I. Analyse du sujet
Le sujet ne présentait pas de difficultés particulières. Il s’inscrit en plein dans le chapitre du Désir, et la « mesure » du désir est un problème nécessairement rencontré, par exemple à travers l’image des tonneaux de l’homme intempérant dans le Gorgias de Platon.
II. La problématique
La définition la plus communément admise du désir est celle de manque. Le désir est le sentiment d’un manque, c’est donc une conscience propre à l’homme, car l’animal ne vit que dans un monde de besoins. Ce sentiment de manque ouvre la conscience à la représentation d’une satisfaction et des moyens de cette satisfaction.
Dans la mesure où il relève du manque et de la conscience, le désir introduit la notion de démesure, d’absence de limite, d’« illimité ». Epictète dit « C’est comme pour la chaussure ; si tu vas au-delà de ce qui suffit à ton pied, viendra la dorure, puis la pourpre, puis la broderie ; car une fois la mesure dépassée, il n’y a plus de borne. » Ainsi va le désir, de limite repoussée en limite repoussée, jusqu’à l’illimité.
Si la définition par le manque est utile et recevable, il ne fallait pas nécessairement y limiter cette notion. L’alternative au désir comme manque est la définition que donne Spinoza, qui fait du désir l’« effort pour persévérer dans son être ». Plus du tout de manque ici, mais le mouvement de réalisation d’un être qui approfondit ses qualités et ses caractères, qui pousse aussi loin que possible son existence, effort qui n’a d’autre limite que celle que l’individu peut atteindre par son conatus. En ce sens, Spinoza fait du désir « l’essence de l’homme ».
L’expression « par nature » désigne un caractère inhérent à un être, autrement dit nécessaire, incontournable.
Il fallait donc se demander si désirer c’est entrer dans une spirale infernale qui multiplie le désir et les désirs au-delà de toute limite raisonnable, entraînant l’homme dans le malheur et la mort, comme on voit Don Juan, collectionneur invétéré de femmes, englouti par la statue du Commandeur en punition de son désir inextinguible.
Cela dévoile l’arrière-fond moral du problème, la nature « illimitée » du désir étant une sorte d’absolu auquel l’homme, par essence fini, ne saurait prétendre qu’au risque de sa moralité, et peut-être sa vie. Il y a donc bien un enjeu « dramatique » dans le problème. Soit on reconnaît le caractère illimité du désir et il faut en conclure aussitôt sa dangerosité et la nécessité de sa maîtrise, comme le font la sagesse stoï