » le second. « Je2 », en pensant, et en formulant la phrase « je pense donc je suis », découvre que « je1 » est. Ainsi, il sait quelque chose de plus que « je1 ». Il ne peut donc en aucun cas être strictement identique à « je1 ». Cette erreur de Descartes qui prétend faire un raisonnement scientifique rigoureux, n’est qu’une des erreurs plus ou moins importantes qu’il réalisera lors de sa carrière de philosophe et de scientifique. (On peut penser, entre autres, à son « erreur mémorable » à propos de la conservation du mouvement, décrite par Leibniz, dans Brève démonstration de l’erreur mémorable de Descartes). D’autres imperfections dans sa théorie du « cogito » seront reprises par des philosophes postérieurs, et c’est ce que nous verrons dans la deuxième partie.

II. Je suis une conscience mais également un inconscient

C’est surtout le fait que Descartes considère la conscience comme une substance que vont remettre en question Kant et Husserl. Ce dernier affirme que « toute conscience est conscience de quelque chose » dans les Méditations cartésiennes, et ne peut donc pas exister indépendamment d’autre chose : ce n’est pas une substance. C’est aussi ce que défend Kant, dans la Critique de la raison pure. Il prétend que la conscience ne peut pas exister en tant que telle puisqu’elle est liée au temps et à l’espace. En effet, notre conscience contient nos souvenirs et nos projets. De fait, elle contient aussi notre mémoire (selon Bergson). En outre, tout souvenir et tout projet est lié à un lieu précis. Il serait donc vain de nier que la conscience dépend de l’espace et du temps : elle n’est donc pas une substance. Kant distingue alors deux consciences : la conscience transcendantale, vide, qu’il appelle « logique », et la conscience constituée de toutes nos idées, le contenu de notre pensée qu’il appelle « sensibilité » ou aperception, qui est la perception immédiate du monde qui nous entoure (grâce aux sens) : on peut comparer ces deux notions avec la « forme » et le « fond » d’un texte, ou encore le disque dur et les informations d’un ordinateur. Ainsi, cette dualité de la conscience permet de dire : je suis une conscience sous la forme « logique » et j’ai une conscience sous la forme « sensibilité », qui contient aussi ma mémoire.

Ainsi, la thèse de Kant à propos de la conscience montre une réelle évolution par rapport à Descartes, mais la véritable théorie nouvelle viendra de Freud. En effet, si Descartes a provoqué une « révolution philosophique », Freud est à l’origine d’une véritable « révolution intellectuelle, ce qui consiste à inventer une nouvelle architecture. » (Jean François Revel, Histoire de la philosophie). A son époque, les scientifiques savaient qu’il existait quelque chose « derrière » notre conscience, sans parvenir à le déterminer réellement. C’est en étudiant l’hystérie grâce à l’hypnose avec Charcot à Paris en 1887 que Freud va découvrir les premiers éléments de sa théorie sur l’inconscient. Il découvre en effet qu’un individu interrogé sous hypnose ne se rappelle plus après l’expérience ce qu’il a dit. Ainsi, l’individu a parlé sans en être conscient. Qu’est-ce qui peut expliquer cela ? C’est l’ « inconscient », ensemble de toutes nos pensées refoulées. D’après Freud, dans Le moi et le ça, notre esprit est en effet constitué du « moi », du « surmoi » et du « ça ». On peut considérer que le « moi » est ce qui se rapporte à la conscience. Toutefois, le « moi » n’est pas entièrement conscient puisqu’il contient aussi un aspect narcissique, qui appartient à notre inconscient. Le « ça » est l’ensemble de nos pulsions, qu’elles soient sexuelles ou morbides, mais dans tous les cas refoulées et inconscientes. Le « surmoi » est l’ensemble des mécanismes inconscients qui réalisent une sorte de censure, en refoulant nos pulsions dans l’inconscient. Ainsi, on voit bien que l’inconscient constitué par le « ça » et le « surmoi » occupe une place prédominante par rapport à la conscience (On peut le comparer à la partie immergée d’un iceberg).

Dans ce cas, quel rôle donner à la conscience ? Freud estime que la conscience permet de lier notre esprit au monde extérieur : j’ai donc une conscience comme organe de perception. Par contre, les informations qu’elle me donne sur moi-même ne sont que des représentations déformées du « je » , c ‘est à dire des informations tronquées, censurées : ainsi, la conscience (telle que la voyait Descartes) qui me donne un aspect soi disant objectif et vrai du « je » n’est que source d’erreurs. Je suis donc une conscience comme instance de méconnaissance. On retrouve une nouvelle fois la dualité de la conscience, qui est liée au « je » à la fois par les verbes être et avoir.

III. Je suis et j'ai une conscience

Quel crédit apporter aux philosophes que nous avons évoqués ? Quel point de vue adopter sur la conscience ? Il est difficile d’accepter totalement la théorie de Descartes, pour les incohérences qu’elle contient, mais aussi à cause du point suivant : comme point de départ de son analyse, Descartes utilise son doute hyperbolique, en remettant absolument tout en question. Mais si je réalise le même raisonnement, je dois admettre que je n’ai pas trouvé, par hasard, ce raisonnement. Descartes l’a découvert avant moi donc je ne peux douter de l’existence de Descartes : ainsi, son doute hyperbolique est impossible à reproduire aujourd’hui. Je ne peux pas appliquer le raisonnement de Descartes à moi-même.

Alors quelle position adopter pour découvrir le lien entre mon « je » et ma conscience ? Considérer comme Hamilton que « la conscience ne peut être définie », ou qu’elle est une notion superflue du langage serait esquiver le problème de façon un peu cavalière. On pourrait plutôt aborder le problème d’une manière plus scientifique, en réfléchissant au lien entre la conscience et le cerveau. Certains scientifiques, comme Norbert Wiener, le fondateur de la cybernétique, pensaient que la conscience était due à la complexité et au nombre important des neurones du cerveau, et donc que la conscience naissait peu à peu de la matière, au fur et à mesure de son évolution. Peut-être vaudrait-il mieux choisir un point de vue plus mitigé, en laissant à la conscience sa place prédominante, et en faisant du cerveau l’instrument de la conscience, c’est à dire le lien entre le spirituel (ma conscience et mon inconscient) et le matériel (mon corps et le monde extérieur). Cette théorie n’est pas près d’être prouvée car le mécanismes précis qui permettent le lien entre l’esprit et le cerveau n’ont pas encore mis en évidence. Toutefois, cela permettrait de donner une réponse pas aussi tranchée que celle de Descartes, mais plus mesurée et plus probable : Le lien entre « je » et « ma conscience » peut être exprimé à la fois par le verbe « avoir » et le verbe « être ».

Conclusion

Ainsi, nous avons vu que Descartes qui affirmait « je suis une conscience » a été contredit par la majorité des philosophes des siècles derniers. Freud, Kant et les cybernéticiens, même s’ils n’utilisent pas le même raisonnement pour parvenir à cette conclusion, m’incitent à affirmer la dualité de la conscience en disant : « j’ai et je suis une conscience ».