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Kant, Critique de la raison pratique: La conscience du coupable

Commentaire entièrement rédigé suivant le déroulement du texte en deux parties :
I. Lorsque l’individu agit de façon immorale, il tente de se justifier car il est conscient
II. L’importance de la conscience morale

Dernière mise à jour : 16/03/2021 • Proposé par: fredericc (élève) •

Texte étudié

Un homme peut travailler avec autant d'art qu'il le veut à se représenter une action contraire à la loi qu'il se souvient avoir commise, comme une erreur faite sans intention, comme une simple imprévoyance qu'on ne peut jamais entièrement éviter, par conséquent comme quelque chose où il a été entraîné par le torrent de la nécessité naturelle, et à se déclarer ainsi innocent, il trouve cependant que l'avocat qui parle en sa faveur ne peut réduire au silence l'accusateur qui est en lui s'il a conscience qu'au temps où il commettait l'injustice, il était dans son bon sens, c'est-à-dire qu'il avait l'usage de sa liberté. Quoiqu'il s'explique sa faute par quelque mauvaise habitude, qu'il a insensiblement contractée en négligeant de faire attention à lui-même et qui est arrivée à un tel degré de développement qu'il peut considérer la première comme une conséquence naturelle de cette habitude, il ne peut jamais néanmoins ainsi se mettre en sûreté contre le blâme intérieur et le reproche qu'il se fait à lui-même. C'est là-dessus aussi que se fonde le repentir qui se produit à l'égard d'une action accomplie depuis longtemps, chaque fois que nous nous en souvenons.

Kant, Critique de la raison pratique

Introduction

Qu’est-ce qu’un acte immoral ? Chacun peut avoir son avis différent sur ce qu’il considère comme moral ou non. Ainsi un acte qui me semble aller à l’encontre de la morale paraîtra peut-être tout a fait anodin à autrui. La morale peut alors être une notion subjective. Pourtant quiconque commet une action qu’il juge mauvaise, est conscient qu’elle est immorale. On ne peut cependant pas réagir de la même façon selon les conditions dans lesquelles l’acte a été commis. Ainsi, dans sa thèse, Kant estime que celui qui a mal agi au départ l’a fait en toute liberté, en toute connaissance de cause. Et c’est justement ce qu’il nomme la loi morale qui fait que l’on se rend compte de l’immoralité de l’acte. Supposer cette chose implique donc deux choses : que celui qui commet un acte qui va à l’encontre de la morale le fait en toute liberté et qu’il faut juger son acte selon l’intuition. Mais on pourrait objecter en se demandant comment peut-on être sur que celui qui a agi l’a fait en étant libre ? Kant va défendre son point de vue en deux temps : tout d’abord il montre que lorsque l’individu agit de façon immorale, il tente de se justifier car il est conscient puis il met en avant l’importance de la conscience morale.

I. Lorsque l’individu agit de façon immorale, il tente de se justifier car il est conscient

La première phrase du texte prend en exemple le cas d’un acte immoral. Nous verrons donc comment cette phrase est découpée en trois phrases avec la justification de l’acte, la recherche de l’innocence et la liberté.

Lorsqu’une personne commet un acte immoral ou illégal, il se rend compte qu’il a agi selon des déterminations qui vont à l’encontre de la morale dans le texte. Ainsi l’individu se rend compte ici que son acte est immoral. Il se souvient de son geste et sa conscience lui fait se rendre compte que son action était immorale. Il a dépassé une certaine limite imposée par la morale. Lorsque Kant utilise « une action contraire à la loi », il estime que l’individu qui a commis cette action sait que son action est incorrecte. Le but de la ligne 1 à 4, est la justification. Le but de se justifier revient alors à se faire déculpabiliser et notamment en cherchant des circonstances atténuantes à son acte. Pour cela, l’homme qui a mal agi va prétendre que ce fut « une erreur », « une simple imprévoyance ». Quand il a agi, il n’aurait pas pu prévoir les conséquence de l’action. Ainsi il tente de se persuader que son acte était nécessaire ou inconscient. Mais Kant pose ici partiellement sa thèse car lorsqu’un homme tente de rendre son acte légitime, c’est qu’il réalise le degré de gravité plus ou moins important. Ainsi au moment de son geste, la personne ne pouvait qu’être conscient de son acte. Si elle ne l’avait pas été, la justification n’aurait pas été nécessaire car il n’aurait pas à se sentir coupable. Donc ici en cherchant à rendre son acte légitime, cela inclut qu’il a conscience de son acte. De plus, l’auteur prend ici une « action contraire à la loi » qui pour Kant est la loi morale, ce qui signifie que la personne doit connaître la loi morale.

