Au IVe siècle avant Jésus Christ, Platon, disciple de Socrate, nous laisse quelques œuvres philosophiques qui retracent la pensée de son maître, ce dernier injustement condamné à mort par la Démocratie athénienne. Le dialogue s’avère être la forme privilégiée des ouvrages de Platon permettant à la fois de conserver les idées, les méthodes (dialectique, maïeutique) à travers le temps tout en perpétuant l’aspect vivant, alerte, plein de nouveaux questionnements, spontané de l’enseignement philosophique de Socrate. Et c’est précisément au genre du dialogue auquel nous avons à faire ici avec un extrait du livre IX de La République de Platon consacré aux désirs paranomiques. Ainsi le texte cherche à répondre à la question suivante : que sont ces désirs paranomiques et quels problèmes soulèvent-ils ? Nous suivrons donc l’ordre du texte en montrant d’abord, comment, dans une première partie, Socrate pose l’existence de ces désirs, les risques engendrés par cette existence et les possibilités d’échapper à ceux-ci. Puis, dans une seconde partie (I. 7 à 18), de quelle manière ces désirs s’imposent-ils et contrôlent parfois notre esprit. Et enfin, dans le reste de l’extrait (I. 19 à 22), comment Socrate conclut à l’universalité de cette existence et à l’importance de l’étude du sommeil.
Le sujet principal de cet extrait est annoncé clairement par Socrate-Platon (en effet c’est Socrate qui parle dans ce dialogue mais seul Platon l’a écrit) dès la première phrase du texte, ainsi il affirme qu’il existe des désirs et des plaisirs non-nécessaires qui contredisent aux lois. Au début de la phrase, « parmi » sous-entend qu’il existe d’autres types de désirs non-nécessaires que ceux dont il est question dans le reste du texte. On s’aperçoit donc que Platon établit un classement entre les désirs (les nécessaires, les non-nécessaires, parmi ces derniers ceux dont nous allons parler...). Or chez Platon, le désir en général est un mouvement vers ce dont on manque, ainsi le besoin engendre le désir (ces deux termes sont d’ailleurs étroitement liés à l’origine ; en grec, epithumia peut se traduire indifféremment « besoin » ou « désir »). Mais pour Platon une expérience préalable de satisfaction d’un désir est nécessairement à l’origine du désir en question lui-même. On se demande alors quelle expérience de satisfaction préalable a pu être à l’origine de tel ou tel désir que nous éprouvons parfois, sans trouver pour autant réponse à ce questionnement, et c’est ici qu’intervient la