Changer, est-ce devenir quelqu'un d'autre ?

Corrigé fait par un élève. Note obtenue : 14,5.

Dernière mise à jour : 16/03/2021 • Proposé par: mara_mona (élève) •

Introduction

Dans le roman La vie est ailleurs, Milan Kundera fait la description fictive des différentes étapes et changements de la vie d’un homme poète, tantôt innocent et farouche durant l’enfance, tantôt poète et adolescent timide, puis engagé révolutionnaire à l’orée de l’âge adulte.

Définition

Le verbe changer désigne ici, une évolution ou une régression de l’être, tant par le corps que par l’esprit, soit un changement, une correction ou une métamorphose amené par le temps, l’expérience ou les aléas de la vie, il y a une certaine corrélation entre ce mot et le verbe devenir, puisque l’on devient « autre », c’est-à-dire un soi différent de nous même, fondamentalement en changeant et en arborant une identité personnelle pourvue de nouveaux caractères.

Problématique

Cependant, le changement fait il naître en nous un nouvel individu totalement indépendant d’un soi passé ?

I. L’être humain est inéluctablement voué au changement, nous parlerons ici du changement conduit par le temps et l’espace

Argument

Dés sa naissance, l’homme est condamné à la métamorphose physique, l’être grandit, il se développe. Ces évolutions sont alors dépourvues de toute conscience, s’en suivent l’apparition de la conscience donc de la mémoire, de la raison et de la réflexion, par l’apprentissage du monde et la découverte d’autrui.

Succinctement l’enfant adopte de nouveaux comportements, il écoute, observe et réagit selon l’environnement auquel il est confronté.

Plus tard, vient l’adolescence, accompagnée par les changements morphologiques, les désirs premièrement d’émancipation, deuxièmement d’érotisme envers l’autre, apparaît aussi la conscience des lois, l’être alors n’est plus sous le carcan de l’éducation parentale mais sous ceux, de la société d’une part, de ses désirs primitifs d’autre part.

La vieillesse quand à elle est une sorte d’adolescence à l’envers, l’Homme mûr enterre ses idéaux, aussi il est condamné à se voir vieillir.

Référence

Dans La sélection naturelle, Charles Darwin met en évidence, l’assujettissement de l’Homme au changement en fonction du lieu, donc de la culture et de l’espace social, où il naît, grandit et vit.

Exemple

Le personnage de Patrick Bateman, dans American Psycho de Bret Easton Ellis, est aliéné à la culture yuppie américaine. Il ne peut vivre autrement que par la corruption et la violence. S’en suivent des meurtres nocturnes ou un échappatoire à l’Amérique froide.

Transition critique

Le changement pour l’être humain, n’est pas seulement un moyen de s’adapter et de se conformer au monde, il est aussi un dépassement de soi vers un aboutissement idéal futur.

II. L’être humain est doté de sentiments, de raison et d’espoir. La conséquence de ces trois éléments est la recherche perpétuelle d’un soi total et absolu

Argument

C’est l’avenir, en d’autres mots le futur, qui amène l’homme à changer, résolu à vouloir être ce qu’il projette.

L’homme avance, fonctionne, agit, procrée avec à la clef, la promesse d’un avenir à l’image de ce qu’il est. En effet, l’être passionné d’art pour ne citer qu’une passion, ne peut être ce qu’il est, sans avoir appris tout se dont regorge l’histoire de l’art et sans s’être reconnu lui-même dans les œuvres qui le fascine. Ainsi la nature de l’homme est de vivre non pas en traçant une ligne droite menant vers un gouffre certain, où le passé disparaîtrait et où la mort serait inévitable, mais en avançant de manière circulaire, avec comme maitres mots, les projets, les rêves, les ambitions soit le dépassement de soi cheminant vers la total synthèse de l’en soi et du pour-soi.

Référence

L’être et le néant, deuxième partie, chapitre 1

Exemple

« Bref cet être serait justement le soi que nous avons montré ne pouvoir exister que comme rapport perpétuellement évanescent, mais il le serait en tant qu’être substantiel »
Cette citation de Jean Paul Sartre, illustre le fait que l’être est continuellement soumis au changement, sans quoi il ne deviendrais pas ce qu’il est en soi.

Transition Critique

Certes l’homme est à la quête de son identité personnelle continuellement, ce qui le conduit à devenir différent, mais il ne devient pas pour autant un autre.

Conclusion

Ce qui fonde l’homme, ce par quoi il se définit est son identité personnelle, celle-ci étant elle-même une entité complexe et changeante.
L’être ne peut se dévoiler dans sa totalité, l’essence de l’homme est composé d’un passé,d’un présent et d’un futur, de processus conscients, préconscients et inconscients, mais aussi d’une anatomie sexuée, formant alors son identité personnelle.

Ainsi pour devenir ce qu’il est véritablement ou le soi qui bouillonne de convictions, de passions, d’idéaux et se métamorphose avec le temps, l’humain doit faire preuve d’abstractions au monde qui l’entoure, de désinhibition avec autrui afin d’acquérir le jugement d’un autre que soi et s’affirmer d’autant plus, ainsi que de mutations permanentes.

L’homme recherche, non pas un soi aux contours étrangers, un affublement qui le ferait devenir un autre individu, et le plongerait dans les méandres de l’obscurantisme et du mimétisme humain, qu’il revêtirait à volonté, mais un soi en devenir s’inscrivant indubitablement dans la quête de la vérité de l’être.

Une finalité à son existence donc, une destinée jamais acquise, qu’il rejette par le changement. Rimbaud a écrit « Je est un autre », cet autre qui nous hante, dont le poète parle, se confond avec le « je », dans la mise en abîme de la pensée et n’est , en fin de compte que l’interprète illusionniste du triptyque « passé, présent, futur ».