La justification de l’acte précède, dans le texte, le concept de l’innocence des lignes quatre à six. Kant utilise le connecteur logique «  par conséquent » pour montrer que toutes les erreurs ont eu pour conséquence le geste immoral. Afin de prouver son innocence, l’individu ajoute que tout cela n’est qu’une conséquence du « torrent de la nécessité naturelle ». Le « torrent » donne image d’un enchaînement de chose, d’actions imprévisibles qui ont touché la personne, quia mal agit, amis sans que tout cela ne soit prévu. Il n’a rien pu faire pour l’empêcher. Le terme la « nécessité naturelle » évoque le fait que la personne n’avait pas le choix, n’était pas libre. Grâce à cette non liberté, Kant déclare que l’individu qui a mal agi se considère innocent. L’innocence de quelqu’un viendrait alors du fait que celui-ci n’a pas pu agir sous le fruit de sa conscience. La conscience de l’action devient alors le contraire de l’innocence et donc de la culpabilité. Ça serait donc bien, pour Kant, le fait que l’on agisse en toute connaissance de cause qui fait de nous le coupable de notre acte. C’est bien cette notion, de morale qui fait en nous la limite entre le bien et le mal. Toute l’innocence de la personne qui a mal agi viendrait du fait qu’elle n’était pas consciente lors de son geste. Kant prouve ici qu’on ne peut soi-même se déclarer innocent d’une action car si l’on cherche à se rendre innocent c’est qu’on est conscient de l’immoralité de notre acte.

Kant va ensuite utiliser les termes « innocence », « avocat », et « accusateur » qui sont des termes se rapportant au tribunal. Dans un même individu, il y aurait un « avocat qui parle en sa faveur » et un « accusateur ». Le tribunal qui jugeait notre acte et alors notre conscience morale. On peut tenter de se persuader de notre innocence afin d’être en accord avec notre conscience morale mais celle-ci se fait aussi notre accusateur. C’est cette conscience dans son for intérieur qui le fait culpabiliser et se rendre compte que son acte est immoral. Le psychisme de l’individu fait face à un conflit intérieur. Comment pouvoir continuer à réfuter l’immoralité de mon acte tout en faisant face à ma culpabilité ? De plus, l’homme est doué de raison donc étant une personne je suis doué de la raison. Or selon Kant, la raison implique le principe de non contradiction. Je ne peux agir et nier en même temps mon action. De plus, il est sur ici pour Kant que l’individu a mal agi car au moment de l’acte, il commettait une injustice, ce qui signifie que cela va à l’encontre de la loi, en l’occurrence ici de la loi morale. La raison de cette personne fait qu’elle ne peut faire une chose te la nier ensuite. Allant à l’encontre de loi morale, la personne a forcément, selon Kant, agi par intérêt et non par devoir. Enfin Kant associe, dans la fin de la première phrase, étroitement cette morale à la liberté. Pour cela, il estime que celui qui agit mal, avait forcément « usage de sa liberté ». Tout homme qui ; par son acte, va aller à l’encontre de l’idéal qu’est la morale est coupable de son acte. Cela amène à déduire une universalisation du principe d’action pour juger de la moralité d’un acte. Le principe de liberté est ainsi, selon Kant, indissociable de loi morale ? La thèse de Kant est ici posée avec la fin de la première phrase. En effet, celui qui agit contre la morale le fait en toute liberté et est donc coupable de son acte.

Kant dans sa première phrase procède en trois étapes qui vont l’amener à poser sa thèse : l’individu qui a mal agit cherche à justifier, à se rendre innocent face à lui-même et enfin il agit en toute liberté ; Kant réussit à monter ici la culpabilité de la personne face à la morale.

Kant va dès lors prouver l’importance et la continuité de la conscience morale qui existe en nous. Mais l’association étroite de la liberté avec la conscience morale, et la conclusion de la culpabilité de l’être pose quelques problèmes. Nous verrons tout d’abord comment est vue la conscience morale puis nous opposerons quelque critique.

