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La moralité consiste-t-elle à se contraindre soi-même ?

Fait par l'élève, corrigé complet, note obtenue: 14/20. Plan du type thèse/antithèse.

Dernière mise à jour : 16/03/2021 • Proposé par: Gland (élève) •

Introduction

« Agis de telle sorte que la maxime de ta volonté puisse en même temps valoir comme principe d’une législation universelle » : selon Kant, notre moralité doit être en accord avec un ensemble de règles de conduite établies en fonction d’une évaluation, devant être considérée comme universellement valable, du Bien et du Mal. Agir moralement, c’est prendre des décisions qui paraissent universalisables. Cependant, dans un souci d’universalisation de nos actes (« est-ce que le monde approuverait mon choix ? »), on peut être amené à agir en accord avec sa raison et sa conscience, mais contre ses envies. La question qu’on se pose est donc : la moralité, est-ce se contraindre soi-même ? Pour les uns, une morale orientée vers le seul bien-être et la liberté semble insuffisante, doit-elle donc être contraignante par essence ? Ou est-elle propre à chaque individu, faisant partie de principes qui résultent donc non contraignant ?

La moralité consiste à se contraindre soi-même

- si on considère que l’absence de règles de conduite assure la liberté, alors la moralité nous restreint, car il y a des règles de conduite partout.
- l’exigence morale se présente à la conscience sous forme de devoir, d’obligation. On se sent tenu de faire notre devoir, même s’il va à l’encontre de notre intérêt, à nos passions ou à notre nature. Mais si la conscience se reconnaît soumise à un principe extérieur et supérieur à elle-même, d’où vient ce principe ? D’une « conscience collective », selon le terme d’Emile Durkheim, dont notre propre conscience n’est qu’un écho : le devoir moral est collectif, puisque généralement, il s’impose à tous les membres d’un groupe. Il en résulte contraignant, car il émane de la société et pèse sur l’individu.
- l’individu peut ne pas être au clair avec sa conscience, considérer qu’il a fait un choix qui va à l’encontre d’une conduite morale. Cependant, si ce choix est fait en toute connaissance de cause, c’est que l’individu a décidé de ne pas se contraindre. Cela faisant, il passe outre une moralité qui, vraisemblablement, ne semble pas être sienne mais qu’il considère cependant. C’est une conscience morale résultant de l’éducation : l’enseignement de certaines valeurs morales, comme « ne pas mentir », est imposée dès le plus jeune âge comme un devoir moral universel. En montrant le besoin de passer outre cette éducation, l’individu fait apparaître le fait que cette « moralité éducative » le contraint.
- l’exigence du respect d’autrui s’oppose aux passions et au besoin. L’action morale n’est pas liée à une satisfaction : on n’a rien à en attendre en termes de bénéfices. La moralité imposée par le respect d’autrui peut donc être contraignante, car elle nécessite quelquefois des sacrifices : il peut y avoir conflit entre une envie et un interdit moral
La moralité, c'est des barrières, des limites qu'on se pose? Mais est-elle uniquement restrictive?

La moralité ne consiste pas à se contraindre soi-même

- On peut considérer un principe selon lequel le devoir moral vient de la société. Mais alors, quelle raison a l’individu de s’y soumettre, puisque ce devoir est extérieur à sa propre volonté ? Au nom d’une morale personnelle, on peut rejeter une exigence de la société, et donc se déterminer une moralité propre à soi-même, non contraignante.
- Suivre sa propre moralité, c’est être au clair avec soi-même ; la moralité ne nous restreint pas si elle fait partie de nos principes ; par conséquent, notre moralité va dans le même sens que notre conscience. Cela comprend d’assumer les choix qu’on fait, et les sentiments qui vont avec : regrets, chagrins… Mais l’individu est maître de ses choix, et il les fait en connaissance de cause. Ainsi, la moralité ne semble pas restreindre l’individu si elle est sienne : on se fixe des limites en fonction de notre propre morale. Ces limites s’inscrivent dans le cadre d’un choix réfléchi, et là, il n’y a pas de contrainte.
- l’obligation morale ne résulte pas d’un avantage qu’on reçoit ou qu’on attend, mais d’un comportement naturel que la conscience s’impose à elle-même. Au-delà d’un conflit entre un interdit moral et un besoin ou une envie, il y a un intérêt à trouver dans l’interdit : le respect de l’autre. Par exemple, cacher un individu juif pendant l’Occupation était passible d’exécution mais représentait un devoir moral, humain, essentiel. Le devoir moral ne représente donc pas nécessairement une restriction.

Conclusion

la formule « à chacun sa morale », et donc sa moralité, semble devoir s’imposer, ce qui toutefois semble être la négation même de la morale. En effet, si chacun suit sa propre morale, il n’y a plus de contraintes mais la vie en société ne paraît plus possible : les valeurs universelles sont dépréciées, et le respect d’autrui s’en voit amoindri. La moralité n’est donc pas nécessairement contraignante, même si certains de ses aspects le restent, en vue de la conservation de valeurs universelles sans lesquelles la société n’a plus de sens.