Molière, L'avare - acte IV, scène 7

Fiche analytique en deux parties.

Dernière mise à jour : 16/03/2021 • Proposé par: zetud (élève) •

Texte étudié

- Harpagon -

(criant au voleur dès le jardin, et venant sans chapeau.)

Au voleur ! au voleur ! à l'assassin ! au meurtrier ! Justice, juste ciel ! Je suis perdu, je suis assassiné ; on m'a coupé la gorge : on m'a dérobé mon argent. Qui peut-ce être ? Qu'est-il devenu ? Où est-il ? Où se cache-t-il ? Que ferai-je pour le trouver ? Où courir ? Où ne pas courir ? N'est-il point là ? n'est-il point ici ? Qui est-ce ? Arrête.

(À lui-même, se prenant par le bras.)

Rends-moi mon argent, coquin... Ah ! c'est moi ! Mon esprit est troublé, et j'ignore où je suis, qui je suis, et ce que je fais. Hélas ! mon pauvre argent ! mon pauvre argent ! mon cher ami ! on m'a privé de toi ; et puisque tu m'es enlevé, j'ai perdu mon support, ma consolation, ma joie : tout est fini pour moi, et je n'ai plus que faire au monde. Sans toi, il m'est impossible de vivre. C'en est fait ; je n'en puis plus ; je me meurs ; je suis mort ; je suis enterré. N'y a-t-il personne qui veuille me ressusciter, en me rendant mon cher argent, ou en m'apprenant qui l'a pris. Euh ! que dites-vous ? Ce n'est personne. Il faut, qui que ce soit qui ait fait le coup, qu'avec beaucoup de soin on ait épié l'heure ; et l'on a choisi justement le temps que je parlais à mon traître de fils. Sortons. Je veux aller quérir la justice, et faire donner la question à toute ma maison ; à servantes, à valets, à fils, à fille, et à moi aussi. Que de gens assemblés ! Je ne jette mes regards sur personne qui ne me donne des soupçons, et tout me semble mon voleur. Hé ! de quoi est-ce qu'on parle là ? de celui qui m'a dérobé ? Quel bruit fait-on là-haut ? Est-ce mon voleur qui y est ? De grâce, si l'on sait des nouvelles de mon voleur, je supplie que l'on m'en dise. N'est-il point caché là parmi vous ? Ils me regardent tous, et se mettent à rire. Vous verrez qu'ils ont part, sans doute, au vol que l'on m'a fait. Allons, vite, des commissaires, des archers, des prévôts, des juges, des gênes, des potences, et des bourreaux ! Je veux faire pendre tout le monde ; et si je ne retrouve mon argent, je me pendrai moi-même après.

Molière, L'avare - acte IV, scène 7

Né a paris le 15 janvier 1622, Molière, de son vrai nom jean baptiste Poquelin, fait le preuve d'une parfaite maitrise de l'écriture théâtrale avec l'Avare publié en 1669. bien que Molière soit l'un des plus grands dramaturges du XVIII siècle, il est également l'auteur de comédies; l'Avare en est une qui est structurée de cinq actes et qui est écrite en prose.
Dans cette comédie, le héros, Harpagon, vient de se faire voler sa cassette qu'il avait enterrée dans son jardin. Molière a décrit, dans cette tirade, l'égarement du personnage ainsi que la violence du lexique et des réactions. Ces deux descriptions forment les deux grands axes autour desquels s'articule ce texte.

