Depuis le 19e siècle, la conscience est mise en cause par les philosophes, puis par la psychanalyse. Prendre conscience de soi : ce moment de prise de conscience suppose que nous nous approchions à un sentiment immédiat de nous-mêmes. Lorsque j’agis machinalement dans la vie quotidienne, mon identité ne fait pas problème. Prendre conscience de soi, réfléchir sur soi, s’est apparaître à soi-même comme une énigme : qui suis-je au juste ?
Mon identité n’est plus évidente elle est problématique. Dès lors une question s’impose à nous : cette distance à soi impliquée par la prise de conscience de nous-mêmes, nous rend-elle étranger à nous ou bien permet-elle d’accorder une nouvelle dimension de notre existence réflexive et libre. La question socratique "qu’est-ce que l’homme ? " implique que l’homme n’est pas un objet qu’on peut connaître objectivement, mais une énigme pour lui-même.
I. La prise de conscience fait naître un nouveau soi
Nous pouvons parler de l’autre dans la conscience. Prenons par exemple le langage, toute prise de conscience implique son intervention. Prendre conscience revient à "se dire", par exemple, ce que l’on perçoit en soi, nous ne pouvons pas dire que le langage y tient un rôle majeur. Cependant le langage ne vient pas de nous, il résume ce qui est commun à tous, donc, toute prise de conscience introduit dans le sujet un point de vue qui n’est pas le sien, et fausse ce qu’il peut percevoir. Nous pouvons en déduire que la vérité du sujet se trouve "ailleurs" que dans sa conscience (aliénation de soi) plus je crois le connaître plus je deviens étranger à moi-même. Nous retrouvons un écart entre un premier moi, en quelque sorte purement réceptif, et un second, au contraire caractérisé par une activité.
La prise de conscience est également sociale : depuis sa naissance un homme se définit par son sexe, son prénom, son nom, puis par son métier ou son appartenance a son pays. "Je suis étudient, professeur, français, Polonais.. ". Nous avons une place dans le monde où nous vivons, mais cette place suffit-elle à définir qui je suis ? Notre identité sociale n’est pas évidente. Cette identité sociale provient nécessairement de la société dont je fais partie, même si je l’adopte. La prise de conscience fait intervenir un point de vue social, en raison duquel le moi jugeant n’est plus le même que le moi "innocent". L’analyse force les traits, mais la prise de conscience modifie le moi.
Nous avons ainsi défini que la prise de conscience modifie le moi, mais la prise de conscience ne donnerait pas au sujet une connaissance exacte de ce qu’il est ?
II. La prise de conscience nous donne accès à notre vrai nous-même
Qui suis-je ? D’après le cogito cartésien je suis une substance pensante. Ce qui différencie l’homme de l’animal c’est la présence à mon savoir, c’est-à-dire la conscience. Prendre conscience de soi signifie alors connaître ses propres qualités et capacités. Le "je pense, je suis " de Descartes permet de comprendre que je suis en tant que substance pensante, qu’il y a pour tout les hommes présence à la fois de la pensée qui permettra de comprendre le monde et de s’en rendre comme celui qui les dirige et les guide.
La première prise de conscience est bien l’acte qui le situe par rapport au monde et qui le fait accéder à toutes les vérités. C’est en examinant le plus en plus, en interrogeant ce que je vis et ressens, que je dois parvenir à m’explorer de plus en plus clairement, et à savoir de mieux en mieux ce que je suis. Je suis libre de connaître la vérité sur ce que je suis.
III. Prendre conscience, c’est devenir pleinement soi-même
Dès lors l’homme s’affirme comme un sujet libre. Tout d’abord par la conquête de soi. Certes, dans certains cas pathologiques, un homme peut cultiver une conscience morbide de lui-même qui le paralyse. Un névrosé s’auto-analyse en permanence sans pouvoir agir. Mais prendre conscience de soi, de sa situation, permet normalement d’agir su celle-ci. Grâce à la distance réflexive, l’homme se détermine librement om affirme ainsi un pouvoir sur lui-même.
Le moment de l’adolescence est à dépasser ; si rien n’est écrit d’avance, si je n’ai pas d’identité assurée, je peux ainsi décider de mon avenir. L’homme par ce qu’il est libre, ne peut prédire son avenir. Il est ce qu’il choisit d’être. Mais que choisira-t-il demain ? Lui-même ne le sait pas encore, c’est donc la dimension d’étrangeté. L’avenir est énigmatique, mais cela signifie que le présent est le moment de la liberté. D’autre part, comme la psychanalyse l’a montré, en prenant conscience de mon passé, je me libère de mes traumatismes passés. Prendre conscience de soi permet donc de se libérer du passé, d’affirmer un pouvoir d’agir sur le présent. L’avenir apparaît dès lors énigmatique, à la fois univers de possibles et sources d’inquiétudes.