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Peut-on se mettre à la place d'autrui ?

Corrigé de l'élève. Note obtenue 19 sur 20.

Dernière mise à jour : 16/03/2021 • Proposé par: ah1994 (élève) •

Analyse du sujet

Peut  : pouvoir : 1-possibilité, 2-légitimité, 3-puissance, force. -> Questions : Ai-je la possibilité, la capacité de changer de peau, me mettre à la place de l’autre ? Mais n’est-ce pas légitime moralement et socialement de tenter de comprendre cet autre ? Autrui n’a-t-il pas une puissance, un pouvoir de construction sur moi ?

On : Pronom impersonnel, intéressant dans le sujet : qui est ce on ? nous sommes certes différents et nos subjectivités sont étrangères les unes aux autres mais nous pouvons nous unifier dans un concept collectif, global. Le on c’est l’homme en général, en tant qu’espèce. Donc une signification, des caractéristiques communes, du semblable, du même qui nous rassemble-> on suppose donc qu’il y a des ponts entre les subjectivités, entre moi et cet autre qui me ressemble, qui est un autre moi-même.

Se mettre : Se placer dans un endroit donné, se transposer, transformer- se mettre une autre peau- faire une action de transmutation. Se mettre dans la peau de l’autre. Se déplacer hors de sa subjectivité pour se transporter dans l’objectivité, dans ce qui n’est pas moi mais qui est autre, différent, étranger. Est- ce possible ? Est-ce légitime ?

A la place de : être bien ou mal placé pour comprendre l’autre. Changer d’espace, de lieu, prendre celle de l’autre (suppose de penser comme lui, avec son histoire, son vécu, ses critères) Ai-je la possibilité de m’arracher de ma place, de la situation intime et de ma subjectivité pour me projeter dans l’autre ? suis-je bien placé pour comprendre l’autre ? n’est ce pas ma place d’homme, ma condition que de m’identifier à l’autre. Est-il le même ou l’autre de moi et dans ce cas suis-je ou non bien placé pour le comprendre ?

L’autre : Le différent, le distinct, ce qui n’est pas moi et donc radicalement étranger, étrange. L’autre c’est ce avec quoi je n’ai pas de prise familière, ce qui n’est pas moi. Mais l’autre n’est-il pas un alter ego ? un autre moi avec qui je partage des fonctionnements, des préoccupations, que je peux ou qui peut me remplacer ? La coexistence nécessaire avec autre qui est différent, c’est à dire non identique mais qui est mon semblable, avec qui je partage un monde, une société, une condition.
(10 min) Problématique : Ou bien je suis dans l’impossibilité de me mettre dans la peau de l’autre, je n’en suis pas capable car englué dans ma subjectivité et radicalement étranger à ce qui n’est pas moi ou bien il y a une légitimité morale et sociale à comprendre l’autre en tant qu’il est mon semblable et que je partage son monde, ce on qui nous réunit et nous construit réciproquement les uns par rapport aux autres?

Axes du plan :
Et en effet, l’essence de ma subjectivité, située en elle-même n’est-elle pas incompatible avec la capacité de me transposer dans ce qui n’est pas moi, ce qui est extérieur et fondamentalement étranger ?
Mais toutefois, n’y a t’il pas une légitimité morale et une nécessité sociale à donner un sens au comportement de l’autre et à me décentrer de mon égo pour assurer le vivre ensemble avec mes semblables ?
Dés lors, puisque nous sommes jetés dans un monde parmi ces autres qui nous ressemblent, l’intersubjectivité n’a t’elle pas un pouvoir puissant, la force de me mettre à ma place ?

Partie I

 

Incapacité de la conscience à s’arracher d’elle-même pour se transposer dans l’autre : (Les éléments connus des élèves sont suffisants pour construire la première partie.)
Essence de la conscience : subjective, à sa place, seul lucarne sur le monde, je me découvre comme radicalement étranger, dans ma distinction absolue avec ce qui n’est pas moi. (ex : le cogito de Descartes).
Les autres sont distincts de moi, ils font partie du monde objectif, sont extérieurs, ils peuvent être l’objet d’hallucinations (ex : des ressorts sous des chapeaux).
Je me trouve en me distinguant : englué dans ma subjectivité, dans mon vécu mon histoire, je ne peux me transposer dans l’autre, me mettre dans sa peau puisqu’il est radicalement autre ; extérieur, c’est un autre point de vue sur le monde auquel je suis fondamentalement étranger.
Incapacité de changer de forme, de me transmuter dans une altérité. Sinon un risque : la perte de soi, la dissolution de la subjectivité dans l’objectivité, dans l’altérité, dans l’inessentialité. (ex : la fascination, je veux me perdre dans l’autre, perdre ma peau ; muer dans l’autre mais je m’oublie et me perd moi-même, je ne suis alors plus moi-même mais je deviens cet autre, je ne me mets donc pas à la place de l’autre, je suis cet autre, en somme je ne suis plus : ex : figure de la lutte à mort - Hegel).

