Travail et liberté sont-ils compatibles ?

Ceci est une dissertation faite par moi même, je suis en terminal S et j'ai obtenu 15/20. Le commentaire de ma prof était très bon travail, introduction à remanier.

Dernière mise à jour : 16/03/2021 • Proposé par: fandanga (élève) •

Le mot travail vient du latin populaire « tripalium » qui signifie instrument de torture, l’étymologie de ce mot montre donc que le travail est associé à une action que l’on subit et qui est source de souffrances. Par la suite le travail désigne couramment l’ensemble des activités humaines dont le but est de produire quelque chose d’utile. La liberté quant à elle est le fait de pouvoir réaliser ses désirs sans d’autres contraintes que les règles définies par la société, c’est aussi pouvoir être autonome, pouvoir agir indépendamment. Ces deux termes sont donc opposés dans leur définition même. La compatibilité du travail et de la liberté semble donc impossible.
Pourtant le travail est essentiel dans une société humaine, puisqu’il permet son fonctionnement et l’organisation d’échanges humains. et de tout temps, les hommes ont recherché leur liberté. Comment une société humaine peut donc être possible si le travail et la liberté ne sont pas compatibles ? La vraie liberté n’est ce pas plutôt d’être autonome ? Cette autonomie ne peut-elle pas s'acquérir dans le travail? Finalement on peut se demander si l’autonomie n’est pas une liberté minimale et si la liberté ne comprend pas aussi la réalisation de ses désirs. Et dans ce cas comment peut-on rendre le travail et la liberté compatibles ?

Le travail est essentiel dans une société humaine, c’est par le travail que l’homme produit les biens nécessaires à la vie. Par exemple grâce à l’agriculture, l’homme produit les biens alimentaires nécessaires à sa survie. Si le travail qui est une activité contraignante et fatigante exclut la liberté entendue comme la réalisation de ses désirs, comment une société peut-elle s’organiser ?
La société antique avait clairement fait cette distinction entre le travail et la liberté, les esclaves s’occupaient de produire les biens utiles à la société et les maîtres étaient libres de leurs activités. Les esclaves effectuaient tous les travaux des champs, d’entretien de la ville, de construction… Ils étaient cependant exclus de la société, ils n’avaient pas le droit de vote, et ne participaient en aucun cas à la vie politique de la cité car on considérait qu’ils n’étaient pas aptes à prendre des décisions concernant la vie politique. C’était donc les maîtres, appelés aussi citoyens, qui décidaient de la politique de la cité. En effet, comme ils n’avaient pas d’obligations de travail, ils avaient tout le temps de se cultiver, de s’informer et de débattre sur la place publique pour prendre les décisions. Dans les sociétés antiques il y avait donc une distinction entre le travail manuel qui avait un but uniquement productif et qui était considéré comme un sous-travail et le travail intellectuel qui était valorisé et représenté comme le seul qui puisse apporter la connaissance et la liberté. Le travail qui produit des biens matériels, donc celui qui est le plus utile, était donc considéré comme dégradant alors que c’est le seul travail qui permet d’assurer la survie. Au contraire le travail intellectuel qui consistait dans la connaissance de la rhétorique, de la poésie, du théâtre… alors même que l’on peut s’en passer pour la survie était mis en avant car il était propre aux citoyens. Il ne semble donc pas y avoir de coexistence possible. Le temps du travail ne peut être celui de la liberté. La liberté exclut le travail et réciproquement. Cependant la liberté de quelques-uns dans ce modèle de société n’est possible que parce que d’autres sont dans le même temps maintenus dans la servitude.
Les maîtres sont donc dépendants de leurs esclaves puisque ceux ci leur fournissent les biens matériels nécessaires à leur survie qu’ils sont incapables de produire eux-même. Le maître jouit de sa liberté d’action mais en s’en remettant à une autre personne pour assurer la production de biens nécessaires à sa survie, il se prive de son autonomie. Dans la dialectique du maître et de l’esclave extrait de La phénoménologie de l’esprit, Hegel montre ce rapport de dépendance qui existe entre le maître et l’esclave. Le maître, qui pour sa part ne travaille pas mais fait réaliser, vit immédiatement dans la jouissance de l'objet produit : il ne connaît que son aspect passif. Alors que l'esclave, travaillant à transformer les matières premières et par extension la nature, se transforme lui-même et revendique son autonomie par rapport au monde naturel, tandis que le maître se rend étranger à ce monde, qu’il ne connaît que déjà transformé par son esclave. Celui ci détient donc une connaissance fondamentale : celle de transformer la nature, il détient le produit de son travail et peut donc renverser à tout moment le rapport de domination en refusant de mettre les biens qu’il a produit au service de son maître, celui-ci se verra donc obligé de produire lui-même les biens nécessaires à sa survie et la société arrivera à l’accomplissement du monde humain qui est l’égalité. Ainsi, cette société de domination et de séparation du travail et de la liberté ne tient qu’à l’acceptation des esclaves de leur condition. Il y toujours eu dans l’histoire un moment où les esclaves renversent les maîtres et le retour dans une société égalitaire.


