Molière, L'Ecole des femmes - Acte II, scène 5, vers 503-542

Fiche en deux parties : I. Une scène vivante et comique, II. La naïveté d'Agnés et sa découverte de l'amour

Dernière mise à jour : 15/09/2021 • Proposé par: zetud (élève) •

Texte étudié

Agnès
Le lendemain, étant sur notre porte,
Une vieille m'aborde, en parlant de la sorte :
"Mon enfant, le bon Dieu puisse-t-il vous bénir,
Et dans tous vos attraits longtemps vous maintenir !
Il ne vous a pas faite une belle personne
Afin de mal user des choses qu'il vous donne ;
Et vous devez savoir que vous avez blessé
Un coeur qui de s'en plaindre est aujourd'hui forcé."

Arnolphe, à part.
Ah ! suppôt de Satan ! exécrable damnée !

Agnès
"Moi, j'ai blessé quelqu'un ! fis-je toute étonnée.
- Oui, dit-elle, blessé, mais blessé tout de bon ;
Et c'est l'homme qu'hier vous vîtes du balcon.
- Hélas ! qui pourroit, dis-je, en avoir été cause ?
Sur lui, sans y penser, fis-je choir quelque chose ?
- Non, dit-elle, vos yeux ont fait ce coup fatal,
Et c'est de leurs regards qu'est venu tout son mal.
- Hé ! mon Dieu ! ma surprise est, fis-je, sans seconde :
Mes yeux ont-ils du mal, pour en donner au monde ?
- Oui, fit-elle, vos yeux, pour causer le trépas,
Ma fille, ont un venin que vous ne savez pas.
En un mot, il languit, le pauvre misérable ;
Et s'il faut, poursuivit la vieille charitable,
Que votre cruauté lui refuse un secours,
C'est un homme à porter en terre dans deux jours.
- Mon Dieu ! j'en aurois, dis-je, une douleur bien grande.
Mais pour le secourir qu'est-ce qu'il me demande ?
- Mon enfant, me dit-elle, il ne veut obtenir
Que le bien de vous voir et vous entretenir :
Vos yeux peuvent eux seuls empêcher sa ruine
Et du mal qu'ils ont fait être la médecine.
- Hélas ! volontiers, dis-je ; et puisqu'il est ainsi,
Il peut, tant qu'il voudra, me venir voir ici."

Arnolphe, à part.
Ah ! sorcière maudite, empoisonneuse d'âmes,
Puisse l'enfer payer tes charitables trames !

Agnès
Voilà comme il me vit, et reçut guérison.
Vous-même, à votre avis, n'ai-je pas eu raison ?
Et pouvois-je, après tout, avoir la conscience
De le laisser mourir faute d'une assistance,
Moi qui compatis tant aux gens qu'on fait souffrir
Et ne puis, sans pleurer, voir un poulet mourir ?

Molière, L'Ecole des femmes - Acte II, scène 5, vers 503-542

Intro: Arnolphe apprend qu'Horace est entré dans la maison d'Agnés. Ceci est une révélation pour
Arnolphe et Agnés: elle découvre que quelqu'un peut l'aimer et qu'elle peut tuer par amour. Échec
de la stratégie d'Arnolphe.

I - Une scène vivante et comique

1) Dialogue enchâssé = dédoublement d’Agnès

• Dialogue enchâssé : mise en abîme. Agnés devient metteur en scène.

• Verbes de paroles en apposition, toujours les mêmes (« dis-je »). Elle n'est pas douée car c'est la
première fois qu'elle prend la parole longtemps. Cela est comique.

• Efforts d'Agnés pour rendre le dialogue vivant alors que cela augmente la colère d'Arnolphe :
« fis-je toute étonnée ».

• Précision et exhaustivité avec laquelle elle raconte : elle ne cache rien, le dialogue devient donc
un instrument de torture pour Arnolphe.

> Agnés manipule pour la première fois le dialogue, c'est le début de son processus de
transformation qui repose sur le comique car elle est maladroite. Contraste entre son discours et
son comportement naïf et la réaction de colère d'Arnolphe : COMIQUE.

2) Le monologue en aparté d'Arnolphe : colère et jalousie intériorisées

• Insultes : « satan, damné... » : comique

• Monologue : deux scènes sont jouées en même temps et reposent sur des humeurs différentes
(Agnés est joyeuse, Arnolphe est en colère). Ceci est un comique de situation

• Dialogue de sourd : ils ne se comprennent pas, cela crée un fossé entre les deux personnages.

• Les insultes se rapportent à la superstition. Il maudit la vieille, et utilise des hyperboles.
> Le comique repose sur le contraste entre les deux personnages.

II-La naïveté d'Agnés et sa découverte de l'amour

1) Agnès ingénue et candide

• Son dialogue montre qu'elle n'a pas de recul, elle n'a pas d'esprit critique et est donc la victime
parfaite.

• « moi, j'ai blessé quelqu'un? » : elle prend le verbe blesser au sens propre, elle ne connaît pas le
langage courtois (métaphores et galanterie)

• 156 : elle cherche des choses matérielles pour justifier la blessure.

• 520 : elle croit que les yeux peuvent vraiment blesser. Elle découvre qu'elle peut faire mal sans
le savoir (par amour). Succession de phrases exclamatives et interrogatives qui montre son
étonnement.

• 527-528 : métaphore qu'elle prend encore au sens propre : fait appel à sa générosité (elle
propose son aide)

• 537 : elle croit qu'elle accompli un miracle.

• 540 : elle cr

Accédez à la suite de ce contenu
Accèdez aux contenus premium de 20aubac gratuitement en proposant votre propre corrigé, ou en obtenant un accès payant.