Ccl1 : L’essence de la subjectivité n’a pas la possibilité ici la capacité de s’arracher d’elle-même pour s’habiller de la peau de l’autre. Si elle y parvient, c’est une possibilité quasi pathologique, car la condition pour se mettre à la place de l’autre, c’est de s’oublier soi. Impasse : je ne peux ontologiquement me mettre à la place de l’autre sans ne plus être.
Transition : Toutefois, si je ne peux me mettre à la place de l’autre, entendu comme un changement ontologique de forme, de peau, n’y a t‘il pas une possibilité légitime à tenter de se mettre à la place de l’autre, c'est-à-dire de le comprendre ? en effet, bien que conscience individuelle je suis toujours déjà jeté dans un monde parmi les autres, n’est-ce pas un devoir une nécessité que de jeter un pont entre soi et l’autre pour construire le vivre-ensemble ?

Partie II 

Une légitimité morale et une nécessité sociale de se mettre à la place de l’autre.

Un paradoxe : une conscience monadique, individuelle et engluée à l’intérieur d’elle-même mais toujours déjà jetée dans un monde, elle n’’est pas isolée mais entourée des autres. Le autres m’entourent, me jugent. Dans les conditions concrètes de l’existence, j’entretiens des relations permanentes avec l’autre (familiales, amoureuses, amicales, professionnelles, sociales...) l’autre n’est donc pas radicalement absurde pour moi, mon rapport à lui ne réside pas dans une impossibilité irréductible.
Le découverte du je ne marque pas l’impossibilité de la rencontre de l’autre (au contraire), il m’assure de moi-même et dans le même temps de la présence, de l’existence de l’autre en tant qu’il me ressemble (cf. : texte de Sartre étudié en classe : « par le je pense […] ; nous nous atteignons nous-mêmes en face de l’autre, et l’autre est aussi certain pour nous que nous-mêmes »).
La subsistance dans le  « je » est la condition de possibilité de la rencontre réelle avec l’autre. Je ne me transforme pas en lui, c'est-à-dire que je ne mue pas de moi vers l’autre mais construis un pont entre lui et moi. Ce rapport est possible car nous partageons, des caractéristiques, ce « on » générique, il est un autre mais comme moi-même, une subjectivité en face de moi avec qui je partage un monde mais aussi une structure de subjectivité libre. En, somme quoi qu’il soit différent, il est aussi mon semblable, mon alter ego.
Je partage avec lui une condition humaine (cf. : l’existentialisme est un humanisme- Sartre). Nous partageons « ensemble des limites a priori qui esquissent notre situation dans l’univers. ». En tant qu’autre moi-même ; autre sujet en face de moi ; l’autre n’est pas un objet mais bien un sujet. Il est une personne digne du même respect auquel je m’attends pour moi-même. Il y a donc une capacité sociale qui est nécessaire, celle de partager avec l’autre ma condition. Une légitimité morale à comprendre, c’est à dire à donner un sens au comportement de l’autre. Ne pas se focaliser sur le différent, ce qui nous distingue mais bien retrouver les raisons qui poussent tout sujet libre et raisonnable à agir. Sortir du je marque donc la possibilité de retrouver le « on », le semblable et s’arracher de l’étrangeté du différent. Cette empathie, comme capacité à se mettra à la place de l’autre est une nécessité légitime, un devoir pour coexister avec ce colocataire toujours déjà là avec qui je dois cohabiter au mieux à toutes les échelles de mon monde.
(ex : l’empathie en ethnologie : se mettre à la place de l’autre (tolérance, dépassement de la xénophobie, compréhension de l’autre en tant qu’il partage ma condition d’être raisonnable et libre.)

