Descartes, Méditations métaphysiques: L'expérimentation de la volonté

Commentaire entièrement rédigé en trois parties :
I. La volonté, un produit de l'expérience à l'origine divine
II. Mais entre la liberté humaine et la liberté divine, il semble résider une tension
III. La volonté est doublement orientée

Dernière mise à jour : 15/09/2021 • Proposé par: juliettec (élève) •

Texte étudié

Il n'y a que la seule volonté, que j'expérimente en moi être si grande, que je ne conçois point l'idée d'aucune autre plus ample et plus étendue : en sorte que c'est elle principalement qui me fait connaître que je porte l'image et la ressemblance de Dieu. Car, encore qu'elle soit incomparablement plus grande dans Dieu, que dans moi, soit à raison de la connaissance et de la puissance, qui s'y trouvant jointe la rendent plus ferme et plus efficace, soit à raison de l'objet, d'autant qu'elle se porte et s'étend infiniment à plus de choses ; elle ne me semble pas toutefois plus grande, si je la considère formellement et précisément en elle-même. Car elle consiste seulement en ce que nous pouvons faire une chose, ou ne la faire pas (c'est à dire affirmer ou nier, poursuivre ou fuir), ou plutôt seulement en ce que, pour affirmer ou nier, poursuivre ou fuir les choses que l'entendement nous propose, nous agissons en telle sorte que nous ne sentons point qu'aucune force extérieure nous y contraigne.

Descartes, Méditations métaphysiques - Quatrième Méditation (Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1953, p. 305)

Introduction

A l'issue de la troisième Méditation, Descartes a prouvé l'existence de Dieu de deux manières : par l'idée d'infini et par l'idée de la perfection. L'expérience du doute me fait en effet connaître ma finitude et mon imperfection ; pourtant réside en moi l'idée d'infini, idée dont je ne puis être l'auteur. A l'idée d'infini correspond donc nécessairement, hors de moi, une réalité possédant au moins autant de perfection que l'idée qui la représente : Dieu. De la même manière, la conscience de mon imperfection existe en moi en parallèle à l'idée du parfait ; je ne peux donc pas être l'auteur de ma propre existence, ce qui constitue la deuxième preuve de l'existence de Dieu. Si le sujet de Dieu est particulièrement délicat à aborder pour la philosophie laïque, il faut donc noter que la réflexion de Descartes n'a rien d'une propagande chrétienne : la nature de ses arguments et de ce qu'il appelle Dieu reste tout à fait rationnel et n'encourage ni ne définit aucun dogme. Puisque Dieu est nécessairement bon et qu’il ne peut donc vouloir que je sois dans le faux quand je pense être dans le vrai, il est nécessairement celui qui garantit mes idées « claires et distinctes ». Puisque je suis néanmoins sujet à l'erreur – et l'entreprise de Descartes pour en sortir en témoigne – comment celle-ci est elle possible ? Descartes – et c'est l'objet de la quatrième Méditation dont est extrait le texte – innocente les facultés : l'entendement est sain, quoique fini, puisqu'il ne fait que proposer des représentations, et la volonté, par elle-même, n'est pas responsable de l'erreur. Mais en affirmant une idée qui n'est pas parfaitement claire et distincte, je fais un mauvais usage de ma faculté de vouloir, et je suis donc responsable de l'erreur. Le concept de volonté (ou de libre arbitre) a donc chez Descartes une importance fondamentale : non seulement elle est le support principal de la conscience de notre ressemblance à Dieu, mais encore elle est tout à fait comparable en cela à la volonté de Dieu, en sa nature intrinsèque. Enfin, si la volonté n'est pas celle qui cause l'erreur, c'est qu'elle n'est pas un choix au sens moral du terme : la volonté est puissance d'affirmer ou de nier, c'est à l'entendement de jouer un rôle de médiation et de permettre la sagesse.

I. La volonté, un produit de l'expérience à l'origine divine

Dans une lettre à Élisabeth du 6 octobre 1645, Descartes écrivait : « [i]Dieu est tellement la cause universe

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