philomag. com
Bac philo 2016 – Série L
# Nos convictions morales sont-elles fondées sur l’expérience ?
Avertissement : il ne s’agit ici que de pistes de réflexion et non d’une copie type nécessairement attendue par vos correcteurs. D’autres approches, d’autres thèses et arguments sont possibles.
# Introduction / Problématisation
Lorsque d’Artagnan demande à Aramis comment s’y prendre pour séduire Milady, celui-ci lui répond qu’ « on ne demande des conseils à autrui que pour ne pas les suivre, ou, si on les suit, pour blâmer celui qui nous les a donnés ». Autrement dit : l’expérience doit venir de soi. Mais ce qui est vrai en amour l’est-il en morale ? D’où viennent nos convictions morales ?
Se demander si nos convictions morales, c’est-à-dire les normes qui inspirent nos conduites, dépendent de l’expérience, c’est douter de la capacité de l’individu à respecter les valeurs éthiques par leur seul enseignement. Il s’agit donc de savoir si la vertu peut s’enseigner, si l’éducation peut suffire à nous protéger contre la tentation de mal agir ou si le progrès moral de l’individu ne peut venir que des errances qu’il constate et déplore chez autrui, voire des expérimentations illicites qu’il fait lui-même et qu’il corrige après en avoir éprouvé l’amertume.
# Partie I.
# L’enseignement théorique de la vertu
Il serait tragique d’avoir besoin d’expérimenter le crime pour comprendre que celui-ci est profondément immoral. A priori, il semble aller de soi que nos convictions morales ne viennent pas de l’expérience. Sans doute, peut-on accorder qu’il a bien fallu une expérience première pour pouvoir formuler des interdits moraux, mais cette expérience est immémoriale. Dans la tradition juive, la morale s’origine dans le décalogue que Moïse reçoit au Mont Sinai. Or à l’analyse, il apparaît que la deuxième table qui contient les commandements de ne pas tuer, de ne pas voler, de ne pas mentir... n’est jamais qu’une récapitulation de la « sagesse des nations ». On peut donc enseigner les valeurs morales à partir d’une tradition qui a tiré les leçons de ce qui détruit les peuples.
Mais cet enseignement est-il efficace ? On pourrait dire que tout le projet philosophique de *Socrate* est centré sur la question de savoir si la vertu peut s’enseigner. Dans le *Ménon*, *Platon* semble en douter. Constatant que les fils de Périclès, homme exemplaire, étaient des voyous, *Socrate* semble craindre que les prescriptions dispensées par les meilleurs ne protègent pas contre la