On peut donc se demander si on est réellement libre si on est dépendant de la force de travail de quelqu’un d’autre. La vraie liberté n’est-elle pas finalement l’autonomie ? Et le travail n’est-il pas le moyen d’acquérir cette autonomie ?
Le travail deviendrait donc, la condition de la liberté car il nous permettrait d’acquérir de l’argent qui représente un moyen de s’insérer dans la société car avec l’argent on dispose du moyen d’échanges qui permet l’acquisition des biens matériels nécessaires à chacun. Le travail permet ainsi l’accès à une première forme de liberté entendue comme autonomie matérielle.
On peut prendre l’exemple d’un enfant qui est dépendant de ses parents car ceux-ci lui fournissent la nourriture, le logement, les habits, tout ce dont il a besoin pour vivre. Dégagé de ces contraintes matérielles, l’enfant voit son temps disponible pour se consacrer à l’étude. Mais contrairement aux sociétés antiques où le travail intellectuel était absolument disjoint des contraintes de la production de biens matériels et utilitaires, le travail intellectuel (les études) de l’enfant est destiné à le préparer au monde du travail, autrement dit à son insertion dans la société afin qu’il puisse, lui aussi, accéder à l’autonomie. Le travail intellectuel permet aussi de se construire, de se découvrir et donc de sortir de la minorité au sens où l’entend Kant. Celui-ci dans Qu’est ce que les lumières ? explique le passage de la minorité à la majorité au sens où être majeur c’est pouvoir se servir de son propre entendement sans la direction d’un autre. Le travail intellectuel permet de s’enrichir et donc d’affiner ses jugements. Le travail utile permet aussi de se créer son propre jugement car en transformant la nature, on se transforme soi-même et on développe sa capacité de jugement, ce qui permet d’exercer son propre entendement. La liberté devient donc un résultat que l’on acquiert. On ne naît pas libre, mais on le devient par le travail, aussi bien intellectuel et désintéressé que productif de biens, services, matières premières etc. Être libre demande donc des efforts, cela passe d’abord par une formation intellectuelle qui va permettre de se préparer au travail et qui va aussi permettre d’acquérir une autonomie intellectuelle. Cette autonomie intellectuelle va permettre d’avoir une plus grande liberté au niveau de ses choix ou de ses jugements. Ensuite après avoir acquis les instruments nécessaires au travail, la personne est capable elle aussi de travailler et par ce moyen d’obtenir son indépendance matérielle.
Le travail et la liberté ne sont pas compatibles dans le sens où ils n’existent pas simultanément. Le travail est ici une condition de la liberté, il existe donc un paramètre temps, l’un est le prolongement de l’autre. Et même l’un est le résultat de l’autre. Le travail est un processus dynamique qui amène à la liberté.
Mais est ce que la liberté se réduit à l’autonomie ? Ne comprend-elle pas aussi la possibilité de se consacrer à la réalisation de ses désirs ? Quelle est la valeur de l’autonomie si elle permet seulement la subsistance et suppose de sacrifier la réalisation de ses souhaits et projets les plus chers ? Le travail serait donc une condition nécessaire mais pas suffisante à la liberté.