II. L’importance de la conscience morale



Dans la seconde partie du texte, Kant explique le rôle de la conscience morale en chacun de nous. Tout d’abord, pour Kant l’individu va être amené à penser que sa faute n’est pas volontaire mais vient d’ « une mauvaise habitude ». En effet, lorsqu’une habitude s’installe dans notre vie, lorsqu’une action devient mécanique et que les gestes s’enchaînent, notre conscience du moment n’intervient plus à chaque moment. Nous ne faisons plus attention aux effets bénéfique ou, au contraire néfastes pour notre psychisme. Ainsi le cas est que la mauvaise habitude consiste à avoir « négligé » la conscience morale. De plus, selon l’auteur la personne a « insensiblement contracté » cette mauvaise habitude. C'est-à-dire qu’il ne l’a pas vue s’installer. Celle-ci devient alors le fruit d’un enchaînement de penser ou d’action inconscientes. Donc la mauvaise habitude, c’est de ne pas avoir pris en compte sa conscience morale qui constitue la limite, l’idéal entre le bien et le mal. Ainsi l’individu n’a pas réagi au moment adéquat sur le fait que son action était immorale. La raison me donne ainsi cette capacité de discernement et de savoir moi-même si je considère un acte morale ou non. Dans le texte l’individu a tellement négligé sa conscience morale que son acte était inévitable : c’est lui le coupable selon Kant car s’il n’avait pas négligé sa loi morale, il n’aurait pas commis de faute. A l’instant d’agir, il était libre de ses actes. Dans l’hypothèse où il n’était pas libre, il n’aurait pas eu besoin d’omettre sa conscience morale et n’aurait pas eu de regrets. Tout cela n’est qu’ « une conséquence naturelle » de cette négligence. Cela ne pouvait qu’arriver selon Kant cette négligence avait obligatoirement une action immorale comme conséquence.

La personne malgré la justification de son acte, qui a agi par intérêt et non par devoir, ne peut renier sa conscience morale. Cela fait de cette conscience une chose innée, chacun l’a en lui et étant libre la conserve toute sa vie. Bien qu’il ait justifié son acte par des détermination inconscientes, son inconscience vient du fait qu’il a ignoré sa morale et c’est donc lui le fautif. Ainsi selon Kant, son acte devra être jugé pour lui-même et sans perdre en compte les conséquences ; c’est une attitude intentionnaliste. Donc lorsqu’on agit de façon à contourner la loi morale, on ne peut se cacher et de voiler la face, c'est-à-dire « se mettre…en sûreté ». Nous sommes coupables face aux autres et face à nous-même. Pour illustre cette idée de culpabilité, Kant parle de « blâme intérieur ». La conscience morale agit comme une instance, c’est elle qui provoque ce «blâme intérieur » et le «reproche» et qui fait de nous le responsable de notre acte. Elle nous fait réaliser qu’au moment de l’action nous nous savions coupable et surtout conscients de l’immoralité de l’acte. Nous réalisons ensuite notre faute et éprouvons des remords. Toute personne libre ne peut renier sa conscience morale, même si elle s’emploie à le faire. C’est en chacun de nous grâce à notre raison. Le concept de la conscience morale devient universel et Kant s’appuie sur cela pour créer une morale absolue que l’humanité doit en faire un idéal et un but.

Kant établit le fait que celui qui a agi était libre de ses actes et qu’il a agi comme si la maxime de son action pouvait être universalisé. Ainsi Kant estime qu’il faut créer une morale absolue et que chacun doit respecter cette morale absolue. Mais respecter une morale absolue pourrait entraîner trop de sacrifices pour chacun d’entre nous. Par exemple, un membre de notre famille est accusé d’avoir commis un crime mais nous ne savons pas si c’est vrai ou on, devons- nous le livrer à la police si elle le recherche ? Et ce au nom d’une morale absolue ? De plus, la vision intentionnaliste de Kant est critiquée par le philosophe Beccaria. Car selon lui, il est incohérent qu’un être rationnelle veuille appliquer une justice jugeant l’acte en lui-même et non les conséquences. Par exemples : si quelqu’un a tué doit-on obligatoirement lui appliquer la peine de mort ? Le respect de la morale absolue entraîne le fait que chaque homme doit agir sans aucun intérêt et seulement par devoir. Or est-ce encore pensable aujourd’hui ?

Kant expose à la fin de ce texte sa vision de la conscience morale. Nous avons vu l’instance qui est en chacun de nous. La conscience morale qui met en cause certaines contradictions dans le fait de faire de cette morale un idéal absolue.

Conclusion

Dans ce texte, où Kant réaffirme l’hypothèse de la conscience morale qui va de paire avec la liberté individuelle. Il adopte ainsi une attitude intentionnaliste. Il arrive tout d’abord à poser sa thèse puis s’exprime l’importance de la continuité de l’instance qui est la conscience morale. Kant pense que cette morale est universelle et que les commandements de cette morale doivent être acceptables pour tout homme. Tout le monde ne peut accepter les mêmes commandements d’une morale universelle et il y aurait trop de compris pour pouvoir la faire appliquer.