Marivaux, La double inconstance - Acte II scène 1

Une analyse de la scène entière suivie d'une analyse de l'extrait en 2 parties : I. Une satire à la fois acerbe et légère, II. Une interrogation morale

Dernière mise à jour : 15/09/2021 • Proposé par: Popy (élève) •

Texte étudié

SILVIA
C'est quelque chose d'épouvantable que ce pays-ci ! Je n'ai jamais vu de femmes si civiles, des hommes si honnêtes, ce sont des manières si douces, tant de révérences, tant de compliments, tant de signes d'amitié, vous diriez que ce sont les meilleurs gens du monde, qu'ils sont pleins de cœur et de conscience ; point du tout, de tous ces gens-là, il n'y en a pas un qui ne vienne me dire d'un air prudent : Mademoiselle, croyez-moi, je vous conseille d'abandonner Arlequin, et d'épouser le Prince. Mais ils me conseillent cela tout naturellement, sans avoir honte, non plus quel s'ils m'exhortaient à quelque bonne action. Mais, leur dis-je, j'ai promis à Arlequin ; où est, la fidélité, la probité, la bonne foi ? Ils ne m'entendent pas ; ils ne savent ce que c'est que tout cela, c'est tout comme si je leur parlais grec ; ils me rient au nez, me disent que je fais l'enfant, qu'une grande fille doit avoir de la raison : eh ! cela n'est-il pas joli ? Ne valoir rien, tromper son prochain, lui manquer de parole, être fourbe et mensonger, voilà le devoir des grandes personnes de ce maudit endroit-ci. Qu'est-ce que c'est que ces gens-là ? D'où sortent-ils ? De quelle pâte sont-ils ?

FLAMINIA
De la pâte des autres hommes, ma chère Silvia ; que cela ne vous étonne pas, ils s'imaginent que ce serait votre bonheur que le mariage du Prince.

SILVIA
Mais ne suis-je pas obligée d'être fidèle ? N'est-ce pas mon devoir d'honnête fille ? et quand on ne fait pas son devoir, est-on heureuse ? Par-dessus le marché, cette fidélité n'est-elle pas mon charme ? Et on a le courage de me dire : là, fais un mauvais tour, qui ne te rapportera que du mal ; perds ton plaisir et ta bonne foi. Et parce que je ne veux pas, moi, on me trouve dégoûtée !

Marivaux, La double inconstance - Acte II scène 1

Analyse de la scène

Silvia est en désaccord avec les mœurs de la cour, qui, ne sont pas compatibles avec sa propre morale (libertinage).
Cependant, dans cette scène pour la première fois, Silvia exprime un doute sur ses sentiments, elle est changeante. Dans sa tirade, celle ci est impressionnée par ce que lui Prince peut lui offrir « Quel goût trouve-t-il à cela? Car c'est un abus ce qu'il fait, tous ces concerts, ces comédies, ces grands repas qui ressemblent à des noces, tous ces bijoux qu'il m'envoie » toutes ces intentions lui plaisent, Silvia apprécie ces gestes. Marivaux montre que le Prince ne lésine pas sur les moyens. Silvia compte « tout cela lui coûte un argent infini, c'est un abîme, il se ruine [...] » elle est ravie que quelqu'un, en l'occurrence un Prince, se ruine pour elle, simple petite bourgeoise; Silvia est intéressée.
Cependant, celle ci trouve un exemple pour prouver sa fidélité auprès d'Arlequin et son désintéressement « Quand il me donnerait toute la boutique d'un mercier, cela ne me ferait pas tant plaisir qu'un peloton qu'Arlequin m'a donné. ». Flaminia acquiesce et dit être comme elle, soit fidèle et désintéressée « j'ai aimé de même, et je me reconnais au peloton » → c'est une manipulation, ce mensonge permet de mettre Silvia en confiance. Celle ci alors se confie « Tenez, si j'avais échanger (comme si il s'agissait d'un objet) Arlequin contre un autre, ç'aurait été contre un officier du palais » → Silvia est hypocrite envers elle même, celle ci n'ose pas voir la vérité en face, et s'avouer qu'elle n'est peut être plus aussi amoureuse d'Arlequin qu'elle le prétend.

Flaminia joue sur la coquetterie de Silvia. « il y en a des plus jolies que moi […] J'en vois ici de laides qui font si bien aller leur visage, qu'on y est trompé. » ici, Silvia se compare, la didascalie joue également d'un air modeste, Silvia se dévalorise. Celle ci attend qu'on la contredise et que Flaminia la flatte « Oui mais le votre va tout seul », quant à Silvia celle ci est trop polie pour être honnête « moi je ne parais rien, je suis toute d'une pièce auprès d'elle » celle ci profite de la situation pour entendre les compliments de Flaminia sur sa personne, car Silvia n'est pas habituée à entendre de telle chose à son égard.

Pour finir, Flaminia provoque Silvia, et rapporte des propos qui ont sois disant été dit sur elle « Ne louez pas tant les femmes d'ici car elles ne vous louent guère […] moquent de vous […] Il n'y avait pas

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