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Victor Hugo, Les Misérables - chapitre XII, les chandeliers d'argent

Dernière mise à jour : 16/03/2021
Proposé par: JulietteW (élève)

Description du corrigé: 1ère ES, fiche

I/ La sympathie du lecteur vis-à-vis de l'évêque
II/ Jean Valjean, personnage représentatif des misérables
III/ Un texte qui reflète l'opinion religieuse de Victor Hugo

Texte étudié:

La porte s'ouvrit. Un groupe étrange et violent apparut sur le seuil. Trois hommes en tenaient un quatrième au collet. Les trois hommes étaient des gendarmes; l'autre était Jean Valjean.

Un brigadier de gendarmerie, qui semblait conduire le groupe, était près de la porte. Il entra et s'avança vers l'évêque en faisant le salut militaire.

– Monseigneur... dit-il.

A ce mot Jean Valjean, qui était morne et semblait abattu, releva la tête d'un air stupéfait.

– Monseigneur! murmura-t-il. Ce n'est donc pas le curé?...

– Silence! dit un gendarme. C'est monseigneur l'évêque.

Cependant monseigneur Bienvenu s'était approché aussi vivement que son grand âge le lui permettait.

– Ah! vous voilà! s'écria-t-il en regardant Jean Valjean. Je suis aise de vous voir. Et bien mais! je vous avais donné les chandeliers aussi, qui sont en argent comme le reste et dont vous pourrez bien avoir deux cents francs. Pourquoi ne les avez-vous pas emportés avec vos couverts?

Jean Valjean ouvrit les yeux et regarda le vénérable évêque avec une expression qu'aucune langue humaine ne pourrait rendre.

– Monseigneur, dit le brigadier de gendarmerie, ce que cet homme disait était donc vrai? Nous l'avons rencontré. Il allait comme quelqu'un qui s'en va. Nous l'avons arrêté pour voir. Il avait cette argenterie...

– Et il vous a dit, interrompit l'évêque en souriant, qu'elle lui avait été donnée par un vieux bonhomme de prêtre chez lequel il avait passé la nuit? Je vois la chose. Et vous l'avez ramené ici? C'est une méprise.

– Comme cela, reprit le brigadier, nous pouvons le laisser aller?

– Sans doute, répondit l'évêque.

Les gendarmes lâchèrent Jean Valjean qui recula.

– Est-ce que c'est vrai qu'on me laisse? dit-il d'une voix presque inarticulée et comme s'il parlait dans le sommeil.

– Oui, on te laisse, tu n'entends donc pas? dit un gendarme.

– Mon ami, reprit l'évêque, avant de vous en aller, voici vos chandeliers. Prenez-les.

Il alla à la cheminée, prit les deux flambeaux d'argent et les apporta à Jean Valjean. Les deux femmes le regardaient faire sans un mot, sans un geste, sans un regard qui pût déranger l'évêque.

Jean Valjean tremblait de tous ses membres. Il prit les deux chandeliers machinalement et d'un air égaré.

– Maintenant, dit l'évêque, allez en paix.

– A propos, quand vous reviendrez, mon ami, il est inutile de passer par le jardin. Vous pourrez toujours entrer et sortir par la porte de la rue. Elle n'est fermée qu'au loquet jour et nuit.

Puis se tournant vers la gendarmerie:

– Messieurs, vous pouvez vous retirer.

Les gendarmes s'éloignèrent.

Jean Valjean était comme un homme qui va s'évanouir.

L'évêque s'approcha de lui, et lui dit à voix basse:

– N'oubliez pas, n'oubliez jamais que vous m'avez promis d'employer cet argent à devenir honnête homme.

Jean Valjean, qui n'avait aucun souvenir d'avoir rien promis, resta interdit. L'évêque avait appuyé sur ces paroles en les prononçant. Il reprit avec une sorte de solennité:

– Jean Valjean, mon frère, vous n'appartenez plus au mal, mais au bien. C'est votre âme que je vous achète; je la retire aux pensées noires et à l'esprit de perdition, et je la donne à Dieu.

