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Voltaire, Candide, ou l’Optimisme - chapitre 5, paragraphes 3 à 5

Analyse du chapitre 5 de candide rédigé par un élève, présentant : le procédé stylistique du passage, les comportement antagonistes des personnages et enfin le message de Voltaire sous-entendu dans le texte.

Dernière mise à jour : 16/03/2021 • Proposé par: zetud (élève) •

Texte étudié

À peine ont-ils mis le pied dans la ville en pleurant la mort de leur bienfaiteur, qu'ils sentent la terre trembler sous leurs pas ; la mer s'élève en bouillonnant dans le port, et brise les vaisseaux qui sont à l'ancre. Des tourbillons de flammes et de cendres couvrent les rues et les places publiques ; les maisons s'écroulent, les toits sont renversés sur les fondements, et les fondements se dispersent ; trente mille habitants de tout âge et de tout sexe sont écrasés sous des ruines, Le matelot disait en sifflant et en jurant : « Il y aura quelque chose à gagner ici. Quelle peut être la raison suffisante de ce phénomène ? disait Pangloss. Voici le dernier jour du monde ! » s'écriait Candide. Le matelot court incontinent au milieu des débris, affronte la mort pour trouver de l'argent, en trouve, s'en empare, s'enivre, et, ayant cuvé son vin, achète les faveurs de la première fille de bonne volonté qu'il rencontre sur les ruines des maisons détruites et au milieu des mourants et des morts. Pangloss le tirait cependant par la manche. « Mon ami, lui disait-il, cela n'est pas bien, vous manquez à la raison universelle, vous prenez mal votre temps. Tête et sang ! répondit l'autre, je suis matelot et né à Batavia ; j'ai marché quatre fois sur le crucifix dans quatre voyages au Japon ; tu as bien trouvé ton homme avec ta raison universelle ! »

Quelques éclats de pierre avaient blessé Candide ; il était étendu dans la rue et couvert de débris. Il disait à Pangloss : « Hélas ! procure-moi un peu de vin et d'huile ; je me meurs. Ce tremblement de terre n'est pas une chose nouvelle, répondit Pangloss ; la ville de Lima éprouva les mêmes secousses en Amérique l'année passée ; même causes, même effets : il y a certainement une traînée de soufre sous terre depuis Lima jusqu'à Lisbonne. Rien n'est plus probable, dit Candide ; mais, pour Dieu, un peu d'huile et de vin. Comment, probable ? répliqua le philosophe ; je soutiens que la chose est démontrée. » Candide perdit connaissance, et Pangloss lui apporta un peu d'eau d'une fontaine voisine.

Le lendemain, ayant trouvé quelques provisions de bouche en se glissant à travers des décombres, ils réparèrent un peu leurs forces. Ensuite, ils travaillèrent comme les autres à soulager les habitants échappés à la mort. Quelques citoyens secourus par eux leur donnèrent un aussi bon dîner qu'on le pouvait dans un tel désastre. Il est vrai que le repas était triste ; les convives arrosaient leur pain de leurs larmes ; mais Pangloss les consola en les assurant que les choses ne pouvaient être autrement : « Car, dit-il, tout ceci est ce qu'il y a de mieux. Car, s'il y a un volcan à Lisbonne, il ne pouvait être ailleurs. Car il est impossible que les choses ne soient pas où elles sont. Car tout est bien. »

