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Molière, L'Ecole des femmes - Acte III, scène 2, vers 675-730

Dernière mise à jour : 16/03/2021
Proposé par: zetud (élève)

Description du corrigé: Fiche en trois parties : I. L'autoportrait d'Arnolphe, II. La vision de la femme idéale, III. Le regard ironique de Molière sur Arnolphe

Texte étudié:

ARNOLPHE, assis.
Agnès, pour m'écouter, laissez là votre ouvrage.
Levez un peu la tête et tournez le visage :
Là, regardez-moi là durant cet entretien,
Et jusqu'au moindre mot imprimez-le-vous bien.
Je vous épouse, Agnès ; et cent fois la journée
Vous devez bénir l'heur de votre destinée,
Contempler la bassesse où vous avez été,
Et dans le même temps admirer ma bonté,
Qui de ce vil état de pauvre villageoise
Vous fait monter au rang d'honorable bourgeoise
Et jouir de la couche et des embrassements
D'un homme qui fuyoit tous ces engagements,
Et dont à vingt partis, fort capables de plaire,
Le coeur a refusé l'honneur qu'il vous veut faire.
Vous devez toujours, dis-je, avoir devant les yeux.
Le peu que vous étiez sans ce noeud glorieux,
Afin que cet objet d'autant mieux vous instruise
A mériter l'état où je vous aurai mise,
A toujours vous connoître, et faire qu'à jamais
Je puisse me louer de l'acte que je fais.
Le mariage, Agnès, n'est pas un badinage :
A d'austères devoirs le rang de femme engage,
Et vous n'y montez pas, à ce que je prétends,
Pour être libertine et prendre du bon temps.
Votre sexe n'est là que pour la dépendance :
Du côté de la barbe est la toute-puissance.
Bien qu'on soit deux moitiés de la société,
Ces deux moitiés pourtant n'ont point d'égalité :
L'une est moitié suprême et l'autre subalterne ;
L'une en tout est soumise à l'autre qui gouverne ;
Et ce que le soldat, dans sons devoir instruit,
Montre d'obéissance au chef qui le conduit,
Le valet à son maître, un enfant à son père,
A son supérieur le moindre petit Frère,
N'approche point encor de la docilité,
Et de l'obéissance, et de l'humilité,
Et du profond respect où la femme doit être
Pour son mari, son chef, son seigneur et son maître.
Lorsqu'il jette sur elle un regard sérieux,
Son devoir aussitôt est de baisser les yeux,
Et de n'oser jamais le regarder en face
Que quand d'un doux regard il lui veut faire grâce.
C'est ce qu'entendent mal les femmes d'aujourd'hui ;
Mais ne vous gâtez pas sur l'exemple d'autrui.
Gardez-vous d'imiter ces coquettes vilaines
Dont par toute la ville on chante les fredaines,
Et de vous laisser prendre aux assauts du malin,
C'est-à-dire d'ouïr aucun jeune blondin.
Songez qu'en vous faisant moitié de ma personne,
C'est mon honneur, Agnès, que je vous abandonne ;
Que cet honneur est tendre et se blesse de peu ;
Que sur un tel sujet il ne faut point de jeu ;
Et qu'il est aux enfers des chaudières bouillantes
Où l'on plonge à jamais les femmes mal vivantes.
Ce que je vous dis là ne sont pas des chansons ;
Et vous devez du coeur dévorer ces leçons.

Molière, L'Ecole des femmes - Acte III, scène 2, vers 675-730

Intro: Arnolphe n'a pas tiré les leçons de son échec, il s'obstine en ajoutant des limites à celles déjà
imposées à Agnés. C'est un déni de la réalité. Cette scène montre l'objectif d'Arnolphe qui est de
maintenir Agnes dans son pouvoir, et montre le ridicule d'Arnolphe dans son obsession et son
incapacité à accepter qu'Agnes lui échappe.

I. L'autoportrait d'Arnolphe tel qu'il apparaît dans son discours

1) Le processus d'auto-éloge d'Arnolphe et la dépréciation d'Agnes

• Arnolphe se présente comme un sauveur « noble et généreux » (l.681-684).

• Rime qui oppose la vie passée et future d'Agnés, qui montre qu'Arnolphe lui permet d'être
bourgeoise : « villageoise/Bourgeoise » (l.683-684).