Victor Hugo, Les Misérables - chapitre XII, les chandeliers d'argent

Le roman à l’origine est une langue vernaculaire parlée en France au XIIème siècle. Elle est dérivée du latin. Dans cette langue les premiers romanciers Français traduisent les récits antiques. Ce genre remonte donc à l’antiquité latine, cependant cette notion n’était pas encore théorisée à l’époque. Le premier roman est le Satirican de Pétrone, auteur latin du IIIème siècle après J-C. Le roman raconte toujours une histoire et vise à donner l’illusion quelle est réelle. Victor Hugo est un poète, dramaturge et romancier du XIXème siècle, période phare du genre, où va se poser la question du réalisme romanesque. Pour cet auteur, l’art romanesque doit aussi bien plaire qu’instruire tout en étant au service de ces idées, la plus part du temps dénonciatrices. Son roman Les Misérables, est en quelque sorte une analyse de la société, qui traite de la misère matérielle et morale de la classe populaire, notamment au travers de son personnage principal Jean Valjean. Dans le chapitre XII intitulé « L’évêque travaille », Jean Valjean, ancien bagnar, a dérobé des couverts en argent à l’évêque de Digne qui l’avait accueilli. Cependant, ce dernier qui ne lui en veut pas, ment afin de le protéger et lui offre son aide. Comment l’auteur parvient à faire réfléchir le lecteur sur les relations humaines entre les différents milieux sociaux, tout en dénonçant les inégalités entre les classes ? Dans Les Misérables, comme dans tous les autres romans, l’auteur, ici Hugo utilise ses personnages pour représenter la société. Ici, nous verrons dans un premier temps la particularité et la sympathie inattendue d’un personnage tel que l’évêque qui amène à un attachement du lecteur, puis par la suite nous étudierons de quelle manière Victor Hugo fait de son personnage principal un symbole des « misérables » et donc comment par l’attitude de ses personnages l’auteur reflète la société du 19ème siècle. Enfin, nous terminerons par le fait que l’on retrouve dans l’œuvre de Victor Hugo, sa foi en dieu, malgré son anticléricalisme.

Tout d’abord, comme beaucoup d’auteurs de romans, Victor Hugo utilise ses personnages à des fins personnelles, pour s’engager dans une cause. C’est le cas ici, avec l’évêque qui surprend agréablement le lecteur par sa gentillesse, qui ne s’attend pas à cette attitude de la part d’un homme de ce statut social. En effet, l’évêque attire une sympathie de la part du lecteur qui est, en premier lieu, due à la mise en valeur méliorative de ce membre du clergé. Tout d’abord le grade et l’importance de cet homme est démontré par le respect conféré par les gendarmes, d’où l’utilisation du « salut militaire » l.6 et la répétition du terme « Monseigneur » l.6, 9, 20. Cette marque de noblesse de l’évêque, est enfin mise en valeur par l’imposition du silence à Jean Valjean, simple roturier. Cette (démarcation) entre le statut de l’évêque et Jean Valjean, renforce d’avantages l’étonnement vis-à-vis de la générosité de ce membre du clergé. Il est vrai que, dès le début, de part l’utilisation de l’adjectif mélioratif « Bienvenu » en tant que nom de l’évêque le lecteur est invité à la sympathie envers ce personnage, et en montre sa la nature avenante. De plus amples informations sur la personnalité de l’évêque sont présentes par l’emploi d’adjectifs mélioratifs pour qualifier le prêtre, « souriant » l. 26, « vénérable » l.18, qui ne font que conforter l’idée de bonté de l’évêque. Dans ce même ordre d’idée, Hugo met en avant la vulnérabilité, l’âge avancé de cet homme, à nouveau pour inviter le lecteur à la sympathie et accentuer son étonnement vis-à-vis d’un personnage pour lequel on ne s’attend pas à un tel comportement. De plus, toujours dans ce but Victor Hugo utilise l’humour pour faire sourire le lecteur et donc amplifier son sentiment de sympathie. C’est pourquoi il fait pratiquer à l’évêque l’autodérision en se définissant comme « un vieux bonhomme de prêtre », procédé par lequel il renforce l’attendrissement du lecteur. Ici, Victor Hugo a donc recours à l’ironie pour attirer la sympathie des lecteurs envers le prêtre. Cette pointe d’humour est bien évidemment retrouvée dans l’utilisation de l’adjectif « bienvenu » pour le nom de l’évêque. Mais Victor Hugo se moque aussi avec l’évêque des gendarmes, « les interrompit en souriant » l.25. Enfin, par la suite cette opinion est accentuée grâce à la pitié de l’évêque qui le pousse à mentir pour protéger Jean Valjean de ses brigadiers et de la prison qui l’attend probablement. En effet, trois gendarmes sont aussi présent dans ce passage ceux-ci qui viennent livrer le voleur à sa victime : l’évêque, font eux aussi l’objet d’une description. Dès la première ligne l’auteur les qualifie par la périphrase dévalorisante « un groupe étrange et violent », leur principale caractéristique étant donc la violence. Cependant l’auteur utilise d’autres noms pour les appeler, avec « brigadier de gendarmerie » l.4, « brigadier » l.30, et la répétition de « gendarmes » l.3, 10, 33, 39 etc. Malgré l’accusation des gendarmes et le fait que l’évêque soit au courent du vol, celui-ci protège Jean Valjean, en prétendant lui avoir donné ses couverts. La supercherie est tellement bien menée que les gendarmes n’y voient que du feu, tant la spontanéité lorsqu’il s’exclame par l’intermédiaire des interjections « Eh bien, mais ! » l.14 et « Ah vous voilà » l.13 et le naturel de l’évêque créent une parfaite comédie. Cependant l’amitié dont il fait preuve envers Jean Valjean ne fait pas partie du jeu et est bien réelle, malgré le fait qu’elle appuie cette mise en scène qui mène les gendarmes en bateaux. Cette véritable amitié qu’il lui porte est montrée par la répétition et son champs lexical « ami » l.40, « mon frère » l.59 mais aussi pas des expressions de politesse telles « Je suis aise de vous voir » l.13 et « allez en paix » l.47. Il va même plus loin en lui offrant l’hospitalité « quand vous reviendrez jour et nuit » l.47 et les chandeliers comme s’ils avaient toujours appartenu à Jean Valjean « vos chandeliers » l.40. On peut donc même parler ici de « solidarité » qui dépasse les frontières de la classe sociale. De plus, après le départ des gendarmes, le mensonge doit servir selon lui à donner une leçon à Jean Valjean, Dieu lui a donné une seconde chance « c’est votre âme que je vous achète » il a finalement finalement soudoyer Jean Valjean, à lui désormais de faire le bien « devenir un honnête homme » l.56. A la fin de ce passage des Misérables, on voit donc aussi les travers de l’évêque, car mentir et soudoyer sont des péchés dans la religion catholique.

