Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves - P1: Portrait Mlle de Chartres

Correction d'une lecture linéaire.

Dernière mise à jour : 23/04/2022 • Proposé par: Mimi2002 (élève)

Texte étudié

Il parut alors une beauté à la cour, qui attira les yeux de tout le monde, et l'on doit croire que c'était une beauté parfaite, puisqu'elle donna de l'admiration dans un lieu où l'on était si accoutumé à voir de belles personnes. Elle était de la même maison que le vidame de Chartres, et une des plus grandes héritières de France. Son père était mort jeune, et l'avait laissée sous la conduite de madame de Chartres, sa femme, dont le bien, la vertu et le mérite étaient extraordinaires. Après avoir perdu son mari, elle avait passé plusieurs années sans revenir à la cour. Pendant cette absence, elle avait donné ses soins à l'éducation de sa fille ; mais elle ne travailla pas seulement à cultiver son esprit et sa beauté ; elle songea aussi à lui donner de la vertu et à la lui rendre aimable. La plupart des mères s'imaginent qu'il suffit de ne parler jamais de galanterie devant les jeunes personnes pour les en éloigner. Madame de Chartres avait une opinion opposée ; elle faisait souvent à sa fille des peintures de l'amour ; elle lui montrait ce qu'il a d'agréable pour la persuader plus aisément sur ce qu'elle lui en apprenait de dangereux ; elle lui contait le peu de sincérité des hommes, leurs tromperies et leur infidélité, les malheurs domestiques où plongent les engagements ; et elle lui faisait voir, d'un autre côté, quelle tranquillité suivait la vie d'une honnête femme, et combien la vertu donnait d'éclat et d'élévation à une personne qui avait de la beauté et de la naissance. Mais elle lui faisait voir aussi combien il était difficile de conserver cette vertu, que par une extrême défiance de soi-même, et par un grand soin de s'attacher à ce qui seul peut faire le bonheur d'une femme, qui est d'aimer son mari et d'en être aimée.

Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves - P1

Situation du passage

La galerie de portraits royaux et aristocratiques que l’incipit du roman a fait se succéder a créé le climat de « magnificence » et de « galanterie » propre selon l’auteur aux dernières années de règne du roi Henri II. Le portrait de l’héroïne éponyme suscite une attente chez le lecteur, d’autant plus forte ici que les portraits qui l’ont précédé sont surchargés d’éloges hyperboliques et semblent difficilement pouvoir être mis en concurrence. En effet, les reines rivalisent de beauté, les princes de mérite, et l’on se demande ce qui pourra bien distinguer la Princesse de Clèves dans un environnement aussi extraordinaire.

Problématique

Nous nous demanderons comment est brossé ici le portrait d’une héroïne, qui se distingue non pas tant par sa beauté exceptionnelle que par son éducation morale singulière/ sa vertu.

Composition du passage

I. Le portrait laudatif d’une jeune beauté arrivant à la Cour, de « Il parut alors » à « le mérite étaient extraordinaire »
II. La description d’une éducation peu conventionnelle : plus austère que mondaine, de « Après avoir perdu son mari » à « d'aimer son mari et d'en être aimée »

I. Le portrait laudatif d’une jeune beauté arrivant à la Cour

La phrase initiale concentre les effets laudatifs : l’arrivée de Mlle de Chartres à la Cour est placée sous le signe de l’extraordinaire, de l’apparition éblouissante. La tournure impersonnelle « Il parut » renforce cet effet sensationnel par l’antéposition du verbe par rapport à son sujet. La désignation métonymique de Melle de Chartres : « une beauté » contribue à la dimension laudative : la personne s’efface derrière ses qualités. La beauté de Melle de Chartres s’impose comme une évidence unanimement reconnue comme l’indique l’intervention de la narratrice accréditant le jugement de la Cour auprès de ses lecteurs : « l’on doit croire ». Elle utilise le jugement de la Cour, experte en belles personnes, comme argument d’autorité, comme le traduit la proposition causale : « puisqu’elle donna de l’admiration dans un lieu où l’on était si accoutumé à voir de belles personnes ». L’héroïne apparaît ainsi magnifiée sous le regard de ce microcosme qu’est la Cour.

Ce portrait a une dimension hyperbolique, avec le champ lexical de la perfection ; épithète laudative « parfaite », expression de la totalité « tout le monde », intensif « si »,

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