Suis-je ce que j'ai conscience d'être ?

Fait par un élève de terminale ES ayant obtenu 12/20. Corrigé complet.

Dernière mise à jour : 13/12/2021 • Proposé par: nagrom27 (élève) •

Le thème principal du sujet est la conscience, qui vient des mots latin "cum-scire" qui signifient "savoir avec". C'est une relation intériorisée (sensation, intuition, pensée...) immédiate qu'un être est capable d'établir avec le monde ou lui-même. Il existe différentes formes de conscience. La conscience morale, c'est la capacité mentale à porter des jugements de valeur (bien/mal,juste/injuste, avoir bonne ou mauvaise conscience,..). La conscience psychologique, c'est la conscience qui traduit des états de fait (perdre, prendre conscience de quelque chose). Et la conscience de soi, la forme la plus complexe et la plus élaborée, c'est l'appréhension que l'on a, de ce que l'on est.

Ce sujet mentionne aussi la notion de "je" et de "l'être". En français le je est un pronom personnel sujet qui renvoie à une seule personne, soi-même. Le je est le sujet qui se dit et qui se pense comme conscience de lui-même et en même temps comme le substrat de toutes ses pensées et de toutes ses actions. Ici le "suis-je" renvoie donc à mon existence à moi. La notion d'être quant à elle représente la totalité de ce qui peut exister ou être représenté, ici il renvoie à mon existence. Mais la notion de conscience porte aussi vers deux directions, le monde extérieur à soi et le monde intérieur à soi. On distingue la conscience immédiate, c'est la relation que l'on a avec le monde (ce qui nous entoure) et la conscience réfléchie qui consiste à se saisir comme sujet pensant, c'est l'introspection, la faculté de rentrer à l'intérieur de soi pour apprendre à se connaître.

Aussi le problème se pose-t-il de savoir si "je suis ce que j'ai conscience d’être", c'est-à-dire si la conscience de soi est une connaissance de soi? Il est donc légitime de se demander comment peut-on mieux se connaître et qui peut nous y aider. Ce sujet nous invite aussi à nous demander comment peut-on ne pas être ce que l'on a conscience d'être et comment peut-on être ce que l'on n’a pas conscience d'être ?

I. Nous avons conscience de ce que nous sommes, en tant qu'hommes

La conscience de soi est la faculté de se connaître, elle est aussi la conscience d'exister, de se sentir vivant. Cette expérience de la conscience de soi est banale puisque nous la faisons tous les matins au réveil lorsque l'on se regarde dans un miroir. Je suis ce que j'ai conscience d'être parce que je suis capable de me reconnaître en me voyant, quand on me décrit, parce que l’existence fait partie intégrante de la notion d'être. J'ai conscience d’être allergique au pollen, ces allergies font partie de moi, je suis ce que j'ai conscience d'être.

De plus cette notion de conscience de soi est fondamentale puisqu'elle permet de marquer ce qui distingue l'homme de l'animal, puisque l'homme qui sait qu'il est un animal cesse de l'être d'après Hegel. La conscience de soi se manifeste de différente manière chez l'homme via le langage (dire: "c'est moi, je"), la perception (se reconnaître), la pensée (se souvenir, s'imaginer, se projeter dans l'avenir). Un autre exemple, les secrets font partie de l'humanité, et pourtant on est souvent seul à en avoir conscience, ils font partie de nous. Pascal dans une de ses Pensées soulignait le privilège qu'a tout homme d'être conscient de ce qu'il est: il parle d'un homme qui ne serait qu'un roseau dans l'univers qui quand bien même serait tué, serait toujours supérieur à l'univers, car ayant conscience qu'il meurt; alors que l'univers lui n'a conscience de rien.

Lorsque je me demande qui je suis ou ce que je suis je peux me décrire, parler de moi (mes goûts, ma condition,...) j'ai donc conscience de ce que je vis, de ce que je pense ou fais, parce que je me connais. Or, si je me connais, j'ai conscience d'être moi puisque se connaître c'est avoir conscience de soi. De plus, si la conscience c'est aussi l’introspection qu’elle porte donc sur moi, sur mon esprit, sur ce que je pense, Descartes dira même "je pense donc je suis" si je réfléchis sur ma pensée c'est qu'elle existe, elle est donc le signe de mon existence. On peut aussi avoir bonne ou mauvaise conscience, par exemple regretter d'avoir tué, causé un accident, brisé un objet ou une amitié. J'ai conscience d'avoir mal agis, je reconnais ma faute, mais c'est bien moi qui l'ai causé et qui serai puni, j'ai donc conscience d'être ce que je suis. C'est avec la vie, le temps qui passe, nos expériences que l'on peut aussi avoir mieux conscience de soi, mieux se connaître.