Deuxièmement, Victor Hugo a crée dans son roman, un héro véritablement représentatif des misérables. En effet, l’histoire de ce héro du 19ème siècle, représentatif du personnage de roman et des misérables, commence lorsque celui-ci vole du pain et est condamner au bagne, à sa sortie s’en suit une série de péripéties et de catastrophes faisant de sa vie un cauchemar. Cette scène « L’évêque travaille » peut donc être vu comme un souffle nouveau, qui pourrait redonner de l’espoir à Jean Valjean et aux misérables, qui dans cette société du 19ème siècle sont exclu et traité comme la peste. Un des buts de Victor Hugo dans ce roman étant donc de redonner espoir aux misérables et de critiquer la société qui les accable. Son arrivée chez l’évêque peut donc être vue comme le début de sa potentielle nouvelle vie. Cependant, au début de cet extrait des Misérables, Jean Valjean n’a plus l’envie de se reprendre et de changer les choses qui pour lui ne peuvent évoluer, l’addition des deux adjectifs « morne et abattu » l.7 montre son manque de résistance. Pour faire de ce personnage un représentant des misérables, l’auteur a donc recours au registre pathétique. De plus, à travers l’effarement de Jean Valjean devant la gentillesse de l’évêque, Victor Hugo établit le portrait d’une société qui rejette les « misérables », les gens issus d’une classe sociale moindre, et la critique. En effet, on voit très bien que Jean Valjean est stupéfait, devant une telle solidarité et bonté de la part de cet homme de foi, et donc qu’il ne fait jamais l’objet d’une telle générosité de la part de qui que ce soit. Cet excès de décontenance du héro, et mise en avant tout au long du texte par Victor Hugo, « un air stupéfait » l.7 montre son étonnement rien que vis-à-vis du fait qu’il soit présenté devant l’évêque et non le curé « ce n’est donc pas le curé » l.9. Après cette découverte, on a une sorte de gradation qui va crescendo tant son étonnement prend de l’ampleur au fil des événements. Il est en premier lieu désemparé, quand il se rend compte de la supercherie et le mensonge du prêtre, « ouvrit les yeux (…) avec une expression qu’aucune langue humaine ne pourrait rendre » l.17. Puis, il est stupéfait par le fait que les gendarmes le libèrent, «d’une voix presque inarticulée » l.36, qui est renforcé par une comparaison « comme s’il parlait dans le sommeil » l.36. Enfin il est ahurit, frapper de stupeur, lorsque l’évêque lui apporte les chandeliers « tremblait de tous ses membres » l.45, « machinalement et d’un air égaré » l .46, puis à nouveau cet effet est accentué par une comparaison « comme un homme qui va s’évanouir » l.53. Jean Valjean ne se rend pas compte de la situation et à du mal à y croire « resta interdit » l.57. Avec tout cela, on a donc ici un fort champ lexical de l’effarement qui s’étend tout au long du texte, « stupéfait » l.8, « inarticulée » l.36, « tremblait » l.45, « égaré » l.46, « s’évanouir » l.53.

