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La Fontaine, Les Fables - La jeune veuve

Dernière mise à jour : 16/03/2021
Proposé par: zetud (élève)

Description du corrigé: Analyse d'une élève sur le réalisme des personnage, du récit et enfin sur le caractère burlesque du passage.

Texte étudié:

La perte d'un époux ne va point sans soupirs;
On fait beaucoup de bruit ; et puis on se console :
Sur les ailes du Temps la tristesse s'envole,
Le Temps ramène les plaisirs.
Entre la veuve d'une année
Et la veuve d'une journée
La différence est grande ; on ne croirait jamais
Que ce fût la même personne :
L'une fait fuir les gens, et l'autre a mille attraits.
Aux soupirs vrais ou faux celle-là s'abandonne
C'est toujours même note et pareil entretien ;
On dit qu'on est inconsolable ;
On le dit, mais il n'en est rien,
Comme on verra par cette fable,
Ou plutôt par la vérité.

L'époux d'une jeune beauté
Partait pour l'autre monde. A ses côtés, sa femme
Lui criait : « Attends-moi, je te suis; et mon âme,
Aussi bien que la tienne, est prête à s'envoler. »
Le mari fait seul le voyage.
La belle avait un père, homme prudent et sage;
Il laissa le torrent couler.
A la fin, pour la consoler :
«Ma fille, lui dit-il, c'est trop verser de larmes :
Qu'a besoin le défunt que vous noyiez vos charmes ?
Puisqu'il est des vivants, ne songez plus aux morts.
Je ne dis pas que tout à l'heure
Une condition meilleure
Change en des noces ces transports;
Mais, après certain temps, souffrez qu'on vous propose
Un époux beau, bien fait, jeune, et tout autre chose
Que le défunt. - Ah! dit-elle aussitôt,
Un cloître est l'époux qu'il me faut.»
Le père lui laissa digérer sa disgrâce.
Un mois de la sorte se passe ;
L'autre mois, on l'emploie à changer tous les jours
Quelque chose à l'habit, au linge, à la coiffure :
Le deuil enfin sert de parure,
En attendant d'autres atours;
Toute la bande des Amours
Revient au colombier ; les jeux, les ris , la danse,
Ont aussi leur tour à la fin :
On se plonge soir et matin
Dans la fontaine de Jouvence.
Le père ne craint plus ce défunt tant chéri;
Mais comme il ne parlait de rien à notre belle :
«Où donc est le jeune mari
Que vous m'avez promis?» dit-elle.

La Fontaine, Les Fables - La jeune veuve

L’analyse que nous allons maintenant développer porte sur une fable de Jean De La Fontaine, La Jeune Veuve. La Fontaine s’est inspiré d’une fable D’Abstemius (D’une femme pleurant son mari) et d’une autre de Haudent (d’un nouveau mari et de sa femme.) Cette fable fait partie du premier recueil publié en 1668 et sa place n’est pas anodine car cette fable se situe à la fin du sixième livre et donc du recueil avant l’Épilogue au cours duquel La Fontaine exprime son souhait d’arrêter pour que ne garder que le meilleur. De plus il indique dans la préface que le choix et la place de ses fables ne sont pas anodins. Cela indique déjà que La Jeune Veuve à une certaine particularité. Au cours de cette analyse, nous allons dans un premier temps étudier le réalisme du cadre puis des personnages, puis dans un second temps, nous analyserons la fantaisie du récit qui est en relation avec la dernière partie qui se basera sur le burlesque des effets.

Un élément essentiel de la littérature est le réalisme, il permet de mieux ancrer l’œuvre dans la réalité et donner l’illusion du réel car tout cela ne reste bien sur que fiction, ainsi, l’œuvre devient plus crédible et le lecteur, une fois ancré dans le récit peut plus facilement croire à l’histoire. Le réalisme est généralement crée par deux facteurs : le réalisme du cadre c’est à dire les repères spatiaux temporels et l’atmosphère qui coïncide avec les évènements du récit. Le second facteur de réalisme est le réalisme des personnages qui peut permettre de s’identifier aux personnages.