II. Mais seuls nous pouvons difficilement avoir conscience de soi

Mais cette conscience morale reflète-t-elle vraiment mon moi, n'est-elle pas dictée par les mœurs, les valeurs, les normes de la société ? J'ai donc été influencé par mon entourage par ma société, je ne suis donc pas totalement moi, je suis un peu ce que l'on a fait de moi à travers mon éducation, mon enfance, etc. De plus, le regard des autres (famille, amis, passants, etc.) peut me permettre de mieux me connaître. En se comparant aux autres, en se fiant à ce que les autres pensent de nous, on peut apprendre à se connaître. Ce sont les autres qui me font remarquer que je suis égoïste, jaloux, vulgaire, narcissique, généreux, gentil, etc. Je peux affirmer tel que je suis si les autres me reconnaissent comme tel, car ils peuvent avoir une vision plus objective que la mienne, ils peuvent prendre plus de recul par rapport à moi et donc ils peuvent m'aider à mieux me connaître.

Mais ce qu'ils peuvent dire sur nous peut aussi imposer un mode de vie, ce que l'on pense des autres peut aussi les influencer. La conscience de soi doit quelque chose à la présence des autres et à leur influence. De plus, si la conscience peut m'apprendre quoi que ce soit sur moi, peut-elle aussi me cacher des choses ? Pour mieux se connaître et donc mieux se comprendre pourquoi ne pas faire appel à un psychologue ou un psychiatre pour explorer notre inconscient ou notre subconscient , peut-être peuvent-ils nous aider à dénicher les conflits intérieurs, les traumatismes, les refoulements ? Par exemple une personne qui en déteste une autre et qui ne peut pas la supporter, peut-être est-ce que cela vient d'un sentiment de jalousie ou d'admiration ? On peut ainsi mieux se comprendre et donc mieux se connaître et par conséquent avoir une meilleure conscience de soi.

III. Surtout, notre conscience peut être altérée

Comment comprendre la conscience de soi si l'on ne comprend pas que l'on puisse ne pas être soi-même, ne pas avoir conscience de soi ? En effet, il existe des maladies (accidentelles, etc.) comme l'amnésie qui font que des gens peuvent perdre la mémoire, ne plus avoir de passé et par conséquent ne plus savoir qui ils sont ou ce qu'ils sont. Une personne qui se réveille un matin après un choc ou un traumatisme violent et qui se dit "qui suis-je ?" cette personne peut-elle avoir une conscience de soi si elle ne se souvient de rien et ne se reconnaît pas dans un miroir, elle ne peut donc pas avoir conscience d'être ce qu'elle est ? On n'a pas non plus conscience de soi lorsque l'on perd conscience (s'évanouir, etc.) ou que l'on est dans le coma, quand on dort ou que l'on est somnambule et bien sûr lorsque l'on est mort.

De même lorsque l'on est sous l'emprise de l'alcool ou d'une quelconque drogue, notre conscience est altérée. De plus, chaque jour on effectue des gestes inconsciemment (les réflexes, les pulsions) on a pas conscience que l'on digère, que l'on respire, que nos pupilles se dilatent, et pourtant cela fait partie de nous. Je n'en ai pas conscience, mais je le sais. Je n'ai pas conscience d'être un ensemble d'organes, un amas de cellules, je le sais c'est tout et pourtant c'est ce que je suis. Mais je peux aussi ne pas être exactement tel que je m'apparais à travers ma conscience, il arrive souvent que ce que nous nous imaginons être diffère de ce que nous sommes réellement et qu’ainsi nous fassions erreur sur ce que nous sommes. Il est donc possible de se croire, de se concevoir comme généreux et aidant son prochain, mais tout en ne donnant pas d'argent à ceux qui en ont besoin. Ainsi peut-on se croire et se concevoir inutile, nul en tout, et se découvrir un talent pour faire rire les autres, ou encore se croire égoïste et aider et partager quelque chose avec quelqu'un.

Conclusion

Pour conclure, on peut dire que la conscience de soi n'est ni innée (on ne l'acquiert qu'à partir d'un certain âge) ni acquise définitivement. En effet, bien que je me connaisse, que je sois capable de me reconnaître sur une photo, il est possible que le monde extérieur puisse influer sur ma personne, sur la conscience que j'ai de moi. Il est possible qu'il m'aide à mieux me connaître et à mieux me comprendre et que je ne sois peut-être pas le mieux placé pour savoir qui je suis, même s'il existe des choses dont je suis le seul à avoir conscience. Il m'est aussi possible de ne plus avoir conscience de moi, de ne plus être capable, d'être incapable d'avoir conscience de ce que je suis. Mais en prenant conscience de ce que je suis ou de ce que je ne suis pas je peux mieux me connaître, mieux me comprendre et donc avoir mieux conscience de moi. Donc pour finir, je suis ce que j'ai conscience d'être et le monde extérieur comme d'autres facteurs m'aident à avoir une meilleure conscience de moi.

Pour ouvrir le débat, d'après les hommes, les animaux n'ont pas conscience d'eux, mais on peut se demander si les progrès actuels en robotique par exemple, si les créations humaines seront capables de penser par elles-mêmes et avoir conscience d'elles-mêmes ; mais peut-être que l'évolution va permettre à d'autres espèces d'avoir l'opportunité de penser et d'avoir conscience d'elles-mêmes.