Rousseau, Les Confessions - Livre II: Madame de Warens

Commentaire en deux parties :
I. Les éléments autobiographiques,
II. Les éléments romanesques

Dernière mise à jour : 16/03/2021 • Proposé par: bac-facile (élève)

Texte étudié

C'était le jour des Rameaux de l'année 1728. Je cours pour la suivre : je la vois, je l'atteins, je lui parle... Je dois me souvenir du lieu, je l'ai souvent depuis mouillé de mes larmes et couvert de mes baisers. Que ne puis-je entourer d'un balustre d'or cette heureuse place ! que n'y puis-je attirer les hommages de toute la terre ! Quiconque aime à honorer les monuments du salut des hommes n'en devrait approcher qu'à genoux.

C'était un passage derrière sa maison, entre un ruisseau à main droite qui la séparait du jardin et le mur de la cour à gauche, conduisant par une fausse porte à l'église des cordeliers. Prête à entrer dans cette porte, madame de Warens se retourne à ma voix. Que devins-je à cette vue ! Je m'étais figuré une vieille dévote bien rechignée ; la bonne dame de M. de Pontverre ne pouvait être autre chose à mon avis. Je vois un visage pétri de grâces, de beaux yeux bleus pleins de douceur, un teint éblouissant, le contour d'une gorge enchanteresse. Rien n'échappa au rapide coup d'oeil du jeune prosélyte ; car je devins à l'instant le sien, sûr qu'une religion prêchée par de tels missionnaires ne pouvait manquer de mener en paradis. Elle prend en souriant la lettre que je lui présente d'une main tremblante, l'ouvre, jette un coup d'œil sur celle de M. de Pontverre, revient à la mienne, qu'elle lit tout entière, et qu'elle eût relue encore si son laquais ne l'eût avertie qu'il était temps d'entrer. Eh ! mon enfant, me dit-elle d'un ton qui me fit tressaillir, vous voilà courant le pays bien jeune ; c'est dommage en vérité. Puis, sans attendre ma réponse, elle ajouta : Allez chez moi m'attendre ; dites qu'on vous donne à déjeuner ; après la messe j'irai causer avec vous.

Rousseau, Les Confessions - Livre II

Introduction

Rousseau n'a pas encore 16 ans. Il demande sa conversion au catholicisme à l'Abbé de Pontverre, qui l'envoie à Annecy, chez " Une bonne dame bien charitable " , elle-même récemment convertie.

Ce texte rapporte leur première rencontre : " Sur le chemin de l'église, un jour de Rameaux " .

Annonce du plan

Ce texte évoque les premiers sentiments entre Rousseau et Madame de Warens.

Il peut de plus impressionner le lecteur par un certain paradoxe. Il est à la fois autobiographique (souvenir de jeunesse), mais il est aussi très proche du roman. Ici peut naître une sorte de contradiction.

La problématique peut alors être " Quel est le genre qui se montre supérieur à l'autre ? "

On peut alors utiliser deux axes qui sont :
- les éléments autobiographiques,
- les éléments romanesques.

I. Les éléments autobiographiques

On remarque des le début de ce texte une notion datée, donc autobiographique, avec la première phrase : " C'était un jour de Rameaux de 1728 ". Il y a aussi les précision du lieu, avec les descriptions à l'imparfait, comme " c'était un passage . "

On voit aussi utilisation à outrance du pronom personnel " je ". On le dénombre 13 fois. C'est une opposition au classicisme qui s'est établie ici pour que l'auteur puisse parler de lui.

L'autobiographie est définie comme l'énumération des souvenirs de l'auteur. Or, on remarque ligne 4 l'expression " je dois me souvenir " , qui caractérise donc bien ici ce concept.

Il y a, en outre, des verbes de perceptions donc personnels, de pensée, comme ligne 17 et 13 le verbe voir. Ces deux verbes " voir " nous mettent à la place de Rousseau, et nous voyons le déroulement de ce moment de son existence.

Il y a la non-réciprocité apparente de la relation que Rousseau entretient personnellement avec Mme de Warens. C'est le jeu de la religion et de l'amour. Il en joue avec humour, lorsqu'il dit qu'il est " un jeune prosélyte, le sien ". Il est donc converti non à la religion, mais en Mme de Warens.

II. Les éléments romanesques

Le roman et par définition un récit imaginaire.

Ici, Jean-Jacques enjolive, brode et exagère; il utilise un style emphasique, dans les termes ligne 4 à ligne 9, puis ligne 17 à ligne 19. Jean-Jacques écrit ici avec lyrisme dans ce 1er passage. Il y a dans le deuxième passage une exagération telle

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