Dans La Jeune Veuve, Jean de la Fontaine, fidèle a cette pratique, essaie d’installer son lecteur dans un cadre réaliste. La Fontaine nous expose les traits principaux de la fable, dans ce que nous pourrions appeler un prologue ou une introduction. Celle ou celui ci est une rareté dans les Fables de La Fontaine de part sa longueur et la richesse que celle ci dévoile. Nous voyons donc qu’en quatre vers, La Fontaine nous a ancré dans le réel en nous dévoilant les traits principaux de la fable, c’est à dire le fil directeur du récit, de plus ce prologue nous amène directement dans l’atmosphère du récit avec les champs lexicaux principaux comme celui de ‘La tristesse’ et ‘bonheur’. Le style de La Fontaine est une fois au service du réalisme, en effet, l’utilisation répète du pronom personnel « on » permet de donner à cette action ( le récit de la Jeune Veuve) une notion d’universalité à cette époque et cela est encore mis en évidence par l’utilisation très significative de l’adverbe « toujours ». Plus parlant encore, La Fontaine écrit lors de la dernière phrase de l’introduction :

« Comme on verra par cette fable.
Ou plutôt par la vérité. »

Cette opposition si forte était très fréquente entre fiction et réalité, dans ce cas, la « vérité » est mise à la fin du prologue et ainsi La Fontaine ancre son lecteur non dans une fiction mais dans une histoire crédible. Le cadre temporel est présent dans tout le récit mais peu divulgué. La Fontaine fait quelques références a ce cadre dans le prologue premièrement avec la métaphore « Sur les ailes du Temps la tristesse s’envole » est fort réaliste : comme l’a dit Voltaire dans Les Deux consolés « Trois mois après il se revirent, et furent étonnés de se retrouver d ‘une humeur très-gai. Ils firent ériger une belle statue au Temps, avec cette inscription : A CELUI QUI CONSOLE. » cette idée du temps ‘réparateur’ est présent a la ligne temps « Mais après un certain temps (…) ». Le cadre temporel est donc présent. Le cadre spatial est lui non plus pas fortement développe, il n’y a que quelques références qui elles aussi apportent un peu plus de réalisme premièrement, il y a une sorte de scène habituelle du mari mourrant et de sa femme le pleurant « à ses cotés » et La Fontaine a ajouté le lieu du couvent qui était très fréquemment le lieu de retrait des jeunes veuves a cette époque.

Nous venons de voir que La Fontaine a installé le lecteur dans sa fable de part le réalisme, il est maintenant intéressant de voir comment il en a fait de même avec les personnages car comme nous l’avons vu, le réalisme des personnages amène aussi le réalisme de l’œuvre.

Premièrement, seulement deux personnages sont présents dans cette fable, le père et la jeune veuve en question. La première « apparition » de la jeune veuve se trouve après le prologue et elle pleure aux cotés de son mari décédé, la présence de pronoms possessifs montre bien les rapports familiaux existants entre la fille et le père et rapports conjugaux entre la veuve et son ancien mari.. Ces rapports montrent que ses personnages sont plus que de simples figurants et cela montre déjà le réel. D’autres éléments tirent les personnages du coté du réel : nous voyons bien que la jeune ne masque pas ses sentiments face au destin qui s’abat sur elle. En effet, sa passion est forte, elle continue de parler à son mari, elle propose de le rejoindre dans l’autre monde. Cette émotion est en accord complet avec l’atmosphère de tristesse qui règne ce qui montre le réalisme de son personnage. Son père a quand a lui une psychologie tranquille et fait preuve de sagesse et de raison, nous voyons bien que La Fontaine rend le personnage du père comme l’auteur l’a décrit, « Il laissa le torrent couler », cela démontre qu’il est bel et bien prudent, patient ensuite, nous remarquons ensuite que son discours est juste et raisonnable ce qui montre sa sagesse, La fontaine a fait porter au père un discours argumenté avec une question rhétorique et une approche du sujet en finesse tout cela dans un langage très beau. Cette façon de faire parler le père de la sorte, de cette façon si rhétorique coïncide avec la description que La Fontaine a faite de lui et cela, une fois de plus montre le réalisme de son personnage. La réponse de la jeune veuve à la proposition de son père est-elle aussi significative de part sa spontanéité mis en évidence par l’utilisation de l’adverbe « Aussitôt » ce qui montre que sa réaction est dépourvue réflexion et cela est du au fait que la jeune veuve est sous l’émotion et sous la passion de la mort de son mari et elle est horrifiée par la proposition de son père.

Il est donc certain que Jean de La Fontaine a voulu nous faire parvenir une impression du réel de sa fable afin de mieux nous ancrer dans son récit et de donner de la crédibilité a cette fable. La Fontaine a fortement bien fait cela et on se demande si ce n’est pas la perfection qu’a ici obtenu La Fontaine. Il serait maintenant intéressant d’étudier quelque peu à la fantaisie du texte dans un premier temps et ensuite au burlesque des effets. En effet, la fable possède certaines particularités intéressantes à étudier, ce que nous ferons dans la partie qui suit.

