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Bachelard, La Poétique de la rêverie : Rêve et cogito

Publié le : • Proposé par : Inconnu, TS (élève)

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Texte étudié

Dans les quarante ans de ma vie de philosophe, j'ai entendu dire que la philosophie reprenait un nouveau départ avec le Cogito ergo sum de Descartes. J'ai dû aussi énoncer moi-même cette leçon initiale. Dans l'ordre des pensées, c'est une devise si claire! Mais n'en dérangerait-on pas le dogmatisme si l'on demandait au rêveur s'il est bien sûr d'être l'être qui rêve son rêve? Une telle question ne troublait guère un Descartes. Pour lui, penser, vouloir, aimer, rêver, c'est toujours une activité de son esprit. Il était sûr, l'heureux homme, que c'était lui, bien lui, lui seul qui avait passions et sagesse. Mais un rêveur, un vrai rêveur qui traverse les folies de la nuit, est-il sûr d'être lui-même ? Quant à nous, nous en doutons. Nous avons toujours reculé devant l'analyse des rêves de la nuit. Et c'est ainsi que nous sommes arrivés à cette distinction un peu sommaire qui cependant devait éclairer nos enquêtes. Le rêveur de la nuit ne peut énoncer un cogito. Le rêve de la nuit est un rêve sans rêveur. Au contraire, le rêveur de la rêverie garde assez de conscience pour dire : c'est moi qui rêve la rêverie, c'est moi qui suis heureux du loisir où je n'ai plus la tâche de penser.

Bachelard, La Poétique de la rêverie

# philosophie

Maryvonne Longeart

9-12 minutes

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Exemple de commentaire fait par un élève de terminale S du lycée de Villard de Lans

La certitude du cogito de Descartes résiste-t-elle à l’expérience du rêve ?

Alors que le courant de pensée rationaliste héritier de Descartes définit encore l’être humain comme "être pensant et conscient", Bachelard cherche à mettre en doute cette "évidence" en la confrontant au cas du rêveur qui ne serait pas en mesure d’énoncer le "cogito ergo sum".

Après avoir rappelé l’évidence supposée du Cogito, Bachelard énonce sa problématique : le rêveur est-il bien sûr "d’être l’être qui rêve son rêve" ? Bachelard rappelle la réponse cartésienne à cette question : "Pour lui (Descartes), penser, vouloir, aimer, rêver, c’est toujours une activité de son esprit. [...] C’était lui, bien lui, lui seul qui avait passion et sagesse". Mais devant l’insuffisance de cette réponse qui ne résiste pas au doute soulevé par le rêve, Bachelard avance sa thèse : "le rêve de la nuit est un rêve sans rêveur".

L’analyse du texte nous amènera à faire la distinction entre l’être conscient et le rêveur, mais aussi entre le rêve de la nuit et la rêverie, qui, de deux façons différentes, contribuent à réfuter la thèse de Descartes. Si le rêve de la nuit ne permet pas de dire "j’existe", la rêverie ne permet pas de dire "je pense".

Après avoir étudié la thèse de Bachelard, nous reviendrons sur les éléments essentiels sur lesquels repose sa critique du cogito, critique qui sera comparée à celle plus radicale faite près d’un siècle plus tôt par Nietzsche.

Dans la première partie du texte, Bachelard se définit comme philosophe, c’est-à-dire comme quelqu’un qui s’efforce de réfléchir par lui-même sur le fond des choses, à la recherche de la vérité. L’emploi de la première personne du singulier est la marque d’une démarche philosophique qui s’interroge et accepte de remettre en cause ses acquis afin "d’éclairer ses enquêtes". Le premier de ces acquis, que Bachelard partage avec toute une tradition philosophique et qu’il a lui-même transmise à des générations d’étudiants est le fameux "Cogito ergo sum" de Descartes. Descartes est un rationaliste. Il fonde la connaissance sur des vérités premières qui, pour lui, ne dépendent pas de l’expérience mais de la raison entendue comme la faculté innée de bien juger du vrai et du faux. Descartes s’est donc tout d’abord demandé "quelle est la première vérité sur laquelle repose t

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