Hobbes, Léviathan: Le langage

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Dernière mise à jour : 16/03/2021 • Proposé par: x.marion.x (élève)

Texte étudié

"Les noms des choses qui ont la propriété de nous affecter, c'est-à-dire de celles qui nous procurent du plaisir ou du déplaisir, ont, dans la conversation courante des hommes, une signification changeante parce que tous les hommes ne sont pas affectés de la même façon par la même chose, ni le même homme à des moments différents. Etant donné en effet que tous les noms sont donnés pour signifier nos représentations et que toutes nos affections ne sont rien d'autre que des représentations, lorsque nous avons des représentations différentes des mêmes choses, nous ne pouvons pas facilement éviter de leur donner des noms différents. Car même si la nature de ce que nous nous représentons est la même, il reste que la diversité des façons que nous avons de la recueillir, diversité qui est fonction de la différence de constitution de nos corps et des préventions de notre pensée, donne à chaque chose une teinture de nos différentes passions. C'est pourquoi, lorsqu'ils raisonnent, les hommes doivent prendre garde aux mots, lesquels ont aussi, au delà de la signification de ce que nous imaginons leur être propre, une signification renvoyant à la nature, à la disposition et à l'intérêt de celui qui parle; tels sont les noms des vertus et des vices : car un homme appelle sagesse ce qu'un autre appelle crainte; et l'un appelle cruauté ce qu'un autre appelle justice; l'un prodigalité ce qu'un autre appelle magnificence; l'un gravité ce qu'un autre appelle stupidité, etc. Il en résulte que de tels noms ne peuvent jamais être les véritables fondements d'aucune espèce de raisonnement. Les métaphores et les figures du discours ne le peuvent pas davantage : mais elles sont moins dangereuses parce qu'elles professent leur caractère changeant, ce que ne font pas les autres noms."

Hobbes, Léviathan

D’où vient que deux personnes peuvent attribuer des noms différents à un même phénomène ou à une même conduite ? Si chaque mot était lié de manière nécessaire à la chose qu’il désigne, le langage ne présenterait aucune ambiguïté. Aussi la thèse de Hobbes est : Les mot concernent, non les choses, mais les représentations que nous en avons, parmi lesquelles nos affections jouent un rôle déterminant dans le sens que nous attribuons aux mots. Trois temps principaux dans ce texte : « Les noms des choses […] nos différentes passions » analyse de la source des connotations attachées aux mots ; « C’est pourquoi, lorsqu’ils raisonnent, […] stupidité, etc. » première conséquence de ces connotations : l’ambiguïté possible des termes dans le raisonnement et la discussion ; « Il en résulte que de tels […] les autres noms. » deuxième conséquence : des mots connotés ne peuvent fonder aucun raisonnement, et cela les rapproche des métaphores et autres figures de style. L’enjeu du texte est de montrer que les ambigüités proviennent donc, non des mots, mais des dispositions subjectives de ceux qui les utilisent. Aussi doit-on s’en méfier lorsqu’il s’agit de raisonner, car elles peuvent nous piéger plus sûrement qu’un langage ouvertement « imagé » ou poétique.

Nous jugeons des vices et des vertus, du bien et du mal, en fonction de nos passions. Or, ces passions diffèrent d’un homme à un autre. Ce que l’un nomme vice, l’autre peut l’appeler vertu. Les noms ne signifient pas la même chose pour tout le monde. Il est donc dans le domaine moral impossible de se mettre vraiment d’accord sur le sens des mots, chacun y projette ces propres passions. Le langage, dont le but est de communiquer, de dialoguer, de s’entendre au sens fort du terme, est donc le lieu d’un perpétuel malentendu. Il serait cependant urgent de s’entendre sur la vie communes entre les hommes : la morale et la politique. Or, nous comprenons à travers ce texte qu’il est difficile pour l’homme de surmonter ce handicap originel du langage afin de dialoguer avec les autres individus.
Il est question dans ce texte de notre expérience subjective du monde. Chaque individu à une manière différentes de se représenter une chose. La représentation résulte donc à la fois de l’objet regardé et du sujet qui regarde. La représentation est un des thèmes principaux de ce sujet, tout comme l’affection, et la passion. Le sens du mot affection est ici le sens courant : « quelque chose m’affecte » signifie « me procure du plais

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