# Peut-on penser qu’une parole puisse être dénuée de sens ?
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L’opinion commune ne peut admettre que nous puissions parler sans, en même temps, donner du sens à ce que disons.
L’expression "parler pour ne rien dire" est sur ce point très significative et montre assez le mépris affiché envers ceux qui se laissent entraîner par le flot des mots dans une parole non significante a-priori.
Cette même expression populaire pose en fait le problème de la performance du discours et du sens que nous donnons à chaque parole que nous proférons. Et il n’est pas certain que celui qui "parle pour ne rien dire", selon le sens commun, soit en fait celui dont la parole est la moins intéressante, du moins la moins porteuse de sens.
Ce qu’il importe ici de définir est le sens véritable que nous donnons à ces deux notions que sont le dire et le parler, dont le statut dans la mise en place d’un ordre du discours est fondateur de notre expérience de la parole et répond, en fait, à deux sortes d’attentes possibles concernant le langage, mais aussi l’existence elle-même.
Ainsi, s’il est vrai que toute parole doit être le vecteur d’un sens, voire d’une information normative efficace, il n’en demeure pas moins vrai que nous parlons aussi sans rechercher toujours fondamentalement la communication d’un événement intellectuel majeur, ne serait-ce que pour partager nos émotions. En ce sens, la question se posera de savoir si la parole, dans l’espace strict du dire, est le seul moyen dont nous disposons pour ouvrir notre conscience au monde que nous cherchons à toujours mieux appréhender, voire comprendre.
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# 1. Toute parole implique un sens.
Nous partons ici de l’opinion la plus commune, à savoir que toute parole implique un sens, i. e. : un axe du discours entre deux instances, selon les exigences de la cohérence et de la pertinence de la communication.
# 1. 1. Nécessité d’un destinataire.
Parler implique que deux instances soient " face à face " dans l’échange de communication produit, que ces deux instances soient séparées et immédiatement identifiables, ou qu’elles soient confondues dans la même personne qui entretient alors avec elle-même un rapport de type réflexif.
Toute dérogation à cette définition que pose le sens-commun est en soi significante d’une aberration ou d’une grave infraction à l’ordre naturel du discours.
Analyse d’un exemple : le soliloque d’un aliéné. On constate des cas de dérèglements des fonctions phasiques normales chez des patients