I. L’analyse du sujet
Le sujet est classique. Il soulève la question souvent abordée par les philosophes et les historiens des enjeux et des finalités de l’étude de l’histoire. Pour cette raison, il est important de faire apparaître les raisons, par delà le caractère assez attendu de la question, qui invitent à la poser : qu’est-ce qui peut conduire les hommes à s’intéresser au passé qui est l’objet de l’histoire, à se tourner vers ce qui est révolu, ce qui est derrière nous ?
L’adverbe « pourquoi » peut s’entendre en deux sens : il renvoie non seulement à la finalité, au sens (dans quel but) de l’étude de l’histoire, mais aussi aux causes, aux motifs de celle-ci. La question peut donc renvoyer à la fois à ce qui nous conduit à étudier l’histoire et aux fins, aux buts de cet intérêt exprimé pour la discipline historique.
À travers l’emploi de l’expression « avoir de l’intérêt », l’énoncé présuppose d’une part, que l’étude de l’histoire constituerait un avantage pour les hommes, au sens où ils en retireraient un profit, un bénéfice ; et d’autre part, qu’elle serait un objet de curiosité, qu’elle susciterait un intérêt qui serait d’ordre strictement intellectuel.
« Étudier l’histoire », c’est acquérir des connaissances sur le passé puisque l’histoire, entendue comme discipline, est définie comme « connaissance du passé humain » et ainsi se donner les moyens de le comprendre. Cette définition implique que ce que vise la discipline historique, c’est une « connaissance valide, vraie », comme le dit l’historien Marrou, au sens où cette discipline s’oppose à une représentation fausse ou falsifiée ou encore à une histoire imaginaire. La connaissance du passé que produisent les historiens répond à une exigence de vérité : elle se construit à travers une méthode, une analyse rigoureuse et critique des traces du passé souvent partielles (mémoires, archives, correspondances, témoignages, articles de presse par exemple) qui lui permettent de reconstituer les faits et leurs enchaînements complexes.
Il n’est pas impossible d’entendre le terme d’« histoire » comme devenir historique (ce qu’on appelle en allemand Geschichte) c’est-à-dire comme tissu des événements et des actions humaines du passé. Mais puisque l’énoncé interroge les enjeux et les causes de l’étude de l’histoire, on prendra ici le parti de limiter le problème à l’histoire comme discipline constituée. Il ne s’agit pas de se demander comment les historiens font l’histoire mais de mettre au jour le sens de