I. L’anayse du sujet
Un sujet classique mais difficile : la simplicité de sa formulation ne doit pas faire illusion ; la question exige pour être traitée autrement que de façon anecdotique, un travail d’analyse conceptuelle rigoureux.
Une première remarque : l’énoncé invite à s’interroger sur l’existence (« y a-t-il ») d’un mauvais usage de la raison. Il ne s’agit donc pas d’envisager si ce mauvais usage est possible en droit mais s’il existe en fait. Pour autant, il n’est pas pertinent de se lancer dans un recensement, qui serait fatalement partiel, de ces « mauvais » usages de la raison. Le sujet, qui parle d’ailleurs d’« un » mauvais usage de « la » raison, invite à penser l’usage de la raison de façon générique.
Pourtant, il ne faut pas oublier que la raison est une notion polysémique :
– Elle désigne en premier lieu cette faculté, propre à l’homme, cette activité de l’esprit par laquelle il connaît, juge et détermine sa conduite. Elle renvoie donc d’une part, au rationnel c’est-à-dire au domaine de la connaissance et d’autre part, au raisonnable qui concerne le domaine de la pratique, de l’action.
– Elle est ainsi la faculté de parler et de penser, consistant à justifier ce qui est dit. En ce sens, elle renvoie à la capacité de raisonner c’est-à-dire d’enchaîner des propositions conformément aux règles de la logique, ce qui lui permet de discerner le vrai du faux.
– Mais la raison renvoie aussi au pouvoir que nous avons de déterminer notre conduite, de faire des choix. Elle concerne alors les fins de l’action et nous permet de savoir comment nous devons agir.
Il faut donc envisager la question selon cette double perspective. Savoir s’il y a un mauvais usage de la raison exige d’abord de définir ce qu’il faut entendre par l’adjectif *mauvais*. Il peut prendre différents sens :
– soit c’est l’exercice de cette faculté qui présente des failles, qui n’est pas conforme aux règles de la logique (principe de contradiction, de tiers-exclu, de causalité, de contradiction).
– soit ce sont les fins visées par l’exercice de cette faculté qui ne sont pas conformes à la raison.
II. La problématique du sujet
Si la raison est « la chose du monde la mieux partagée » (Descartes), elle est une faculté au sens d’un pouvoir qu’il convient d’exercer. Or cet exercice de la raison n’est pas donné : il suppose un exercice qui permet de bien conduire sa raison. Dans cette perspective, on comprend qu’il est possible de mal user de la raison c’est-à-dire de mal raisonner