Dire non, cela suffit-il à être libre ?

Corrigé fait par moi-même, la note obtenue est 15.

Dernière mise à jour : 16/03/2021 • Proposé par: blackburry (élève) •

Chaque homme, dès sa naissance, est libre, décide lui-même de ses actions. Mais cette liberté, bien qu’inaliénable, peut être réduite, voire même perdue pour une raison quelconque. L’homme doit donc être vigilant, et par ses actions et son comportement essayer de conserver le plus de liberté possible, sans pour autant entraver celle d’autrui.
Ainsi, le fait de dire non serait un moyen possible pour profiter pleinement de son indépendance. Être libre, est-ce dire non ? Le fait de refuser quelque chose constitue-t-il donc la condition unique de la liberté ?
Il semble que le refus constitue, dans un sens, une condition nécessaire à la liberté. Mais peut-on se contenter de renoncer à quelque chose pour rester maître de son existence ? Le refus ne représente-t-il pas que l’un des piliers de la liberté ?
De cette manière, la liberté ne peut pas reposer sur le seul fait de dire non. Il y aurait donc sans doute d’autres facteurs qui permettraient à l’être humain de disposer de sa liberté.
Cependant, tout en étant une des conditions indispensables au sentiment de la liberté, le refus ne peut-il pas entraver cette liberté ? N’est-il pas, dans certaines circonstances, un obstacle à cette-dernière ?

La liberté peut, dans un premier temps, se définir comme l’indépendance de la volonté. Dans ce cas, si on choisit de nier, rien ne peut la contraindre.
En refusant les obligations, l’homme n’accepte pas de se plier à la volonté de quelqu’un d’autre, il peut donc se sentir libre car il n’écoute que sa propre volonté. Par exemple, lors de le Révolution Française, le peuple s’est révolté contre un dirigeant trop autoritaire et un régime politique excluant toute liberté pour la plus grande partie de la population. En s’opposant à ce régime, les français ont pu retrouver une certaine liberté, même avec la création des lois.
Selon Montaigne, la liberté est de tout pouvoir sur soi. Ainsi, en disant non à ses passions, ses envies on peut être libre. Ne pas être aveuglé par ses passions, ne pas être conduits que par elles, nous donne la possibilité de réfléchir davantage à nos actions, donc se contrôler davantage, et acquérir ainsi une certaine liberté. Comme nos désirs ont tendance à étouffer notre volonté, elle n’aura en fin de compte plus de pouvoir et se contentera de suivre aveuglement les passions. Dès lors, elle ne sera plus indépendante, donc plus libre.

Le refus de l’engagement aussi, dans une certaine mesure, peut impliquer l’acquisition de la liberté. Si on ne fait pas d’engagements, on n’a pas à en respecter, donc on est libre d’agir comme on le désire, de déterminer notre existence comme on le souhaite. Par exemple, on peut choisir de refuser de se marier. Ainsi, on ne donne pas d’engagement et on n’est pas contraint de respecter les règles de la vie familiale et les responsabilités qu’elle implique. En somme, nous pouvons vivre notre propre vie tant qu’on n’est pas liés par un engagement de cette sorte. En vivant simplement en couple, on peut s’en aller si on le désire, sans conséquences impliquées par le mariage (comme la procédure de divorce, le partage des biens,..). Mais néanmoins, le fait de vivre en couple (sans s’engager officiellement) implique des engagements moraux, implicites (la fidélité,..), qui dans un sens entravent la liberté : on n’est plus complètement libre vis-à-vis de notre conscience. De cette façon, à moins d’être complètement irresponsable, on doit toujours respecter des engagements, soient-ils explicites ou sous-entendus car c’est indispensable, surtout pour la conscience d’un homme.
Enfin, on peut aussi renoncer à la vie en société au profit d’une liberté naturelle. En refusant de suivre un conditionnement par la société dans laquelle on vit, en évitant les pressions sociales, on s’affirme en tant qu’individus, au lieu d’adhérer passivement aux opinions et comportements de tout le monde. Mais, comme le dit Rousseau, l’homme ne peut pas être heureux à l’état de nature. Ainsi, sans le bonheur, la liberté n’aurait-elle pas perdu son sens, son intérêt puisqu’ici elle fait obstacle au bonheur, qui semble être le but ultime de l’existence d’un homme ? Dans ce cas, le refus ne sera pas l’unique condition de la liberté, d’autres facteurs seront nécessaires.
Le refus permet donc une certaine indépendance dans les actions, les jugements d’un homme ; il lui permet aussi de s’affirmer en tant qu’individu. Mais ce pouvoir de renoncer n’est-il pas limité ? Est-il la seule condition de la liberté ?

