Pour être soi-même, vaut-il mieux suivre ses désirs ou les combattre ?

Dissertation faite par l'élève. Note obtenue 15/20.

Dernière mise à jour : 16/03/2021 • Proposé par: pasc72 (élève) •

Introduction

Qu’est ce qu’être soi-même ? Peut-on vraiment être autre chose que soi-même ? L’expression est paradoxale. Etre soi-même, c’est d’abord être son être propre, authentique sans copier ni imiter autrui. Quoique l’on fasse, n’est-on pas toujours soi-même ? Derrière les notions de « suivre ses désirs » ou bien de les « combattre » se cache le combat entre l’épicurisme et le stoïcisme. Mais est-ce aussi simple ? Peut-on être soi-même en suivant ses désirs, en satisfaisant ses désirs apparemment nécessaires ou bien regarder dans une direction diamétralement opposée en renonçant aux désirs et même, les combattre ?
Ainsi, suivre ses désirs avec tout ce que cela implique, est-ce mieux pour être soi-même ou bien est-ce le contraire, c'est-à-dire combattre ses désirs ?

Développement :

Si l’on répond toujours favorablement à ses désirs, ne s’enferme-t-on pas dans une logique de soumission ? En effet, si l’on suit ses désirs, on obéit à l’emprise qu’ils ont sur nous. On est soumis, enfermé dans des plaisirs éphémères qu’entrecoupent des périodes de manque. En considérant qu’être soi-même est un engagement pour des valeurs qu’on a fait siennes, cet engagement, cette existence peut-être rompue au profit d’un engagement opposé invisible. On table alors sur le fait que le désir peut nous transformer, nous bouleverser et modifier ce que nous sommes et ce que nous serons. Imaginons, par exemple, un homme politique ayant de hautes fonctions. Il est honnête mais tend à s’enrichir. Son poste le met en contact avec de grandes sommes d’argent qu’il pourrait aisément détourner. Cette action qui peut-être un désir (être plus riche) briserait alors l’engagement qu’il aurait avec lui-même, en le mettant dans la position opposée de malhonnête.
De plus, dans notre sujet, suivre ses désirs signifie suivre tous ses désirs qui se présentent à nous. Or, être soi-même implique d’être en paix avec soi-même ce qui peut-être incompatible. En effet, en suivant tous nos désirs, on est tiraillé, passant de désirs en désirs sans satisfaction permanente. La société peut jouer un rôle dans notre sensation de manque : elle doit susciter constamment de nouveaux désirs, en tant que société de consommation. On arrive alors à une contradiction : en obéissant à ses propres désirs formatés par la société, on en vient au conformisme comme le témoigne de nos jours la mode à outrance. Cette ressemblance des individus vient effacer le soi, en renonçant à sa liberté et finalement rend l’individu étranger à lui-même.

Ainsi, nous venons de voir que suivre ses désirs ne nous menait que loin de nous même. Qu’en est-il de la situation inverse, c'est-à-dire, de renoncer à tous ses désirs, et même les combattre ?

Que se passerait-il si l’on combattait chaque désir ? Ce serait alors la volonté non influencée par les désirs qui déciderait des actions. Cette suppression des désirs qui déciderait des actions va inéluctablement à une véritable liberté où seule la volonté dicte les actions. Subit la volonté, c’est subir ses propres pensées donc en définitive s’écouter. En effet, la volonté est désormais autonome, libérée du désir, déterminée par rien d’autre qu’elle-même. Pour autant, est-ce une bonne solution de combattre ses désirs pour être soi-même ? N’y a-t-il pas de risque d’autocensure, c'est-à-dire se restreindre tout un pan du « moi », que je supprimerais en renonçant à mes désirs ? De même, si on généralise, ce combat du désir à la société, chaque individu ne serait-il pas désintéressé de la société d’où une société très réduite puisque l’on peut considérer que la société est un moyen pour l’individu de réaliser des désirs ? Cette conception a bien des revers également : en effet, sans désir, plus d’art car l’on sait que l’art est le désir de faire du « beau » et d’être soi-même. Derrière la difficulté de combattre ses désirs, il y a une occultation du « soi » par le « soi » qui réduit le concept d’être « soi-même ».

Conclusion

On arrive donc en définitive à une impasse. Effectivement, on a déduit qu’aucune des deux solutions proposées n’est valable pour vraiment être soi-même, notion déjà difficile à cerner. On a vu que suivre ses désirs, nous éloigne du soi alors que les combattre nous tronque toute une partie du soi. Que faire alors ?
On arrive au point où on se rend compte qu’il vaut mieux pour l’Homme d’avoir certains désirs, que l’on choisira couronnés par la connaissance. Ces désirs précis, sains, sont des moteurs de la plupart de nos actes. En effet l’Homme est en ce point très simple : pourquoi agissons-nous ? Pour combler un désir. Certains désirs qu’il faut juger bons. D’ailleurs ne dit-on pas populairement que l’on juge quelqu’un d’après ses actes ? Ces désirs précis qui s’orienteraient vers des valeurs comme la vérité, la beauté ou encore la justice seraient constructeurs du soi et contrairement aux désirs « bruts » étayeraient et consolideraient le soi-même. Par conséquent, aller contre ces désirs précis, fondés sur les connaissances, serait aller contre sa propre essence, ce qui serait destructeur et absolument pas profitable pour le soi, qui en définitive, ne serait plus.
Ainsi, ces « bons » désirs nous mènent vers la connaissance et permettent la maîtrise du soi. Et se dominer, finalement, n’est ce pas être soi-même ?

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