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Merleau-Ponty, La querelle de l'existentialisme: L'entourage

Voici ma copie que j'ai entièrement rédigée avec l'aide de mes cours.
Note obtenu: 12,5.

Dernière mise à jour : 16/03/2021 • Proposé par: julie_6.4 (élève) •

Texte étudié

Il y a [...] deux vues classiques. L'une consiste à traiter l'homme comme le résultat des influences physiques, physiologiques et sociologiques qui le détermineraient du dehors et feraient de lui une chose entre les choses. L'autre consiste à reconnaître dans l'homme, en tant qu'il est esprit et construit la représentation des causes mêmes qui sont censées agir sur lui, une liberté acosmique (1). D'un côté l'homme est une partie du monde, de l'autre, il est conscience constituante du monde. Aucune de ces deux vues n'est satisfaisante. A la première on opposera toujours [...] que, si l'homme était une chose entre les choses, il ne saurait en connaître aucune, puisqu'il serait, comme cette chaise ou comme cette table, enfermé dans ses limites, présent en un certain lieu de l'espace et donc incapable de se les représenter tous. Il faut lui reconnaître une manière d'être très particulière, l'être intentionnel, qui consiste à viser toutes choses et à ne demeurer en aucune. Mais si l'on voulait conclure de là que, par notre fond, nous sommes esprit absolu, on rendrait incompréhensibles nos attaches corporelles et sociales, notre insertion dans le monde, on renoncerait à penser la condition humaine.

(1) liberté acosmique : qui ne dépend pas de notre "insertion dans le monde"

Merleau-Ponty, La querelle de l'existentialisme

L'homme est-il un objet ou bien au contraire est-il à l'origine du monde? Est-il le résultat d'influences ou peut-il agir sur le monde? Ce sont ces questions que Maurice Merleau Ponty, dans ce texte, nous aide à réfléchir: il se consacre à discuter la condition de l'homme. Mais par cet examen qui montre la position de l'homme dans le monde, l'intention de l'auteur est plus précisément de montrer que l'on ne peut pas définir l'homme en lui-même, la position de l'homme ne peut pas s'être démontrée.
Mais la conscience ne forme t'elle pas un savoir qui permettrait à l'homme de se représenter ? N'est- il pas capable d'identifier le monde qui l'entoure? La conscience ne permet-elle pas à l'homme de se définir lui même?

Maurice Merleau Ponty met sa thèse en place selon deux étapes:

l 1 à 4: "il y a [...] monde"

Dans cette première partie, l'auteur n'expose pas son opinion, il oppose deux thèses antagonistes. Ces deux thèses ont pour fonction de définir la position de l'homme dans le monde. La première thèse ou première vue consiste à nous montrer l'homme comme le résultat d'influences du milieu où il vit. L'homme possède un corps qui est soumis à la causalité des événements du monde, causalité qui explique qu'il n'a pas le choix de ce qui lui arrive. L'homme serait alors prisonnier du monde dans le sens où il ne peut pas agir sur lui. L'homme n'est qu'une partie du monde "une chose [parmi] les choses", un objet (l.2), il fait partie du monde mais simplement en tant qu'élément de la nature, il n'a donc aucun impact sur le monde qui l'entoure. L'homme est pris dans le monde mais il est incapable de se le représenter. Du fait que l'homme soit le résultat des influences, aussi bien physiques que sociales, il ne peut pas agir librement, il est sans cesse influencé par ce qui l'entoure. Cette thèse pose l'homme comme un individu déterminé, c'est-à-dire que rien dans sa nature ne dépendrait de lui même, tout serait le résultat d'influences du milieu. L'homme serait donc une "chose" produite par les influences.
La seconde thèse pose l'homme comme un individu libre. L'homme défini ici en tant qu'esprit aurait la compétence de comprendre les causes qui pèsent sur son corps. En s'en détachant, en les mettant à distance, l'homme, par le travail de la raison peut contrer les influences qui agissent sur lui. Cette définition place l'homme au plus haut point car celui-ci serait à l'origine du monde, c'est lui qui le constituerait. Ici l'homme n'est pas considéré comme un objet faisant partie du monde mais à l'inverse il se trouve hors du monde et de ce fait, il peut se manifester comme créateur de celui-ci. L'homme aurait alors une liberté qui dépasserait l'univers, il peut agir sur le monde, il le construit et le détermine. L'homme a donc la capacité de se représenter le monde du fait qu'il lui est extérieur.