• Jeu des temps : passé = pauvreté et infériorité / présent = honneur et richesse. (l.681: « vous
avez été » / l.683: « vous fait montrer » > misère d'Agnés en hyperbole.

• L.680: « je vous épouse, Agnes » > mise en apposition du prénom. Il veut présenter Agnes
comme l'élue, et la mette en valeur.

• l.686-688: « vingt partis + tous ces engagements » : hyperbole qui insiste sur le succès
d'Arnolphe auprès des femmes. Antithese avec les pluriels « vous veut faire » et les singuliers >
c'est un honneur qu'il fait à Agnes de l'épouser, il se valorise lui et son choix.

• Il évoque le passé misérable d'Agnes avec le champ lexical de la misère (l.681-690: « le peu que
vous étiez »). Il l'oppose à son avenir noble.
>> Arnolphe se prend pour un demi-dieu capable de renverser le destin d'Agnes.

2) Une générosité ambiguë et intéressée

• Arnolphe insiste sur la dette que lui doit Agnes (l.689-690/693-694): Agnes ne doit pas oublier
d'où elle vient, ce n'est donc pas une vraie générosité.

• l.692: « mériter »: champ lexical du mérite = Agnes est redevable et asservie.

• l.727-728: description de l'enfer + hyperboles (« à jamais ») > il veut lui faire peur. Cela est
intelligent car il sait qu'elle est naïve et qu'elle croit ce qu'il dit. Ceci est un stéréotype et une
caricature des enfers.
>> Image éronnée de lui-même car il croit qu'il est généreux envers Agnés. Ce portrait met en
place la stratégie d'Arnolphe : inscrire Agnes dans la dette et dans l'horreur. Il commence à
s'enfermer dans son obsession et durcit sa position.

II. La vision de la femme idéale

1) Description de la femme idéale

• Soumission, docilité et obéissance (l.675-678): 4 impératifs + champ lexical de la contrainte.

• Maîtrise du corps d'Agnes (l.714): « baisser les yeux » > symbolique du regard (pas plus haut
que celui de l'homme = soumission).

• l.695-698: elle ne doit pas prendre de plaisir: champ lexical du plaisir associé à la négation.

• l.724-726: elle ne doit pas salir l'honneur du mari.
>> Description en miroir à l'acte 1, scène 1. Ici, mise en pratique car il s'adresse à Agnes.

2) Description du mariage

• l.695: « n'est pas un badinage » = négation, donc interdiction. Le mariage n'offre pas de libertés.

• l.700: « du côté de la barbe ... toute puissance » = métaphore et métonymie. Le marie est la
puissance. Il y a un présent de vérité générale ce qui montre que pour lui, c'est une règle
absolue.

• Chiasme l.703: figure (de style) de l'enfermement: « suprême/gouverne » = l'homme //
« subalterne/soumise » = la femme.

• l.705-708: successions de métaphores qui comparent l'homme et la femme. Ce qui en ressort est
bien sûr la supériorité de l'homme sur la femme. C'est une exagération car il met en avant
l'irréfutabilité de la soumission de la femme.

• Dépendance totale envers le mari (l.699): « ne ... que » = tournure restrictive.

• l.712: énumération + gradation + champ lexical du pouvoir.

• La femme n'a que des devoirs, pas de droits.
>> Description caricaturale car excessive. On voit le déséquilibre entre les deux êtres. Vision du
« pater familias » qui a tous les droits. Les jeux sont faits, mais Arnolphe est de plus en plus
ridicule.

III. Le regard ironique de Molière sur Arnolphe = ridiculisation

1) Ridiculisation par un discours verbeux

• Accumulation et répétition dans le discours d'Arnolphe (l.710-709-712-699).

• Côté sentencieux de son discours: vérités incontestables, impératifs, le fait de faire asseoir
Agnes. Cela donne l'impression d'une cérémonie, car il en fait trop.
>> Il est donc ridicule car c'est un donneur de leçons malhabile.

2) La ridiculisation par la comparaison avec un demi-dieu

• Pouvoir qu'il s'attribue sur les femmes. La femme est soumise à l'homme, comme l'homme est
soumis à Dieu.

• l.676 et 714-715-716: l'homme fait exister la femme comme Dieu fait exister les hommes sur
terre.
>> Molière ridiculise définitivement Arnolphe. Le public peut choisir son camp. C'est une
structure similaire à la tragédie (mélange des genres).

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