# Suis-je le mieux placé pour me connaître moi-même ?
"Connais-toi toi-même" : après avoir rendu visite à l’oracle de Delphes au sanctuaire où la pythie répondait aux questions des visiteurs, Socrate remarqua cette inscription placée sur le fronton du temple de Delphes. Cette devise delphique, désormais attribuée à Socrate, n’était pas un encouragement à une connaissance psychologique de soi, mais un rappel à l’ordre. Elle avait pour but de remémorer aux individus qu’ils ne sont que des mortels, qu’ils doivent connaître leurs propres limites et qu’ils ne sont pas des dieux. Le "connais-toi" socratique est une recherche de l’universel dans le but d’atteindre une règle de sagesse.
La connaissance de soi-même est un art très peu connu qui est, si l’on en croit Socrate, très difficile à atteindre car, pour lui, se connaître soi-même est synonyme de sagesse. Or, nous avons un sentiment invincible de nous-mêmes que nous mettons rarement en doute. Pourtant, comment la connaissance du sujet est-elle possible étant donné que nous sommes en constante évolution dans le temps, que nous sommes dotés d’un devenir ? Quand nous disons "je pense à moi", nous sommes à la fois le sujet conscient et le sujet de notre conscience. Comment pouvons-nous alors avoir un jugement objectif sur la connaissance de soi ?
La connaissance de soi n’est donc pas une donnée immédiate de la conscience ; mais faut-il pour autant y renoncer ?
L’interrogation "suis-je le mieux placé" présuppose deux choses. Tout d’abord, même s’il est difficile de se connaître soi-même, nous nous connaissons certainement mieux que personne. Ensuite, il ne faut pas négliger la possibilité que nous ne serions pas seuls à nous connaître vraiment, qu’il peut y avoir d’autres places, en dehors de nous-mêmes, celles tenues par autrui. Les autres, en tant que conscience, ne pourraient-ils pas, eux aussi, avoir accès à ce que nous sommes et donc nous connaître aussi bien si ce n’est mieux que nous ?
Mais, entre notre point de vue sur nous-mêmes et celui d’autrui, lequel est le meilleur ?
Il y a certains philosophes qui imaginent que nous avons à tout moment "la conscience intime de ce que nous appelons notre moi" (Hume), que nous avons un sentiment invincible de la connaissance de nous-mêmes que nous ne mettons que rarement en doute.
Cependant, avoir un sentiment immédiat de notre être n’est pas, loin s’en faut, avoir une connaissance de soi-même. En effet, se connaître soi-même pose plusieurs problèmes.
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