I. Analyse du sujet
Il s’agit d’une question classique à l’intersection de plusieurs notions : celles d’identité et de temps.
Le sujet humain est ici envisagé en tant que réalité à la fois inscrite et construite dans le temps. Il s’agit d’évaluer les effets de l’histoire passée sur l’identité actuelle d’un sujet. Si l’énoncé ne soulève pas de problème de compréhension, il était toutefois important de prendre le temps de l’analyser car il se révèle plus complexe qu’il n’y paraît dans les problèmes qu’il soulève.
"Mon passé" renvoie à ce qui est révolu, irréversible, ce que l’on ne peut plus changer. Le passé est derrière moi, en cela il se distingue du futur qui est un champ de possibles, un horizon ouvert à des choix qui sont encore à venir.
Le passé est ici envisagé comme ce qui me produit, me détermine, en tant que sujet personnel. Je ne serais que le produit du passé, tel est le présupposé qu’il faut examiner.
Cette idée implique que le présent serait l’effet de déterminations extérieures sur lesquelles je n’ai pas de prise, que je subis sans pouvoir les modifier ou les infléchir.
Mais il y a un détail important dans l’énoncé qui ménage une voie pour sortir du strict déterminisme (je ne serais que le produit passif du passé) auquel la première lecture nous a conduit. C’est le possessif « mon » que l’on peut entendre en deux sens : en un sens faible, "mon passé", c’est celui qui m’est propre, ce passé qui est à la croisée de l’histoire personnelle et collective ; mais en un sens fort, "mon passé", c’est celui que je me suis donné à travers les choix que j’ai pu faire ou par les positions que j’ai adoptées face aux événements. Dans le premier cas, la relation au passé est subie ou passive alors que dans le second, elle est une relation active d’appropriation au sens où je ne suis pas seulement le jouet des faits passés mais où j’y prends part.
Il faut donc prendre en compte la distinction présente dans le libellé entre le « je », ce que je suis en tant qu’acteur de mon histoire et le « moi », ce que je suis en tant qu’objet d’un devenir.
L’enjeu du sujet est donc d’examiner dans quelle mesure je suis acteur/actrice de ma propre histoire, de réfléchir à la part de liberté qui est la mienne face aux événements qui contribuent à orienter le cours de mon existence. L’enjeu du sujet est d’une part, d’évaluer le poids du passé sur notre existence présente et d’autre part, d’examiner quelle est la part de liberté qui revient au sujet, liberté lui permetta