Ccl 2: L’autre est un autre moi-même avec qui je coexiste, cohabite, avec qui je partage des points communs et un même mode d’être, la conscience raisonnable. Donc il est légitime de se forcer à se mettre à la place de l’autre, de le comprendre, de donner un sens rationnel à son comportement. Je peux rester moi tout en jetant un pont entre moi et l’autre qui me ressemble et que j’ai le devoir de respecter comme sujet libre.

Transition : Si l’homme est toujours jeté dans un monde avec l’autre et qu’il entretient avec lui une relation permanente alors on peut se demander s’il peut même s’en passer. L’autre en tant que participant de mon monde, du on de mon espèce humaine n’a-t-il pas un pouvoir sur moi et la place que je prends dans ce monde en tant que singularité subjective en interaction permanente avec d’autres subjectivités. L’autre n’a-t-il pas le pouvoir de me mettre à ma place ?

Partie III 

L’autre, cette force qui me met à ma place

Pouvoir force de l’autre dans la construction intersubjective, l’autre me met à ma place. En effet l’autre est la condition de possibilité de la place que je peux prendre dans l’existence.
L’homme est un être d’acquisition, d’apprentissage. Il apprend donc des savoirs faire, des comportements mais aussi tout le reste : langage, culture..s’il doit apprendre, il a besoin d’un autre qui sait pour le faire. (ex : mimétisme, comparaison..l’autre sait danser jouer du piano, je le regarde, l’imite, l’écoute et refait ses gestes..Pour devenir danseur, je dois donc apprendre à faire comme le maitre, à recopier et imiter ses gestes pour acquérir peu à peu la grâce et le juste mouvement.) Je dois donc d’abord me mettre à la place de l’autre, faire comme cet autre pour devenir ce que je veux être. Paradoxalement c’est donc en imitant l’autre en me mettant à sa place que je me construis et que je trouve ma place, que j’étoffe la densité de mon essence.
Si nous sommes entourés de ces autres qui nous éduquent nous apprennent nous fascinent nous dégoutent..bref si l’autre est omniprésent en face de moi c’est qu’il joue un rôle prépondérant pour moi. Je ne suis jamais isolé mais entouré des autres et de leurs jugements. Dés lors que devient le danseur s’il ne danse qu ‘enfermé dans son intimité, sera-t-il assuré de bien danser, d’être à la bonne place..si personne n’est là pour lui renvoyer une image, un retour, un jugement en somme une reconnaissance ?. Il ne sera bon danseur que pour un autre qui le reconnaitra comme tel, il trouvera sa place dans le rapport à l’autre
-cf : texte : figure de la maitrise et de la servitude : Hegel. Le maitre n’est maitre que parce qu’il est reconnu par l’esclave. La reconnaissance de l’autre est donc la condition de possibilité de la place que je peux m’attribuer. Parce que la place de l’autre m’est fondamentale, il a la force, le pouvoir de me mettre à ma place. (ex : Robinson et vendredi ; leur humanité réciproque n’est possible que par leur relation.)

Ccl3 : L’autre participe de la construction de ma place. Parce que je me mets à sa place par mimétisme permanent et que je joue des rôles empruntés aux autres (ex : garçon de café- Sartre). Par son regard et la reconnaissance indispensable dont j’ai besoin pour m’assurer de ma place, il a le pouvoir, la force de participer fondamentalement à la place qui est celle de ma subjectivité en tant que je me distingue de la sienne.

Conclusion

Ontologiquement la conscience ne peut se départir d’elle-même sans se perdre, au sens propre il est donc impossible de se mettre à la place de l’autre.
Toutefois, je peux me mettre à la place de l’autre sans m’arracher pathologiquement à moi même. Sur le plan moral ; il y a une légitimité à comprendre l’autre, à faire preuve d’empathie. En effet cet autre est celui qui est un autre que moi certes mais surtout un autre moi-même, mon semblable. Il y a donc une nécessité sociale à la rencontre intersubjective : le vivre- ensemble.
Mais dés lors on a compris que l’autre bien loin d’être cet étranger que je ne peux atteindre est bien plutôt celui qui participe de ma construction et dont la reconnaissance m’est indispensable pour participer à ce « on » de la condition humaine et donc me mettre à ma juste place.
Néanmoins se mettre à la place de l’autre reste un chemin à choisir sans cesse pour mieux cohabiter avec mes semblables, ne pas percevoir que le différent et l’étrange qui le caractérise mais bien s’efforcer sans cesse d’apercevoir ce que nous partageons.