En dernier lieu, il est vrai que comme dans Religions et religion, ou encore La fin de Satan, l’anticléricalisme de Victor Hugo apparait quelque peu dans Les Misérables, malgré sa foi profonde en dieu. En effet, on peut supposer que Victor Hugo critique ici aussi quelque peu l’Eglise, notamment avec les références à l’argent que fait le curé, dont on a le champs lexical « argent » qui est aussi une répétition l.13, 42, « deux cent francs » l.15, « argenterie » l.24. De plus, la fin du texte sonne comme une leçon pour Jean Valjean, cependant l’évêque le force quelque peu à la retenir. Lors des dernières paroles échangées avec Jean Valjean, on remarque que l’évêque a finalement soudoyer Jean Valjean d’où l’utilisation du verbe acheté, « votre âme que je vous achète » l.60. Ici on voit un autre aspect de Victor Hugo, une des ses convictions qui est l’immortalité de l’âme, découverte lorsqu’il a déclaré « ceux que nous pleurons ne sont pas les absents, ce sont les invisibles ». Dans cette partie du roman le pot de vin représente les chandeliers et couverts en argent, qui ne sont finalement offert qu’avec condition, « employer cet argent à devenir un honnête homme » l.56. L’évêque reformule d’ailleurs cette condition à plusieurs reprises « vous n’appartenez plus au mal, mais au bien » l.59, « je la retire aux pensées noires et à l’esprit de perdition » l.60. Ce rapport à l4eglise est aussi montrée par le champs lexical du clergé « curé » l.9, « évêque » l.10, « prêtre » l.27. Toutes ces choses confortent l’idée que l’auteur serait en désaccord avec certaines faces de l’Eglise, comme le fait qu’elle corrompt les fidèles, bien qu’ici ce soit dans un but plutôt noble. Cependant, malgré c’est divergences d’idéaux avec l’Eglise et le clergé, « L’évêque travaille » montre par quelque fois, la foi profonde de Victor Hugo en dieu. En effet, il croit en un Dieu souffrant et compatissant, en un Dieu force infinie créatrice de l'univers. Ceci est démontré notamment par le dernier mot du texte qui n’est autre que « Dieu », et qui est mis en valeur par sa position et l’utilisation d’une majuscule. Mais aussi, il se pourrait que l’auteur prêche la voix de dieu, en utilisant des formules de sa volonté « allez en paix » l.47, « je la donne à Dieu » l.61, « âme » l.60 et la référence « au mal ; au bien » 59. Par ce passage des Misérables, Victor Hugo établit aussi ces convictions religieuses.

A travers toute son œuvre Les Misérables, Victor Hugo met en scène toute une humanité écrasée par la société, et par leur destin. L’auteur établit donc dans son roman une critique de la société du 19ème siècle et des classes, où les plus faibles : les misérables, sont exclus et subissent un traitement tragique comme s’ils étaient des parias. Dans cet extrait, Hugo montre que même les classes qui socialement ont un fossé entre elles peuvent s’entendre et s’entraider, il délivre donc ici, un message de solidarité. Avec « L’évêque travaille », l’auteur met en scène une rencontre aussi bien émouvante qu’inhabituelle, l’humanité et la bonté de l’évêque étant rare, et surprend le lecteur comme Jean Valjen. Victor Hugo se sert aussi de ce roman pour faire passer ses convictions religieuses, son anticléricalisme, qui n’entachent pas sa foi en le dieu créateur de l’univers et bienfaiteur. Cela pourrait être aussi une volonté de créer un espoir chez les gens concernés, tant au 19ème siècle que dans la société actuelle. Dans cette ordre d’idée, on trouve aussi un roman d’Emile Zola, nommé Germinal, qui est aussi une peinture puissante de la vie de misérables, qui son cette fois dans la peau de mineurs.

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