philosophie • commentaire

Judith Butler, Trouble dans le genre : Féminisme et sujet de droit

Publié le : • Mis à jour le : • Proposé par : ilyana (élève)

Une copie de philosophie à la faculté qui a obtenu la note de 17/20.

Texte étudié

La question du « sujet » est décisive en politique, et pour la politique féministe en particulier, parce que les sujets de droit sont continûment produits par le biais de certaines pratiques d’exclusion qui ne se « voient » pas, une fois que la structure juridique du politique fait loi. En d’autres termes, la construction politique du sujet travaille à des fins précises de légitimation et d’exclusion. De plus, ces visées politiques se trouvent effectivement masquées et naturalisées par toute analyse politique qui les enracinerait dans les structures juridiques. Le pouvoir juridique « produit » incontestablement ce qu’il prétend simplement représenter ; c’est pourquoi la politique doit s’occuper de cette double fonction du pouvoir : juridique et productive. En effet, la loi produit l’idée d’« un sujet avant la loi », puis fait disparaître cette formation discursive avant de la convoquer à titre de prémisse fondatrice naturalisée pour légitimer en retour l’hégémonie régulatrice de cette même loi. Dès lors, il ne suffit plus de se demander comment les femmes pourraient mieux se faire représenter dans le langage et en politique. Encore faut-il que les analyses féministes cherchent à comprendre comment la catégorie « femmes » – le sujet du féminisme – est produite et contenue dans les structures du pouvoir, au moyen desquelles l’on s’efforce précisément de s’émanciper.

En fait, s’interroger sur les femmes en tant que sujet du féminisme fait surgir la possibilité qu’il n’y ait pas de sujet qui précède la « loi » dans l’attente de se faire représenter dans ou par la loi. Peut-être le sujet, tout comme l’invocation d’un « avant », est-il érigé par la loi en fondement fictif de sa propre visée à la légitimité. On pourrait voir dans le fameux postulat qui affirme l’unité ontologique du sujet avant la loi la trace contemporaine de l’hypothèse de l’état de nature, ce mythe fondateur inhérent aux structures juridiques du libéralisme classique. L’invocation d’un « avant » anhistorique est performative en faisant de ce dernier la prémisse fondatrice garante d’une ontologie présociale, celle de personnes consentant librement à être gouvernées et qui, de cette façon, scellent la légitimité du contrat social.

Mis à part les mythes fondateurs qui cimentent l’idée du sujet, il n’en reste pas moins que le féminisme bute sur le même problème politique chaque fois que le terme femmes est supposé dénoter une seule et même identité. Plutôt qu’un signifiant stable qui enjoint l’assentiment de celles qu’il prétend décrire et représenter, femmes, même au pluriel, est devenu un terme qui fait problème, un terrain de dispute, une source d’angoisse. Comme l’évoque le titre du livre de Denise Riley, Am I that Name ?, une telle question émerge précisément de la capacité du nom à déployer de multiples significations. « Être » une femme ne définit certainement pas tout un être ; le terme échoue à être exhaustif, non qu’il y aurait une « personne » encore sans genre qui transcende l’attirail distinctif du genre, mais parce que le genre n’est pas toujours constitué de façon cohérente ni conséquente dans des contextes historiques différents, et parce que le genre est partie prenante de dynamiques raciales, de classe, ethniques, sexuelles et régionales où se constituent discursivement les identités. Par conséquent, il devient impossible de dissocier « le genre » des interstices politiques et culturels où il est constamment produit et reproduit.

Judith Butler, Trouble dans le genre

Judith Butler expose dans son essai philosophique Gender Trouble publié en 1990 aux États-Unis, une critique des catégories « hommes » et « femmes » en défendant l’idée d’une performance du genre au sein de notre société. C’est sous le prisme d’une politique féministe anti-identitaire que plusieurs thèmes sont abordés au sein de son ouvrage et notamment celui de l’identité du sujet au sein de la politique et de ses structures juridiques. C’est dans notre extrait précisément que se joue une des idées principales de Butler à savoir le sujet comme étant la production de la loi. Cette idée présentée au sein de la première partie de son livre intitulé « Sujets de sexe/genre/désir » expose, confronte et questionne sur une diversité irréductible qui empêcherait de parler du sujet « féminin » en politique. Cette partie traite aussi de la question d’émancipation du sujet avec cette notion de construction et destruction des concepts de l’Etat sur le sujet et le genre. Or, selon Butler on ne peut concevoir le sujet s’il est soumis à une finalité normative qui se base sur le modèle de l’homme hétérosexuel.

Les sujets minoritaires sont alors cloitrés dans les fers de l’Etat et donc potentiellement exclut de la loi. La notion de liberté via l’émancipation du sujet est-elle donc condamnée à se soumettre aux idéaux d’une politique aux instructions présociales fictives ? Y a-t-il un moyen d’évaluer une ontologie du sujet hors des carcans étatiques ? Au sein de ce texte il est aussi question de relever tout l’enjeu du rapport homme-femme sous l’angle de la plus haute suprématie qu’est le gouvernement, puissance qui peine selon Judith Butler à prendre en compte toute la diversité et la pluralité du sujet au sein de la politique.

C’est dans ce contexte que l’on peut se poser la question suivante : en quoi cette volonté d’unité à travers le sujet et au sein des droits humains reflète une construction performative sociale biaisée par un genre idéalisé prédéfinit par l’Etat ? De la ligne 1 à 8 jusqu’à « juridique et productive », nous aborderons le problème d’obligation d’unité du sujet dans les structures de l’état où l’exclusion identitaire, puis de la ligne 8 jusqu’à « s’émanciper » ligne 14, nous analyserons le moyen que Butler propose pour penser le sujet via la combinaison du juridique et de la productivité pour pallier à un pseudo genre d’intelligibilité inculqué ; enfin de la ligne15 à 33 il s’agira d’évoquer une solution à savoir l’inversemen

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