Victor Hugo, Les Misérables - chapitre XII, les chandeliers d'argent

1ère ES, fiche

I/ La sympathie du lecteur vis-à-vis de l'évêque
II/ Jean Valjean, personnage représentatif des misérables
III/ Un texte qui reflète l'opinion religieuse de Victor Hugo

Dernière mise à jour : 15/09/2021 • Proposé par: JulietteW (élève) •

Texte étudié

La porte s'ouvrit. Un groupe étrange et violent apparut sur le seuil. Trois hommes en tenaient un quatrième au collet. Les trois hommes étaient des gendarmes; l'autre était Jean Valjean.

Un brigadier de gendarmerie, qui semblait conduire le groupe, était près de la porte. Il entra et s'avança vers l'évêque en faisant le salut militaire.

– Monseigneur... dit-il.

A ce mot Jean Valjean, qui était morne et semblait abattu, releva la tête d'un air stupéfait.

– Monseigneur! murmura-t-il. Ce n'est donc pas le curé?...

– Silence! dit un gendarme. C'est monseigneur l'évêque.

Cependant monseigneur Bienvenu s'était approché aussi vivement que son grand âge le lui permettait.

– Ah! vous voilà! s'écria-t-il en regardant Jean Valjean. Je suis aise de vous voir. Et bien mais! je vous avais donné les chandeliers aussi, qui sont en argent comme le reste et dont vous pourrez bien avoir deux cents francs. Pourquoi ne les avez-vous pas emportés avec vos couverts?

Jean Valjean ouvrit les yeux et regarda le vénérable évêque avec une expression qu'aucune langue humaine ne pourrait rendre.

– Monseigneur, dit le brigadier de gendarmerie, ce que cet homme disait était donc vrai? Nous l'avons rencontré. Il allait comme quelqu'un qui s'en va. Nous l'avons arrêté pour voir. Il avait cette argenterie...

– Et il vous a dit, interrompit l'évêque en souriant, qu'elle lui avait été donnée par un vieux bonhomme de prêtre chez lequel il avait passé la nuit? Je vois la chose. Et vous l'avez ramené ici? C'est une méprise.

– Comme cela, reprit le brigadier, nous pouvons le laisser aller?

– Sans doute, répondit l'évêque.

Les gendarmes lâchèrent Jean Valjean qui recula.

– Est-ce que c'est vrai qu'on me laisse? dit-il d'une voix presque inarticulée et comme s'il parlait dans le sommeil.

– Oui, on te laisse, tu n'entends donc pas? dit un gendarme.

– Mon ami, reprit l'évêque, avant de vous en aller, voici vos chandeliers. Prenez-les.

Il alla à la cheminée, prit les deux flambeaux d'argent et les apporta à Jean Valjean. Les deux femmes le regardaient faire sans un mot, sans un geste, sans un regard qui pût déranger l'évêque.

Jean Valjean tremblait de tous ses membres. Il prit les deux chandeliers machinalement et d'un air égaré.

– Maintenant, dit l'évêque, allez en paix.

– A propos, quand vous reviendrez, mon ami, il est inutile de passer par le jardin. Vous pourrez toujours entrer et sortir par la porte de la rue. Elle n'est fermée qu'au loquet jour et nuit.

Puis se tournant vers la gendarmerie:

– Messieurs, vous pouvez vous retirer.

Les gendarmes s'éloignèrent.

Jean Valjean était comme un homme qui va s'évanouir.

L'évêque s'approcha de lui, et lui dit à voix basse:

– N'oubliez pas, n'oubliez jamais que vous m'avez promis d'employer cet argent à devenir honnête homme.

Jean Valjean, qui n'avait aucun souvenir d'avoir rien promis, resta interdit. L'évêque avait appuyé sur ces paroles en les prononçant. Il reprit avec une sorte de solennité:

– Jean Valjean, mon frère, vous n'appartenez plus au mal, mais au bien. C'est votre âme que je vous achète; je la retire aux pensées noires et à l'esprit de perdition, et je la donne à Dieu.

Victor Hugo, Les Misérables - chapitre XII, les chandeliers d'argent

Le roman à l’origine est une langue vernaculaire parlée en France au XIIème siècle. Elle est dérivée du latin. Dans cette langue les premiers romanciers Français traduisent les récits antiques. Ce genre remonte donc à l’antiquité latine, cependant cette notion n’était pas encore théorisée à l’époque. Le premier roman est le Satirican de Pétrone, auteur latin du IIIème siècle après J-C. Le roman raconte toujours une histoire et vise à donner l’illusion quelle est réelle. Victor Hugo est un poète, dramaturge et romancier du XIXème siècle, période phare du genre, où va se poser la question du réalisme romanesque. Pour cet auteur, l’art romanesque doit aussi bien plaire qu’instruire tout en étant au service de ces idées, la plus part du temps dénonciatrices. Son roman Les Misérables, est en quelque sorte une analyse de la société, qui traite de la misère matérielle et morale de la classe populaire, notamment au travers de son personnage principal Jean Valjean. Dans le chapitre XII intitulé « L’évêque travaille », Jean Valjean, ancien bagnar, a dérobé des couverts en argent à l’évêque de Digne qui l’avait accueilli. Cependant, ce dernier qui ne lui en veut pas, ment afin de le protéger et lui offre son aide. Comment l’auteur parvient à faire réfléchir le lecteur sur les relations humaines entre les différents milieux sociaux, tout en dénonçant les inégalités entre les classes ? Dans Les Misérables, comme dans tous les autres romans, l’auteur, ici Hugo utilise ses personnages pour représenter la société. Ici, nous verrons dans un premier temps la particularité et la sympathie inattendue d’un personnage tel que l’évêque qui amène à un attachement du lecteur, puis par la suite nous étudierons de quelle manière Victor Hugo fait de son personnage principal un symbole des « misérables » et donc comment par l’attitude de ses personnages l’auteur reflète la société du 19ème siècle. Enfin, nous terminerons par le fait que l’on retrouve dans l’œuvre de Victor Hugo, sa foi en dieu, malgré son anticléricalisme.

Tout d’abord, comme beaucoup d’auteurs de romans, Victor Hugo utilise ses personnages à des fins personnelles, pour s’engager dans une cause. C’est le cas ici, avec l’évêque qui surprend agréablement le lecteur par sa gentillesse, qui ne s’attend pas à cette attitude de la part d’un homme de ce statut social. En effet, l’évêque attire une sympathie de la part du lecteur qui est, en premier lieu, due à la mise en valeur méliorative de ce membre du clergé. Tout

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