Diderot, Le neveu de Rameau - Fin de l'oeuvre

Etude d'un élève qui répond à la question: "quelle est la vision donnée par ce texte ?".

Dernière mise à jour : 16/03/2021 • Proposé par: Butterfly14 (élève)

Texte étudié

Puis il se met à sourire, à contrefaire l'homme admirateur, l'homme suppliant, l'homme complaisant; il a le pied droit en avant, le gauche en arrière, le dos courbé, la tête relevée, le regard comme attaché sur d'autres yeux, la bouche entrouverte, les bras portés vers quelque objet; il attend un ordre, il le reçoit;
il part comme un trait; il revient, il est exécuté; il en rend compte. Il est attentif à tout; il ramasse ce qui tombe; il place un oreiller ou un tabouret sous des pieds; il tient une soucoupe, il approche une chaise, il ouvre une porte; il ferme une fenêtre; il tire des rideaux; il observe le maître et la maîtresse; il est
immobile, les bras pendants; les jambes parallèles; il écoute; il cherche à lire sur des visages; et il ajoute: Voilà ma pantomime, à peu près la même que celle des flatteurs, des courtisans, des
valets et des gueux.

Les folies de cet homme, les contes de l'abbé Galiani, les extravagances de Rabelais, m'ont quelquefois fait rêver profondément. Ce sont trois magasins où je me suis pourvu de masques ridicules que je place sur le visage des plus graves personnages; et je vois Pantalon dans un prélat, un satyre dans un
président, un pourceau dans un cénobite, une autruche dans un ministre, une oie dans son premier commis.

MOI. -- Mais à votre compte, dis-je à mon homme, il y a bien des gueux dans ce monde-ci; et je ne connais personne qui ne sache quelques pas de votre danse.

LUI. -- Vous avez raison. Il n'y a dans tout un royaume qu'un homme qui marche. C'est le souverain. Tout le reste prend des positions.

MOI. -- Le souverain? encore y a-t-il quelque chose à dire? Et croyez-vous qu'il ne se trouve pas, de temps en temps, à côté de lui, un petit pied, un petit chignon, un petit nez qui lui fasse faire un peu de la pantomime? Quiconque a besoin d'un autre, est indigent et prend une position. Le roi prend une position devant sa maîtresse et devant Dieu; il fait son pas de pantomime. Le ministre fait le pas de courtisan, de flatteur, de valet ou de gueux devant son roi. La foule des ambitieux danse vos positions,
en cent manières plus viles les unes que les autres, devant le ministre. L'abbé de condition en rabat, et en manteau long, au moins une fois la semaine, devant le dépositaire de la feuille des bénéfices. Ma foi, ce que vous appelez la pantomime des gueux, est le grand branle de la terre. Chacun a sa petite Hus et son Bertin.

Diderot, Le neveu de Rameau - Fin de l'oeuvre

L’extrait dont je vais vous parler s’intitule Le Neveu de Rameau de l’auteur Denis Diderot. On estime que Diderot, grand écrivain et philosophe français, a rédigé cette œuvre entre 1762 et 1773 mais que le roman n’est paru officiellement en français qu’en 1891. Si l’auteur n’a pas publié son œuvre c’est probablement pour deux raisons. Diderot cite des ennemis du parti philosophique qu’il tourne en dérision. Il pensait que cette œuvre était peu conventionnelle, trop hors de son temps et ne voulait la confier qu’à la prospérité. De plus la censure très forte à cette époque et les risques qu’il courait l’ont amené à une plus grande vigilance. Cet ouvrage inclus des personnages issus de la réalité et doit son titre au neveu du célèbre compositeur Jean-Philippe Rameau. Le thème abordé dans cet extrait est le théâtre social mis en scène par Lui incarnant le Neveu et Moi représentant un philosophe qui peut être Diderot. Dans cet extrait Lui dévoile à Moi ses talents de mime.

Après lecture de ce passage, nous pouvons nous demander quelle image de la société est donnée par ce texte. Je vais tenter d’y répondre en vous présentant dans un premier temps la façon dont l’auteur traduit l’image de la société à travers l’art de la pantomime puis dans un second temps le dialogue de la critique.

L’art de la pantomime

L’observation des autres

Par définition la pantomime est l’art d’exprimer des sentiments, des idées par des gestes sans avoir recours à la parole. Dans ce texte, elle se révèle remarquable tout d’abord par la qualité de son observation. Pouvoir singer (moquer) différents métiers et différentes attitudes suppose en effet d’avoir intégré en quelques instants les traits caractéristiques et même caricaturaux, qui les rendent uniques. Le premier paragraphe indique les postures, attitudes mais aussi le poste occupé par Lui pour ses études de caractères à l’aide de verbes de mouvements et tout cela en deux seules longues phrases rythmées par la ponctuation sans un mot de liaison.
Il s’appuie dans un premier temps sur des types puisque son imitation vise « l’homme admirateur, l’homme suppliant, l’homme complaisant » (que l’on retrouve aux lignes 1-2) ou brocarde (charrie) « des flatteurs, des courtisans, des valets et des gueux » (à la ligne 10-11 et 28). Il les reprend ainsi dans leur attitude générale, les distingue par des traits (manière de faire et de bouger) mais ne les définit pas dans leur personnalité c’est-à-dire leur esprit et c

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