I. L’analyse du sujet
Le sujet est aisé à comprendre mais sa difficulté tient à ce qu’il met en jeu deux notions du programme, l’art et la science qu’il ne faut évidemment pas traiter séparément. Ainsi un plan qui traiterait successivement de l’art puis de la science pour les confronter ensuite dans une dernière partie a toutes chances d’être hors sujet. Car il s’agit bien ici d’envisager ces deux domaines d’activités en relation à la question de leur nécessité ainsi qu’y invitait la présence du comparatif « moins ».
Le terme « nécessaire » exigeait une analyse précise, d’autant qu’il fait partie des repères du programme. Ce qui est nécessaire, c’est d’abord, en un sens courant, ce qui est utile, voire indispensable et qui se distingue donc de l’accessoire. La nécessité désigne ainsi ce qui est de l’ordre du besoin, de ce dont on ne peut se passer sauf à mettre sa vie en danger.
En un autre sens, le nécessaire se distingue du possible ou du contingent. Dans cette perspective, dire que l’art et la science sont nécessaires, ce qui est présupposé par le sujet, c’est affirmer qu’ils sont en quelque sorte essentiellement liés à la condition humaine. Le sujet ne met pas en question cette nécessité mais demande s’il y a moins de nécessité dans l’art que dans la science. Si l’on s’en tient à cette acception stricte du terme « nécessaire », on peut dire qu’en toute rigueur, une chose est nécessaire ou pas : elle ne peut donc pas être moins nécessaire qu’une autre ; le nécessaire, ce qui ne peut pas ne pas être n’est pas susceptible de l’être plus ou moins (comme c’est le cas pour ce qui est possible ou contingent).
Pour donner le sens le plus large au sujet, on peut donc engager la réflexion sur le terrain de l’opposition de l’utile et du superflu. En effet, on entend souvent dire que l’art est une activité futile sinon un loisir, auquel les hommes s’adonnent une fois qu’ils ont pourvu à la satisfaction de leurs besoins vitaux. Au contraire, la science, parce qu’elle produit des connaissances, permet de transformer et de maîtriser le monde, contribue au progrès des conditions de vie de l’humanité. Mais cette opposition n’est-elle pas discutable ? La science qui se propose de dégager l’intelligibilité du monde n’est-elle pas aussi, en un sens, une activité gratuite dès lors qu’on la considère indépendamment de ses applications techniques ? Et l’art n’est-il pas ce qui enrichit notre vision du monde et développe notre imaginaire ?
Il faut donc interroger, d’une p