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Shakespeare, Macbeth - acte II, scène 1

Analyse d'un élève qui a reçu 16/20. Commentaire du professeur "bon devoir, même si certains éléments ont été négligés comme l’opposition MacBeth/Duncan ou encore le rôle de la nature".

Dernière mise à jour : 16/03/2021 • Proposé par: zetud (élève) •

Texte étudié

MACBETH.-Va, dis à ta maîtresse de sonner un coup de clochette quand ma boisson sera prête. Va te mettre au lit. (Le domestique sort.)
-Est-ce un poignard que je vois devant moi, la poignée tournée vers ma main ? Viens, que je te saisisse.-Je ne te tiens pas, et cependant je te vois toujours. Fatale vision, n'es-tu pas sensible au toucher comme à la vue ? ou n'es-tu qu'un poignard né de ma pensée, le produit mensonger d'une tête fatiguée du battement de mes artères ? Je te vois encore, et sous une forme aussi palpable que celui que je tire en ce moment. Tu me montres le chemin que j'allais suivre, et l'instrument dont j'allais me servir.-Ou mes yeux sont de mes sens les seuls abusés, ou bien ils valent seuls tous les autres.-Je te vois toujours, et sur ta lame, sur ta poignée, je vois des gouttes de sang qui n'y étaient pas tout à l'heure.-Il n'y a là rien de réel. C'est mon projet sanguinaire qui prend cette forme à mes yeux.-Maintenant dans la moitié du monde la nature semble morte, et des songes funestes abusent le
sommeil enveloppé de rideaux. Maintenant les sorcières célèbrent leurs sacrifices à la pâle Hécate. Voici l'heure où le meurtre décharné, averti par sa sentinelle, le loup, dont les hurlements lui servent de garde, s'avance, comme un fantôme à pas furtifs, avec les enjambées de Tarquin le ravisseur, vers l'exécution de ses desseins.-O toi, terre solide et bien affermie, garde-toi d'entendre mes pas, quelque chemin qu'ils prennent, de peur que tes pierres n'aillent se dire entre elles où je suis, et ravir à ce
moment l'horrible occasion qui lui convient si bien.-Tandis que je menace, il vit.-Les paroles portent un souffle trop froid sur la chaleur de l'action.

(La cloche sonne.)-J'y vais.
C'en est fait, la cloche m'avertit. Ne l'entends pas, Duncan ; c'est le glas qui t'appelle au ciel ou aux enfers.
(Il sort.)

Shakespeare, Macbeth - acte II, scène 1

L’extrait étudié est tiré de la tragédie Shakespearienne Macbeth. William Shakespeare, dramaturge anglais né à la fin du XVIème siècle, nous livre une tragédie traitant de l’obsession du pouvoir, de la vengeance. Macbeth, incité par son épouse lady Macbeth, veut tuer le roi d’Ecosse pour accéder au pouvoir. En effet, quelque temps auparavant, Macbeth avait rencontré trois sorcières qui lui avaient révélé son destin.
L’extrait se situe au début de la pièce, juste avant que Macbeth commette le régicide.

Il s’agit d’un monologue du futur meurtrier, qui exprime ses doutes et ses convictions.Au cours de notre étude, nous nous demanderons en quoi cette tirade est intéressante et instructive pour le lecteur. Pour y répondre, nous verrons d’abord que ce passage est l’annonce du crime et qu’il nous permet de mieux connaître le personnage de Macbeth.

Le monologue étudié nous permet de connaître le dessein meurtrier de Macbeth et ce par plusieurs moyens.
Tout d’abord, le cadre et l’atmosphère donnent le ton et aident le lecteur(ou le spectateur) à se mettre dans cette ambiance angoissante propice au crime. La scène est nocturne et on trouve des références au domaine extérieur, à celui de la nature et des animaux.
v.19 : «sur la moitié du monde, la nature » ;v.24 : «alerté par sa sentinelle, le loup » ;v.28 : «O terre, qui est ferme et bien établie »
De plus, les temps verbaux nous renseignent également sur l’action à venir. Effectivement, on note un fort emploi du présent d’énonciation (v.10 : «entraînes » ;v.3 : «je te vois » ;v.27 : «avance » ;v.32 : »…qui est horrible ») qui est la marque d’un discours actuel, on se place au moment de l’avant crime.
Enfin, la scène est silencieuse, aucun bruit ne trouble la nuit, ce qui donne au lecteur (et également à Macbeth) un sentiment de malaise et d’angoisse (v.32 : «ce silence, qui est horrible…»)
Ces sentiments se poursuivent tout au long de la tirade grâce à la présence d’un thème important, celui du mystique et du surnaturel. En effet, le champ lexical du surnaturel est très présent dans la seconde partie du texte : v.21 «sorcière » ;v.22 : «observe les rituels de la pâle Hécate » ;v.20 : «songes pervers » ;v.27 «tel un spectre vers sa proie ». Ces références au monde de la sorcellerie et du mystérieux sont un prétexte pour Macbeth pour accomplir son crime. En effet, on nous fait croire à sa destinée et l’ampleur surnaturelle de la scène ainsi que la présence des sorcières, sont en quelques sortes des circonstances atténuantes. On remarque dans le discours de Macbeth un nombre important de questions formulées avec leurs directes réponses (v.5-6-7-8 : «…pour le toucher autant que pour la vue ?...je te vois, cependant ?; v.13-14 : «Ou auraient-ils raison contre eux tous ? Je te vois encore ! »)
Ces procédés syntaxiques montrent que l’action se prépare dans le doute…