Y aurait-il alors une possibilité de coexistence entre le travail et la liberté ? Ne pourrait-on pas conjuguer le travail, ce moyen d’accéder à l’autonomie, avec la réalisation de nos désirs ?
Il faut distinguer deux cas : tout d’abord celui où le travail que l’on effectue nous permet de réaliser certains de nos désirs. Par exemple un artisan, qui maîtrise complètement la chaîne de production de l’objet qu’il réalise peut exprimer ce qu’il est dans l’objet, lui donner quelque chose d’unique. Il a la maîtrise et la possession de son travail ce qu’il lui permet d’avoir une liberté dans la production. Il en va de même pour un comédien, il se réalise dans ce qu’il fait, l’interprétation d’un personnage autre que lui-même peut lui permettre de découvrir d’autres facettes de sa personnalité et donc de s’enrichir. Il se construit au fur et à mesure de son travail. Un artiste possède une liberté de travail, même s’il est contraint par certaines règles (par exemple un metteur en scène), il y a toujours une liberté d’entreprendre qui le rend maître de ce qu’il fait, il possède réellement la maîtrise de son travail. Mais il n’y a pas que les travaux qui servent à la production d’un objet qui permettent à l’homme de se réaliser, un professeur se doit de respecter le programme, on lui dicte donc son métier mais il garde la liberté du moyen de transmission à ses élèves, et il peut réaliser son désir de transmission de son savoir. Ainsi, pour pouvoir se réaliser dans son travail et faire coexister travail et liberté, il est nécessaire de choisir un métier qui corresponde à ses envies, ses désirs. Il n’y a que lorsque l’on parvient à faire coexister ces deux notions que l’on est totalement libre car on conjugue le travail (le moyen d’accéder à l’autonomie) avec la réalisation de ses désirs, on arrive à avoir une liberté plus accomplie. On peut d’ailleurs remarquer comment ces personnes expriment la perception qu’elles ont de leur activité professionnelle. Elles utilisent volontiers les termes de vocation ou passion plutôt que celui de travail.
Mais malheureusement, il n’est pas toujours possible de faire coexister le travail et la liberté. Une personne qui est contrainte de faire un métier qui ne lui plait pas, ou qui effectue un métier uniquement alimentaire ne pourra jamais se sentir libre dans son métier. C’est le cas d’un ouvrier à la chaîne qui effectue un travail répétitif. Il n’effectue qu’une seule tâche pour la production de l’objet, il peut être ignorant de l’objet fabriqué, il est complètement dépossédé de son travail. On pourrait presque le remplacer par une machine, il y a une mécanisation et le travail est rendu totalement impersonnel. Il ne participe donc pas au travail de manière active, il obéit à d’autres qui lui dictent l’action à effectuer, il n’a donc aucune liberté d’entreprendre quelque chose de personnel dans son travail. C’est ce que dit Marx dans Le capital « La liberté commence seulement là où l’on cesse de travailler par nécessité et opportunité imposée de l’extérieur ». Pour lui, il existe une véritable distinction entre les moments où l’homme est libre de son activité et le travail qui est vu uniquement comme un moyen d’accéder aux biens nécessaires à l’homme. Il indique également que la liberté ne peut se bâtir que sur le travail. Le travail et la liberté ne coexistent donc pas, le travail devient juste un moyen d’accéder à la liberté.
Ainsi c’est à chacun de concilier travail et liberté, en profitant du travail intellectuel fait durant les études pour se découvrir et savoir quel métier pourra nous permettre de nous réaliser et donc d’accéder à une liberté complète. Mais il n’est pas toujours possible d’arriver à concilier ces deux aspects, dans ce cas le travail devient juste utilitaire, et il reste du temps en dehors à l’individu pour réaliser ses désirs et arriver à obtenir une liberté partielle.

Certaines sociétés ont tenté de séparer totalement le travail et la liberté, elles se sont retrouvées confronter à un problème de dépendance des personnes libres par rapport aux personnes travaillant, ces dernières détenant les moyens de production des biens indispensables à la survie. Un rapport d’égalité entre les hommes s’est donc installé, les maîtres ayant privilégié leur autonomie à leur totale liberté. En effet l’autonomie, bien qu’étant une liberté minimale, est le fondement de la liberté. Il convient ensuite aux hommes de faire concilier leur travail et la réalisation de leurs désirs. S’ils y parviennent, ils accéderont à une liberté totale car ils se réaliseront dans le moyen leur permettant d’accéder à l’autonomie. Dans le cas contraire, ils n’auront qu’une liberté partielle, avec tout de même la possibilité de se réaliser durant leur temps libre.

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