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Bac philo 2016 - Filière technologique
# Explication de texte. Maurice Merleau-Ponty, "Causeries" (1948)
# Expliquez le texte suivant :
Même quand les peintres travaillent sur des objets réels, leur but n’est jamais d’évoquer l’objet même, mais de fabriquer sur la toile un spectacle qui se suffit. La distinction souvent faite entre le sujet du tableau et la manière[1] du peintre n’est pas légitime parce que, pour l’expérience esthétique, tout le sujet est dans la manière dont le raisin, la pipe ou le paquet de tabac est constitué par le peintre sur la toile. Voulons-nous dire qu’en art la forme seule importe, et non ce qu’on dit ? Nullement. Nous voulons dire que la forme et le fond, ce qu’on dit et la manière dont on le dit ne sauraient exister à part. Nous nous bornons en somme à constater cette évidence que, si je peux me représenter d’une manière suffisante, d’après sa fonction, un objet ou un outil que je n’ai jamais vu, au moins dans ses traits généraux, par contre les meilleures analyses ne peuvent me donner le soupçon de ce qu’est une peinture dont je n’ai jamais vu aucun exemplaire. Il ne s’agit donc pas, en présence d’un tableau, de multiplier les références au sujet, à la circonstance historique, s’il en est une, qui est à l’origine du tableau.
Maurice MERLEAU-PONTY, *Causeries* (1948)
[1] « manière » : la façon dont le peintre peint, son style propre
Avertissement : il ne s’agit ici que de pistes de réflexion et non d’une copie type nécessairement attendue par vos correcteurs. D’autres approches, d’autres thèses et arguments sont possibles.
1. Dégager la thèse du texte et les étapes de son argumentation. Pour Merleau-Ponty, une œuvre d’art, à commencer par un tableau est un tout qui ne peut pas se décomposer en éléments isolables les uns des autres comme le sujet et la manière dont il est représenté ou la forme et le fond. Autrement dit, analyser une œuvre d’art (le mot analyse évoque l’idée de diviser et de séparer par la pensée) n’a rien à voir avec l’expérience esthétique proprement dite, c’est-à-dire le rapport immédiat que l’on a avec une œuvre et à la suite duquel on l’apprécie ou pas.
Dans un premier temps, l’auteur affirme que la distinction entre le sujet du tableau et la façon dont le peintre le traite n’est pas légitime. Ensuite, il précise que sa thèse ne signifie pas qu’il faut être indifférent à ce qui est représenté et qu’il faudrait seulement retenir la manière dont ça l’est (la forme). Et pour justifier ce