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Peut-on être libre sans exercer sa citoyenneté ?

Corrigé en trois parties sous la forme thèse/antithèse/synthèse :
I. On peut être libre sans exercer sa citoyenneté,
II. On ne peut pas être libre sans exercer sa citoyenneté,
III. État de droit et État démocratique, figures du pouvoir créateur

Dernière mise à jour : 16/03/2021 • Proposé par: ddp (élève) •

Introduction

Est-il possible et légitime d'être libre, c'est-à-dire de vivre suivant le seul commandement de la raison (c'est ainsi que Spinoza, dans l'Éthique, quatrième partie, proposition 67, définit la liberté), sans exercer sa citoyenneté, à savoir sans mettre en pratique sa qualité de citoyen ?
Mais qu'est-ce qu'un citoyen ? C'est un individu membre du corps politique, jouissant de droits politiques et participant donc au pouvoir. « Nous appelons citoyens, écrit Spinoza, les hommes considérés comme jouissant de tous les avantages que procure la Cité en vertu du droit civil » (Traité politique, chapitre 3, paragraphe 1). Est-il donc possible et légitime de parvenir à l'autonomie en dehors du statut de membre du corps politique ?

Mais qu'est-ce que la liberté ? Peut-elle s'identifier à la spontanéité, à l'absence de contraintes ? Ne consiste-t-elle pas, au contraire, à agir en connaissant et maîtrisant la nécessité de la nature ? Le problème est de savoir si la liberté consiste ou non pour l'homme à se relier à des lois. D'où l'enjeu formidable de la question posée. Le gain de la problématique est alors politique.

I. On peut être libre sans exercer sa citoyenneté

La liberté n'est pas seulement un pouvoir du citoyen intégré dans le corps politique : elle est cette puissance que détient la conscience de nier tout donné, quel qu'il soit. La liberté, c'est la négativité, la faculté de dire oui ou non dans toutes les situations. Conscience et liberté sont une seule et même chose et il est donc possible et légitime d'être libre sans être un citoyen exerçant ses responsabilités dans le champ politique.

Transition

Cette thèse est absurde. Car la liberté est un fardeau : l'homme totalement responsable est responsable de tous les hommes; donc ne doit-il pas exercer sa citoyenneté dans le champ de la Cité ?

II. On ne peut pas être libre sans exercer sa citoyenneté

Être libre, c'est être autonome, c'est donc mettre en forme les lois et leur obéir, grâce au suffrage universel, dans une communauté organisée. Pas d'autonomie sans cet exercice politique. L'homme ne vit-il pas dans la Cité ? N'est-il pas né pour vivre en elle ? Dans l'État où l'homme exerce ses droits politiques, les individus confrontent librement leurs opinions et leurs droits sont protégés. Il n'est possible d'être libre que si l'on vit dans une Cité libre car l'homme accède alors à une société juste.

Transition

Il est nécessaire d'unifier la liberté comme spontanéité et la liberté comme citoyenneté et autonomie.

III. État de droit et État démocratique, figures du pouvoir créateur

On ne saurait totalement minimiser l'importance de la liberté purement individuelle et spontanée. Quand je me livre à des activités artistiques, quand je jouis esthétiquement, mon plaisir et ma liberté se comprennent en dehors de la sphère politique. Ne suis-je pas libre à l'écart de tous, en jouissant, par exemple, du verbe poétique, de l'imaginaire où je dépasse le réel. Toutefois, deux figures fondamentales de l'État, liées à la citoyenneté, permettent de passer de la sphère individuelle à l'autonomie : l'État de droit et l'État démocratique, ces formes où se forgent l'homme.

L'État de droit est un État où il y a de la loi et du droit, subordonnés, tous deux, au respect de la personne; c'est une forme juridique garantissant les libertés individuelles, s'attachant à la dignité humaine, et ce contre les violences, forces ou intimidations. Loin de désigner une substance, il est processus et conquête, invention permanente de la liberté et invitation au respect de l'homme. Il suppose que l'action de l'État soit soumise à des règles sûres et explicites, dont les individus puissent exiger le respect.

L'Etat démocratique, dont l'origine lointaine se situe en Grèce, à Athènes, où le pouvoir émane du peuple, est fondé, à l'époque moderne, par Rousseau, avec Du contrat social. Cet État démocratique exprime la volonté générale et trouve sa légitimité en elle. Selon Rousseau, les hommes sont contraints de s'associer pour survivre. Le problème est de « trouver une forme d'association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s'unissant à tous, n'obéisse pourtant qu'à lui-même et reste aussi libre qu'auparavant ». Sa solution, c'est le contrat social. Rousseau l'énonce ainsi : « Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale, et nous recevons en corps chaque membre comme partie indivisible du tout. » Par ce contrat chaque individu préserve donc intégralement sa liberté puisqu'il décide librement d'obéir à la volonté générale, et son égalité, puisque chacun participe également à cette volonté générale. L'État trouve sa légitimité dans cette volonté générale dont il ne doit être que l'expression. Dès que l'État ne représente plus cette volonté générale, le contrat est rompu, et l'État devient illégitime.

Dans ces deux figures de l'État, liberté spontanée et autonomie s'unifient. Donc on ne peut être libre sans exercer sa citoyenneté au sein de ces formes.

Conclusion

La liberté se situe du côté de la loi, du droit et du champ politique, qui unifient spontanéité et autonomie.