Le pouvoir de refus n’est donc pas suffisant pour être libre. En effet, la liberté nécessite non seulement de l’indépendance, mais surtout une autonomie.
Il est quasiment impossible de nier en permanence. A un certain moment, il faudra savoir choisir en fonction des situations, en s’adaptant aux circonstances. Le refus systématique conduit à une absence d’action car choisir est aussi agir. C’est-à-dire qu’en refusant tout en permanence on se réduit à une existence « molle », sans action puisqu’on ne choisit pas et on suit tout le temps le même chemin. Quelle serait donc ici l’utilité, le sens même de la liberté si on n’en profite pas ? Si on refuse notre liberté de choisir, à quoi nous sert-elle ?
La liberté nécessite aussi que la volonté ait sa loi, ses règles, c’est-à-dire qu’elle soit autonome. Être autonome signifie ici pouvoir exister par soi-même, pouvoir se déterminer par soi-même. L’indépendance ne suffit pas, car elle ne permet pas de subvenir à ses besoins par soi-même. La volonté doit donc pouvoir, grâce à ces propres règles, être autonome, avoir ses raisons valables d’agir ou de penser d’une façon ou d’une autre. Elle ne doit pas dépendre seulement de la négation, qui peut être une façon d’agir passagère et disparaître pour telle ou telle raison.
De même, on ne peut pas refuser de reconnaître la vérité car cela conduit à l’ignorance, voire même à l’indifférence. En effet, en négligeant la vérité, on fait abstraction de la réalité, ce qui conduit à l’aveuglement, voire même à l’illusion. Or, exister dans un monde illusoire est stupide et peut même être dangereux pour l’homme. De plus, en vivant dans l’illusion l’homme n’a plus besoin de sa vraie liberté, puisqu’il peut inventer sa condition et les circonstances de son existence.
Enfin, le pouvoir de dire non peut toujours être contré par un pouvoir physique ou hiérarchique supérieur. Ainsi, malgré notre désaccord, on peut-être contraint à quelque chose, même si on pense le contraire. Notre liberté peut être étouffée par quelqu’un possédant plus de pouvoir ou de force physique que nous, ainsi la liberté ne se limite pas au simple pouvoir de refus, il faut aussi tenir compte de notre force physique et de notre pouvoir en tant qu’individu. On retrouve cette situation dans le cas de l’esclave : il n’est sans doute pas heureux de sa condition, mais son maître a plus de pouvoir sur lui. Même si l’esclave décide de se rebeller et revendiquer sa liberté, il sera battu et « remis à sa place » par son maître, car il n’a pas suffisamment de pouvoir pour inverser le rapport de force.
On ne peut donc pas se contenter du seul refus, il doit être accompagné par d’autres facteurs pour aboutir à une vraie liberté, une liberté concrète. Le fait de toujours tout nier n’a donc aucune utilité, il peut même influer négativement sur notre liberté.

Par le refus de certaines choses, l’homme peut, volontairement ou involontairement, se priver de sa liberté.
En refusant les lois et l’autorité, l’homme refuse à la liberté. En tant que sujet, l’homme, en niant les lois, peut acquérir une certaine liberté, certes. Mais il est à la fois sujet et citoyen, donc c’est lui qui crée les règles et les lois, se fixe les démarches à suivre. Par conséquent, en refusant les lois qu’il a lui-même créées, l’individu refuse ses propres règles, donc il refuse sa propre liberté puisqu’on est libre en obéissant aux lois qu’on s’est nous-mêmes prescrites, en tant que souverain. En refusant l’autorité, l’individu se prive de la même manière de sa liberté car il fait partie de cette autorité, puisqu’il est citoyen et il participe, en votant, au choix d’une autorité qu’il s’engage à respecter.
De même, en refusant les contraintes qu’il s’est lui-même imposées, l’homme désobéit à soi-même et renonce, là encore, à sa liberté.
Enfin, quelqu’un qui refuserait de vivre en société serait considéré comme un marginal, donc le retour dans cette société lui serait refusé. De cette manière, il ne pourra plus être libre de ses actions car il ne pourra plus retourner en société, il sera contraint de vivre en dehors, donc on ne pourra plus parler de liberté.

Le fait de dire non est bien nécessaire à la liberté, mais il n’en est pas la seule condition, et peut même constituer un obstacle à cette liberté. Le problème abordé ici est le fondement de la liberté en général. Mais cette liberté, en tant que notion abstraite, a-t-elle des conditions clairement définies ? Ne représente-t-elle pas une combinaison de facteurs variables, changeant en fonction de différents facteurs tels que l’âge, le lieu de vie, la condition sociale… ?