Commençons donc par la fantaisie du récit, ce texte ne nous laisse pas sans réaction, cela est sur, il est d’un coté comique, choquant, en général, c’est une fable très riche. Comme l’a dit Chamfort, cette fable est plutôt « une pièce de vers charmante » avec un prologue « plein de finesse, de naturel et de grâce », l’originalité de cette fable peut être considère comme une des premières fantaisies de ce récit. L’histoire est aussi selon moi fort fantaisiste sur plusieurs point de vu, premièrement, le contraste entre l’émotion si forte de la mort du mari de la jeune veuve au point de vouloir suivre l’âme de son mari dans l’autre monde et le fait qu’elle ne fasse rien et reste passif. Cela montre le non-respect des paroles de la jeune veuve. Ensuite le second contraste fantaisiste est celui entre la volonté de « prendre pour époux » un cloître et l’insolence de la question finale « Où donc est le jeune mari / Que vous m’aviez promis ? dit elle ». Cela est d’autant plus important que le stoïcisme de la jeune veuve avec sa volonté de mourir pour suivre son époux dans l’autre monde, avec sa volonté de se repentir pour être plus près de ce qu’elle aime et pour vivre une vie spirituelle, ce stoïcisme est mis en contraste avec l’epicure de cette même jeune veuve qui veut retrouver les plaisirs de la vie et ne plus rester dans le stoïcisme. Cela montre bien la fragilité des sentiments féminins qui par l’émotion font des avances trop conséquentes et qui ne peuvent pas le respecter simplement parce que le bonheur, la jouissance de la vie est plus grande que le repentir.

La fantaisie est bel et bien présente dans le texte et maintenant, nous nous attaquerons, pour finir notre étude au burlesque des effets, c’est à dire les moyens stylistiques pour mettre en valeur le burlesque de la pièce, le burlesque peut être rapproché, par son sens, de la fantaisie du récit que nous avons étudié précédemment.

Nous allons voir que le style est fort bien utilisé par Jean De La Fontaine pour illustrer le burlesque. Dans le prologue, son style est bien visible, La Fontaine utilise de nombreux contrastes très forts pour mettre en valeur le burlesque. Du vers 5 a 9, la veuve d’une année est mise en contraste avec la veuve d’une journée, en effet, la différence est si grande entre ces deux veuves et si incroyable que ceci appartient au burlesque. Le vers 9 est encore plus significatif : en un seul vers est mis en contraste ces deux différentes veuves et deux idées très opposées sont utilisées, l’attraction et répulsion, l’absurde est encore une fois mise en évidence par ce contraste. Le style de la fontaine est aussi exprimé juste après le prologue avec les changements de rythme : la coupure entre les plaintes de la jeune veuve dans un rythme lent (vers 17 à 19) et la simple phrase « Le mari fait seul le voyage. » dans un rythme quant à lui extrêmement rapide montre bien le comique sur le fait que la femme n’a pas tenu ses engagements et qu’elle ne pense qu’a son bonheur. À certain moment de la fable, il peut y avoir plusieurs interprétation qui entraîne une situation de comique : au vers 32, on pourrait interpréter ce Ah ! soit par le sens de colère ou de joyeuse surprise. En observant la progression vers le retour au bonheur de la jeune veuve qui est fait de finesse, l’énumération des bonheurs retrouvés et la métaphore de la fontaine de Jouvence rendent la situation comique alors que le deuil sert encore de parure. Cette progression est d’autant plus burlesque que la fin est d’un brusque incroyable car c’est la veuve qui redemande un époux. Tout cela rend une fois de plus le burlesque de la pièce.

Nous arrivons à la fin de notre étude, cette fable de La Fontaine est si unique, cette fable parait réaliste de part son cadre et le réalisme de ses personnages comme nous l’avons vu au cours de cette étude. De plus, cette fable est fantaisiste au niveau du récit et son style met en avant le burlesque. La Jeune Veuve cette dernière fable du premier recueil de La Fontaine est un objet de plaisir a étudier, ce fut le cas pour moi. Comme Chambort l’a déjà dit, La Jeune Veuve« C’est la perfection d’un poète sévère avec la grâce d’un poète néglige ». Quoi d’autre à dire à cela ?

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