I. L’analyse du sujet
Un sujet classique qui suppose de mettre en relation les deux notions d’art et de vérité, en évitant de les traiter séparément. En conséquence, il faut éviter le plan qui consisterait à consacrer une partie à l’art puis une autre à la vérité (ou inversement) pour terminer sur une mise en relation des deux notions. C’est dès le début de la dissertation qu’il convient de travailler le rapport de l’art à la vérité.
On observe que la question porte sur l’art comme moyen d’accéder à la vérité. Remarquons déjà que l’article indéfini suggère que l’art n’a pas le monopole du rapport à la vérité : il est un moyen d’accéder à la vérité, c’est-à-dire un moyen parmi d’autres. En revanche, le sujet parle de la vérité, ce qui semble impliquer une unité de la vérité. Pourtant, on peut parler de la vérité au pluriel dans la mesure où l’on distingue, par exemple, une vérité scientifique d’une vérité philosophique. La question revient alors à se demander si l’on peut parler de vérité dans l’art ? S’il est possible de concevoir une vérité qui ne soit pas de l’ordre de la connaissance intellectuelle ? Et à quelles conditions ?
II. La problématique du sujet
Plusieurs raisons invitent à douter que l’art soit un moyen d’accéder à la vérité. La première c’est que l’art nous donne à voir des apparences souvent trompeuses, il nous projette dans des mondes fictifs et imaginaires. De ce point de vue, des arts comme la peinture ou la littérature ne semblent pas se soucier de la vérité.
Pourtant, nous avons tous fait l’expérience face à un tableau ou une sculpture, en lisant un roman, que si l’art ne peut se définir comme adéquation ou conformité à la réalité, il nous procurait parfois un sentiment de vérité. Aristote montre ainsi dans *la Poétique* que la tragédie qui, par différence avec l’histoire, ne traite pas de faits qui se sont réellement passés, est toutefois plus « philosophique » que celle-ci. Alors que l’histoire reste emprisonnée dans les faits particuliers, la tragédie, et il faudrait élargir ce point de vue à toutes les formes d’art, nous élève à l’universel et nous fait accéder à des formes idéales qui nous permettent de comprendre le monde, qui le rendent intelligible. Comment caractériser cette vérité sensible qui est à l’œuvre dans l’art ?
A la conception traditionnelle de la vérité comme adéquation à la réalité, ne faut-il pas substituer celle de vraisemblance ? N’est-ce pas précisément dans l’écart avec le réel que l’art trouve les moyens