Voltaire, Candide, ou l’Optimisme - chapitre 5, paragraphes 3 à 5

Dans cet extrait de Candide (ou l'optimiste), qui est un conte philosophique, l'auteur s'en prend à la philosophie de Leibniz, prétendument optimiste, caricaturé par le philosophe Pangloss qui en extrait l'une des formules : "Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possible". Narrées dans un style animé et ironique, les aventures rocambolesques de Candide constituent la meilleure réfutation de tout discours à vocation métaphysique : aux quatre coins du monde, Candide découvre la même misère, les mêmes injustices. La sentence proférée par le Héros au terme de son périple: "Il faut cultiver son jardin", résume la morale Voltairienne, mélange de pragmatisme et de scepticisme. Voltaire qui est l'écrivain de Candide est un homme issu de la bourgeoisie Parisienne. Il fait de bonnes études chez les Jésuites puis fréquente les libertins; des ses débuts d'écrivains son impertinence lui vaut-être emprisonné à la Bastille (1717-1718). En sortant de prison, il passe deux ans en exil en Angleterre et publie à son retour deux tragédies, Brutus (1730) et Zaïre (1732) cette dernière œuvre lui valant un triomphe. Plus tard paraissent les lettres philosophiques sur l'Angleterre (1734), apologie de la liberté politique et du régime britannique. Son livre provoque un scandale car, il critique la France de ce fait Voltaire se retire à Ciney (haute-marne) chez la marquise du Châtelet, où il écrit une dizaine de tragédies. Puis il part en Prusse, invité par le roi Frédéric II. De retour en France il s'installe à la frontière Franco-Suisse où il accueille les hommes les plus brillants. Peu avant sa mort il revient à Paris où il est accueilli en Héros. Voltaire a abordé tous les genres et tous les sujets avec brio. Son œuvre comprend une épopée, La Henriade (1728), des tragédies (Brutus, Zaïre etc...), des ouvrages philosophiques Traité sur la tolérance (1763) etc...
Nous allons étudier une partie du Chapitre 5 de Candide ou l'optimiste, s'intitulant "Tempête, naufrage, tremblement de terre, et ce qui advint du Docteur Pangloss, de Candide et de l’Anabaptiste Jacques". Ce chapitre commence par un tremblement de terre qui se déroule à Lisbonne. Nous allons chercher à répondre en quoi l'évocation d'un fait divers dans un conte permet une réflexion philosophique pour voltaire. Pour cela dans un premier temps nous étudierons l'évocation du fait divers dans l'extrait, puis dans un deuxième temps le fait divers et la réaction des personnages par rapport à ce fait divers, et pour finir nous analyserons la réflexion philosophique dans l'extrait.

Dans cette première partie, nous étudierons les procédés stylistiques, pour expliquer le désordre sur le décor pour comprendre l'évocation du fait divers.
Voltaire crée un fait divers, le tremblement de terre que l'on découvre dès la deuxième ligne je cite: "Qu'ils sentent la terre trembler sous leur pas" (ligne 2) le décor de la scène bouge en même temps que le tremblement de terre, comme un château de carte, tout s'écroule en même temps par exemple: "La mer s'élève en bouillonnant dans le port, et brise les vaisseaux qui sont à l'encre."(lignes 2 et 3) mais aussi: " Des tourbillons de flammes et de cendres courent les rues et les places publiques" (lignes 2 et 4). Nous pouvons constater que pour créer cet écroulement du décors, Voltaire utilise des phrases simples (phrase qui ne compte qu'une seule préposition), mais aussi l'utilisation de phrases qui sont brèves, et pas coordonnées par un mot de liaison. Cet enchaînement d'actions comme : "La mer qui s'élève, des tourbillons de flamme..." crée une vision apocalyptique de la scène, accentuée par un vocabulaire catastrophique tel que : Terre trembler; S'élève en bouillonnant; Brise les vaisseaux; Tourbillons de flammes; Maisons s'écroulent etc...". Maintenant, nous allons analyser les procédés stylistiques pour expliquer le désordre sur les personnages. Il y a également l'utilisation d'un vocabulaire tragique comme: "Le dernier jour du monde; Je me mœurs; Un tel désastre." Ensuite comme pour le désordre du décor, pour le désordre des personnages, il y a un mélange de répliques entre le Matelot, Pangloss et Candide, ce qui crée un désordre dans la compréhension des différentes tirades des personnages comme: " Le Matelot disait en sifflant [...] de ce phénomène ? disait Pangloss" (lignes 7 à 9).
Le fait divers s'évoque de plusieurs façons dans cet extrait du chapitre 5, de Candide, il est exprimé de façon stylistique (phrases courtes, etc...) mais aussi, de façon lexicale par l'utilisation d'un vocabulaire adapté. Nous pouvons également constater l'enchaînement des actions, et des tirades qui sont emmêlées à la suite ce qui crée une vision apocalyptique de la scène. Nous allons maintenant analyser la réaction des personnages suite au fait divers.