La tirade comporte une succession de phrases interrogatives comme (ligne 3 à 5) « qui peut-ce être? Qu'est-il devenu? Où est-il? » ces interrogations renforcent l'idée d'égarement du héros. Harpagon est perdu, il ne sait que faire et le dit lui-même: (ligne 7) « mon esprit est troublé et j'ignore où je suis et ce que je fais ». ce fourvoiement est principalement psychologique. Au delà de ne plus savoir qui il est vraiment, Harpagon identifie son argent à un être humain: (ligne 8) « mon pauvre argent » et « mon cher ami ». la personnification montre que l'argent a une grande valeur sentimentale pour le personnage. Il plaint probablement sa cassette comme jamais il n'aurait plaint une personne et il ne différencie pas la perte de son argent à celle d'une personne. Il utilise de grands mots pour une perte financière remplaçable. Les expressions « on m'a privé de toi », « tu m'as été enlevé, j'ai perdu tout mon support, ma consolation, ma joie, tout est fini pour moi » montrent que le héros ne vit que pour sa fortune et que si celle-ci lui est enlevée rien ne le retient sur cette terre.
Il confirme cette idée en prononçant ces mots: « je n'ai plus que faire au monde, sans toi il m'est impossible de vivre ». il se considère comme mort et n'envisage de ressusciter que dès lors qu'on lui aura remis son argent: (ligne 13 14) « n'y a t-il personne qui veuille me ressusciter, en me rendant mon cher argent...? ». Harpagon a l'impression d'avoir des réponses à ses questions (l.14) « euh, que dites vous? » mais ces réponses ne lui conviennent pas; il décide alors de réfléchir à la manière dont le voleur a réussi son crime sans se faire surprendre.
Dans son hypothèse, Harpagon montre encore une fois que son argent est la chose primaire de sa raison de vivre et que rien ne peut dépasser l'estime qu'il a pour sa cassette; il va même jusqu'à offenser sa progéniture: (l.17) « mon traitre de fils ». l'amour qu'il a pu avoir pour son fils est momentanément oublié. Sentiments et pensées se transforment, tout prend une autre dimension, tout est reporté au vol; la moindre discussion éveille un soupçon de plus dans le tête d'Harpagon. Il est hanté par ce vol est pense être trahi de tout son entourage: (ligne 18-19) « servantes, valets, fils, filles »; les bruits de la vie quotidienne provoquent en Harpagon une nouvelle série d'interrogations alors qu'en temps normal ce bruit serait passé inaperçu: (ligne 22) « quel bruit fait-on là haut? ». Même les rires sont interprétés de manière négative, le héros croit que ces rires sont moqueurs et que les personnes joyeuses sont complices du voleur: (ligne 24-25) « ils regardent tous, et se mettent à rire ».
Harpagon est mal à l'aise parmi tous ces gens, il ne fait plus confiance à personne, pour lui tout le monde a une part de responsabilité dans ce qui lui arrive. Harpagon ne se contente pas seulement de le soupçonner.

En effet harpagon en vient jusqu'aux menaces. L'utilisation de la violence dans ses paroles révèle en lui une forme d'agressivité. L'emploi du présent montre une réaction immédiate: (ligne 3) « je suis assassiné, on m'a coupé la gorge ». l'emploi des mots « assassin » et « meurtrier » (ligne2) est exagéré mais pour le personnage ces termes ne sont pas assez évocateurs comparés au crime dont il a été victime. Le vol de son argent est la pire situation à laquelle il n'aurait voulu assister, surtout en temps que victime principale.
Il évoque clairement la mort ; la gradation des expressions (ligne 12): « je me meurs, je suis mort, je suis enterré » symbolise la progression du manque engendré par le vol. Il éprouve une grande importance à retrouver son argent, on peut dire qu'il est prêt à tout, même à mobiliser un grand nombre de personnes inutiles dans cette affaire: (lignes 26-27) « des commissaires, des archers, des prévôts, des juges ». Il veut également préparer des sanction inappropriées au type de crime, il a un désir de vengeance immensurable (ligne 27): « de potences ,des bourreaux ». L'emploi du présent dans la phrase (ligne 27-28): je veux faire pendre tout le monde » renforce sa volonté, son exigence.
Il ne fait que s'interroger, que suggérer mais jamais il ne réagit physiquement. Le personnage nous donne l'impression d'être immobile, d'attendre que son argent lui revienne sans qu'il n'ait à chercher. La phrase « je me pendrai moi même » montre que Harpagon n'est pas si courageux qu'il prétend l'être. Il se sert probablement de son argent comme un masque, il doit avoir un sentiment de supériorité, de protection avec sa fortune. Sans sa cassette, il se sent comme dévêtu, écervelé et ne peut plus réfléchir, avant l'argent lui permettait sûrement de trouver des solutions.

Cet extrait de l'Avare rend compte du comportement causé par l'avarice. L'argent a envahi toutes les pensées du personnage qui ne respecte plus la société lorsqu'il ne possède plus sa fortune. On se rend également compte du mal qu'éprouve Harpagon, l'avarice est comme une sorte de maladie et même s'il aime l'argent il en souffre. Molière se moque gentiment des personnages comme Harpagon et rappelle que beaucoup de caractères différents sont représentés dans une société.

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