Etudions enfin un élément clé du meurtre, celui de la dague, très présente dans la première partie du texte. On a notamment les champs lexicaux du poignard et du crime : v.1 « dague » ; v.2 « manche » ; v.6 « poignard » ; v.9 « lame » ; v.11 « fer » ; v.14 « poignée » ; v.15 « goutte du sang » ; v.17 « projet sanglant » ; v.20 « morte » ; v.21 « sommeil » ; v.23 « meurtre » ; v.34 « acte » ; v.30 « dessein »
Ainsi le vocabulaire employé pour la dague et le meurtre est très riche et la dague est ainsi omniprésente dans la tirade, grâce également aux personnifications employées (v.3 : « te » ; v.2 « viens ») et aux comparaisons(v.8-9 : « d’apparence aussi dure que cette lame-ci, que je dégaine… »), on remarque que le crime obsède Macbeth et que la dague a un rôle très important dans le déroulement du meurtre. Macbeth parle à la dague qu’il voit en vision (v.10 : « tu » ; v.14 « ta »), il devient fou et essaie de se déculpabiliser : la dague l’entraîne au meurtre, il n’est qu’une « victime » qui subit son destin…

Effectivement le personnage de Macbeth est difficile à cerner car à la fois déterminé mais aussi indécis et même égocentrique…c’est un personnage tragique qui décide d’écouter son destin et choisit la mauvaise solution pour accéder au trône.
La ponctuation nous montre la détermination du meurtrier à accomplir son crime : on dénombre quatre phrases interrogatives, sept phrases exclamatives et à trois reprises il y a présence de points de suspension. Ces interrogations nous montrent que Macbeth se remet en questions et doute. Mais les exclamations expriment plutôt son assurance et son agressivité. De même que les comparaisons des v. 26 et 27 (« comme Tarquin à son projet de viol, avance tel un spectre…), qui vont dans le même sens, Macbeth est déterminé.
Néanmoins et paradoxalement à cet aspect, notre personnage doute, se sent rongé par la culpabilité ( prématurée) : v.15 : « goutte du sang qui n’était pas là tout à l’heure ! Non, cela ne peut être ! » ; v.30 « Car je crains que les pierres mêmes ne crient sinon mon dessein. » ; v.36-37 : « ne l’entends pas, Duncan, car c’est le glas, qui te réclame au ciel, ou beaucoup plus bas . » Il a des visions et, dans un premier temps, n’est plus très sûr de vouloir tuer le roi. Ce n’est que vers la fin qu’il prend la décision de commettre le meurtre.v. 33-34 : « mais je menace, je menace…parler souffle sur l’acte et le refroidit. » v.35 : « les jeux sont faits, j’y vais. La cloche m’appelle. »
On voit dans ce vers que lady Macbeth a fortement incité son mari car en entendant la cloche (sonnée par sa femme), il s’engage dans le mauvais choix, en étant décidé. L’emploi du conditionnel (v.13 et31) montre pourtant, encore une fois, son hésitation. Macbeth est très désireux d’avoir le trône, mais il est lâche et a peur de tuer Duncan.
De ce personnage divisé, nous constatons l’égocentrisme et le tempérament typiquement tragique. Déjà par les marques de l’énonciation, nous percevons un homme égoïste qui ne parle que de lui : v.1 « je » ; « moi » ; v.12 « mes » ;v.32 « me »…)
Ceci traduit un sentiment de solitude, un replis sur lui-même.Il a de plus des visions et divers troubles : v.4 : « Ah, fatale vision » ; v.12 : « Sont ce mes yeux qui leurrent mes autres sens ? » ; v.14-15 : « et sur ta lame et sur ta poignée goutte du sang qui n’était pas là tout à l’heure ! » Cette dernière citation est importante car elle renvoie à lady Macbeth qui verra du sang et deviendra folle après avoir tué Duncan . Les visions sanglantes du couple sont à la fois un présage de malheur et de malédiction pour eux, et à la fois leur conscience qui leur donne des remords par rapport au meurtre. Enfin l’alternance de vers et de prose donne un aspect plus fort à certaines phrases, qui sont de ce fait accentuées. V.30-31-32 (rime avec « dessein » et « me convient ») et v.36-37 (rime avec « glas » et « bas »)

Ainsi l’examen du texte nous a permis de comprendre l’importance de cette tirade dans Macbeth car ce monologue permet d’annoncer au lecteur le crime central de la pièce. Il s’en suit un sentiment d’attente et d’appréhension pour le lecteur qui est plongé dans une ambiance et qui sait que la mort de Duncan est proche.
Le second intérêt de cette tirade est l’information qu’elle nous livre sur Macbeth, personnage principal de la pièce, qui est un meurtrier avide de pouvoir mais lâche et rempli de remords. Sa psychologie est complexe et pour de disculper du crime, il invoque la pressante incitation de son épouse et le caractère surnaturel se son acte. Mais malgré ses arguments, Macbeth se verra puni de son despotisme et de sa cruauté.