l 4 à la fin: "Aucune [...] condition humaine"

A présent l'auteur intervient afin de réfuter "les deux vues classiques" (l.1) qui nous informait sur la définition de la position de l'homme.
Maurice Merleau Ponty pose des limites aux deux thèses précédentes et par ce fait, il marque son désaccord en leur faisant des objections. Pour lui, elles sont insatisfaisantes, selon lui, on ne peut pas être satisfait par ces définitions.
D'après Merleau Ponty, la première thèse est insuffisante car si l'homme était un objet, c'est-à-dire "une chaise ou une table", il n'aurait aucune compétence et ne pourrait donc pas se représenter le monde et les objets qui en font partis. Merleau Ponty nous fait remarquer que l'homme a conscience de ses actes et de ses rapports aux choses. L'homme ne serait donc pas prisonnier du monde puisqu'il a la possibilité se surplomber le cours des événements. Il peut donc développer son intention dans le cours des choses et donc agir sur le monde.
La seconde thèse ne serait pas totalement vraie selon Maurice Merleau Ponty, en effet, définir l'homme par son seul esprit ne serait pas exact selon l'auteur. L'homme est autant esprit que corps puisque c'est son corps qui le lie à la terre. L'homme n'est pas un Dieu, il n'est pas non plus totalement hors du monde car ses "attaches corporelles et sociales" le ramènent sur terre, l'insèrent dans le monde. Le philosophe exprime que si l'on faisait abstraction de tout le reste que l'esprit, on renoncerait à penser à ce qui accompagne nécessairement une existence, ce qui lui est nécessairement relié, c'est-à-dire "la condition humaine" (l.10).

La conscience permet-elle à l'homme de dépasser la vie immédiate? Permet-elle à l'homme de se développer?
Par définition, la conscience est le pouvoir de se représenter soi-même, de dépasser le donné, la vie immédiate. La conscience forme un savoir par lequel nous identifions la réalité, le monde qui nous entoure. L'individu qui a conscience se donne une réalité, une situation sur laquelle désormais il a un pouvoir. L'homme a une double existence: il est comme toute chose mais en plus, il se sait être, il se représente à lui même. Ce dédoublement permet à l'homme de se situer face au monde. L'homme se situe comme sujet et fait face à une réalité à laquelle il donne son unité et son sens. En même temps, la conscience ne nous affranchit jamais totalement de la nature, de la vie immédiate. Nous continuons inévitablement à participer à la vie organique, à subir le temps qui passe.
La conscience se définit donc comme la connaissance que l'homme a de ses actes, de ses pensées, de ce qu'il vit en général.

Cet extrait de Maurice Merleau Ponty nous proposait la thèse selon laquelle la position de l'homme est indécidable. En effet, il réfute les deux thèses, les "deux vues classiques" qu'il avait posées précédemment. Selon lui, la première thèse est insuffisante car elle pose l'homme comme simple objet alors que pour lui, l'homme à la capacité de se représenter le monde et d'agir sur lui. La seconde est inexacte car elle pose l'homme comme simple esprit alors que comme le souligne le philosophe, l'esprit est nécessairement accompagné d'un corps du fait que l'homme n'est pas un Dieu.
Mais cette conception soulevait une interrogation: la conscience forme t-elle un savoir qui permettrait à l'homme de se représenter lui-même? Ne permettrait-elle pas à l'homme d'acquérir une connaissance des choses qui l'entoure? Effectivement on a pu constater que la conscience permettait à l'homme de se représenter lui-même et de dépasser la vie immédiate. Il a également la capacité d'être conscient de ses actes et de comprendre les choses qui l'entoure.
Finalement l'intérêt de cette thèse de Merleau Ponty est de nous faire comprendre que l'homme n'est ni un objet (un élément de la nature) ni un esprit qui se trouve hors du monde. L'homme est une conscience impliquée dans le monde.