Freud, Métapsychologie: l'hypothèse de l'inconscient (1)

L'explication des phrases initiales du texte, suivie du commentaire complet en trois parties.

Dernière mise à jour : 09/01/2022 • Proposé par: eadems (élève) •

Texte étudié

On nous conteste de tous côtés le droit d'admettre un psychisme inconscient et de travailler avec cette hypothèse. Nous pouvons répondre à cela que l'hypothèse de l'inconscient est nécessaire et légitime, et que nous possédons de multiples preuves de l'existence de l'inconscient. Elle est nécessaire, parce que les données de la conscience sont extrêmement lacunaires; aussi bien chez l'homme sain que chez le malade, il se produit fréquemment des actes psychiques qui, pour être expliqués, présupposent d'autres actes qui, eux, ne bénéficient pas du témoignage de la conscience. Ces actes ne sont pas seulement les actes manqués et les rêves, chez l'homme sain, et tout ce qu'on appelle symptômes compulsionnels chez le malade; notre expérience quotidienne la plus personnelle nous met en présence d'idées qui nous viennent sans que nous en connaissions l'origine, et de résultats de pensée dont l'élaboration nous est demeurée cachée. Tous ces actes conscients demeurent incohérents si nous nous obstinons à prétendre qu'il faut bien percevoir par la conscience tout ce qui se passe en nous en fait d'actes psychiques; mais ils s'ordonnent dans un ensemble dont on peut montrer la cohérence, si nous interpolons les actes inconscients inférés. Or, nous trouvons dans ce gain de sens et de cohérence une raison, pleinement justifiée, d'aller au-delà de l'expérience immédiate. Et s'il s'avère de plus que nous pouvons fonder sur l'hypothèse de l'inconscient une pratique couronnée de succès, par laquelle nous influençons, conformément à un but donné, le cours des processus conscients, nous aurons acquis, avec ce succès, une preuve incontestable de l'existence de ce dont nous avons fait l'hypothèse.

Freud, Métapsychologie

Freud, dans ce texte extrait de son ouvrage Métapsychologie, cherche à prouver l’existence d’un inconscient, en réponse à de nombreuses objections. En effet, pour le psychanalyste, le postulat qui tend à définir l’homme par la conscience qui est la sienne suscite également des interrogations quant aux limites de la conscience : plus précisément, il s’agit pour Freud de savoir si celle-ci est absolument transparente à elle-même. En d’autres termes, n’existerait-il pas comme une forteresse psychique imprenable en dehors de la conscience, qui rendrait plus difficile la connaissance de soi? La formulation de la réponse de Freud, péremptoire et très ordonnée, commande les moments du texte: d’une part « l’hypothèse de l’inconscient est nécessaire », d’autre part, elle est « légitime », et même prouvée. Ainsi est clairement affirmée la volonté d’une démarche qui se veut scientifique, ce que confirment l’emploi de la notion d’inconscient comme conjecture, le recours à l’observation factuelle -les rêves, les actes manqués-, la capacité d’aller au-delà de l’expérience immédiate, la constitution d’une théorie qui conduit à une vérification expérimentale par le recours à une pratique programmée, qui de manière ultime valide l’hypothèse initiale émise par Freud.

En bref, il s’agit de nous demander à quel point il faut concéder que l’homme n’accède qu’à une connaissance partielle de lui-même. Faut-il ainsi le déposséder de lui-même, ce qui reviendrait alors à légitimer tous les actes qu’il commettrait, et lui ôter, par la même, toute responsabilité? Ou bien s’agit-il pour Freud de mettre en place la notion de « psychisme inconscient », compris comme une composante de l’appareil psychique, pour rendre à l’homme l’autonomie dont il est porteur ?

Nous pouvons discerner, dans ce texte, trois moments qui correspondent aux trois étapes de la démonstration de Freud. En effet, la structure argumentative du texte suit ce mouvement de réflexion afin d’aboutir à la certitude qu’il existe un inconscient, c’est-à-dire que mon esprit serait en partie obscur à moi-même. Freud établit alors une argumentation rigoureuse en mettant en lumière ses arguments fondateurs: dans un premier temps, il montre la nécessité de l’hypothèse de l’inconscient; dans un second moment, il explique que l’hypothèse de l’inconscient est légitime, en ce sens qu’il est possible de fonder sur elle une pratique efficace. Enfin, le troisième moment du texte s’appuie sur les deux

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