Stendhal, Le Rouge et le Noir - Livre I, chapitre 7: La perception de Julien par Mme de Rênal

Commentaire entièrement rédigé en trois parties.

Dernière mise à jour : 15/09/2021 • Proposé par: karinel (élève) •

Texte étudié

[Mme de Rênal] se figura que tous les hommes étaient comme son mari, M. Valenod et le sous-préfet Charcot de Maugiron. La grossièreté, et la plus brutale insensibilité à tout ce qui n’était pas intérêt d’argent, de préséance ou de croix ; la haine aveugle pour tout raisonnement qui les contrariait, lui parurent des choses naturelles à ce sexe, comme porter des bottes et un chapeau de feutre.

Après de longues années, Mme de Rênal n’était pas encore accoutumée à ces gens à argent au milieu desquels il fallait vivre.

De là le succès du petit paysan Julien. Elle trouva des jouissances douces, et toutes brillantes du charme de la nouveauté, dans la sympathie de cette âme noble et fière. Mme de Rênal lui eut bientôt pardonné son ignorance extrême qui était une grâce de plus, et la rudesse de ses façons qu’elle parvint à corriger. Elle trouva qu’il valait la peine de l’écouter, même quand on parlait des choses les plus communes, même quand il s’agissait d’un pauvre chien écrasé, comme il traversait la rue, par la charrette d’un paysan allant au trot. Le spectacle de cette douleur donnait son gros rire à son mari, tandis qu’elle voyait se contracter les beaux sourcils noirs et si bien arqués de Julien. La générosité, la noblesse d’âme, l’humanité lui semblèrent peu à peu n’exister que chez ce jeune abbé. Elle eut pour lui seul toute la sympathie et même l’admiration que ces vertus excitent chez les âmes bien nées.

À Paris, la position de Julien envers Mme de Rênal eût été bien vite simplifiée ; mais à Paris, l’amour est fils des romans. Le jeune précepteur et sa timide maîtresse auraient retrouvé dans trois ou quatre romans, et jusque dans les couplets du Gymnase, l’éclaircissement de leur position. Les romans leur auraient tracé le rôle à jouer, montré le modèle à imiter ; et ce modèle, tôt ou tard, et quoique sans nul plaisir, et peut-être en rechignant, la vanité eût forcé Julien à le suivre.

Dans une petite ville de l’Aveyron ou des Pyrénées, le moindre incident eût été rendu décisif par le feu du climat. Sous nos cieux plus sombres, un jeune homme pauvre, et qui n’est qu’ambitieux parce que la délicatesse de son cœur lui fait un besoin de quelques-unes des jouissances que donne l’argent, voit tous les jours une femme de trente ans, sincèrement sage, occupée de ses enfants, et qui ne prend nullement dans les romans des exemples de conduite. Tout va lentement, tout se fait peu à peu dans les provinces, il y a plus de naturel.

Stendhal, Le Rouge et le Noir - Livre I, chapitre 7

Le Rouge et Le noir, ou chronique de 1830 est un roman écrit au 19ème siècle par Stendhal. Le roman décrit le parcours et l’évolution sociale d’un jeune paysan ambitieux nommé Julien Sorel. C’est un jeune homme intelligent et brillant qui grâce au soutien de curé Chélan, va réussir à sortir du milieu de la scierie de son père, où il était maltraité. Il devient alors le précepteur des enfants de Mr de Rênal, maire de Verrière. C’est à ce moment-là qu’il rencontra Mme de Rênal, femme du maire, d’où en ressortira une liaison passionnelle entre les deux êtres. La trame du personnage de Julien et son parcours s’appuient sur des faits réels. En effet en 1827 a lieu le procès d’Antoine Berthet, qui par esprit de vengeance tira sur son ancienne maîtresse lors d’une messe. L’histoire de la vie d’Antoine Berthet va ainsi inspirer à Stendhal le personnage de Julien. Dans l’extrait que nous allons étudier, c’est le personnage de Mme de Rênal qui est mis en avant et sa vision de Julien. Ce passage dans le roman est intéressant car c’est un passage charnière du roman, où la passion amoureuse émerge du cœur de Mme de Rênal. Ainsi il serait intéressant de nous demander de quelles manières, au travers du regard de Mme de Rênal, la naissance de passion amoureuse est-elle mise en scène ? Il s’agira alors d’étudier les représentations de l’homme de Mme de Rênal et de voir que s’il est vrai que la vision de julien de Mme de Rênal s’inscrit dans un processus d’idéalisation répondant à une passion naissante, il n’en demeure pas moins que cette passion amoureuse ne peut prendre place que dans le milieu provincial.

I. Les représentations de l’homme de Mme de Rênal

Cet extrait du rouge et du noir permet de montrer les principaux intérêts des hommes sous la restauration selon la vision de Mme de Rênal. Les représentations de l’homme de Mme de Rênal se font au travers des hommes influents de sa société provinciale ; son mari, Mr Valenod et Mr Charcot de Maugiron. Elle dépeint les hommes comme elle se les « figure », c'est-à-dire comme des êtres insensibles et obsédés par l’ambition. Effectivement elle évolue dans un milieu où les hommes sont des « gens à argent », elle n’a d’autre vision des hommes que celle-ci. Elle décrit les hommes comme des gens ambitieux, à la recherche d’évolution sociale, ce qui est typique de ces milieux bourgeois provinciaux, en effet ce sont des êtres insensibles « [i]à tout ce qui n’était pas intérêt d’argent, de préséanc

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