Dans cette deuxième partie, nous allons étudier la réaction des personnages suite au fait divers. Tout d'abord, nous étudierons la réaction du matelot.
Le matelot dans notre extrait manque aux valeurs morales dès le début, sa première réplique je cite: " Le matelot disait en sifflant et en jurant: il y aura quelque chose à gagner ici " (lignes 7 et 8). Nous pouvons remarquer la morale du matelot qui s'exprime suite au tremblement de terre, mais cette réaction de " profiteur " du matelot n'est pas exprimée, que de façon orale, elle est inégalement mise en pratique, je cite : " Le matelot court incontinent au milieu des débris […] et au milieu des mourants et des morts " (lignes 10 à 13), le matelot perd la raison, il agit désormais comme une bête, ne cherchant qu'à assouvir ses fantasmes.

Maintenant nous allons pouvoir analyser la réaction de Pangloss, sa première tirade est: " Quelle peut-être la raison suffisante de ce phénomène disait Pangloss " ( lignes 8 à 9). Pangloss en bon philosophe des lumières qu'il croit être, cherche une réponse pour expliquer le tremblement de terre, alors qu'il faudrait plutôt avoir des réactions correspondantes à l'événement. Ensuite quand le matelot achète les faveurs d'une fille Pangloss là où il aurait du mettre en pratique ses phrases philosophiques n'a d'autre répartie que : " Mon ami, lui disait-il cela n'est pas bien vous manquez à la raison universelle, vous prenez mal votre temps. " (lignes 14 à 15), mais nous pouvons également remarquer son manque d'efficacité lorsque Candide lignes 19 à 21 dit : " …Je me meurs… ", néanmoins, Pangloss continue dans sa pensée, nous remarquons chez Pangloss un décalage entre l'histoire qui se passe devant ses yeux et les propres pensées philosophiques de Candide. La réaction de Candide est quant à elle plus en rapport avec le tremblement de terre: " Voici le dernier jour du monde ", mais c'est aussi celui qui parle le moins, mais c'est celui qui fut le plus blessé: "Quelques éclats de pierre […] je me meurs. (lignes 19 à 21). Nous avons pu constater que chacun a un comportement spécifique, le matelot un comportement bestial, Pangloss un comportement en décalage avec celui du chapitre et Candide qui a un comportement que nous pouvons qualifié d'Humain. Nous essayerons maintenant d'analyser la Philosophie du texte.

Dans cette troisième partie, nous allons chercher la réflexion philosophique du 5ème chapitre. Dans un premier temps, focalisons nous sur l'étude de la réflexion philosophique des personnages.
Pangloss suit aveuglement les théories de Leibniz (philosophe allemand et mathématicien 1646-1716) se pose également des questions inutiles, car la réponse est évidente comme: "Pangloss les consola, en les assurant que les chose ne pouvaient être autrement […] car tout est bien " (lignes 34-37) ici Voltaire cherche à démontrer l'optimiste caricaturé par Pangloss, de plus cet enchainement de "car" crée un raisonnement voir ironique, maintenant analysons la réflexion philosophique du matelot. Dans ce chapitre le matelot représente la partie de la population sournoise, et exploitant les plus faibles, nous remarquerons l'absence de justice, car il vole les plus pauvres, viole etc... Mais il n'est pas blessé contrairement à: " Trente milles habitants de tous âges et de tout sexe écrasés sous de ruines." (lignes 6 à 7). Ensuite nous avons Candide qui suit aveuglement son précepteur Pangloss. Dans le chapitre le fait divers peut-être analysé de manière philosophique également, car le tremblement de terre comme toute catastrophe naturelle ramène l'homme à sa juste place: Même avec toute l'intelligence du monde et les pouvoirs qu'il s'accorde, il se trouve faible et inopérant face à la nature. Donc dans le chapitre 5 Voltaire utilise une argumentation implicite, pour nous montrer qu'on est soumis à la loi du mal.

En conclusion, l'évocation d'un fait divers dans un conte permet pour Voltaire une réflexion philosophique, parce qu'il réussit à présenter différents points de vue grâce aux différents personnages, de les tourner par la suite au ridicule et de prouver sa thèse que ce ne sont pas des raisonnements métaphysiques qui résolvent les maux de l'homme, qu'il faut donc laisser tomber les discutions philosophiques et se mettre au travail. La philosophie n'est pas d'un grand recours lorsqu'il s'agit de réagir face à de tels évènements. Voltaire a choisi d'évoquer le tremblement de terre, sujet qui lui tenait à cœur, et qui lui avait inspiré déjà un poème sur le désastre de Lisbonne (1756).